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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2501842

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2501842

mardi 4 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2501842
TypeDécision
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBRUNA-ROSSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance du 19 février 2025, le président du tribunal administratif de Nîmes a transmis le dossier de M. A B au tribunal administratif de Grenoble

Par une requête enregistrée le 19 février 2025, M. A B, représenté par Me Bruna-Rosso, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2025 par lequel le préfet de Vaucluse a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation au vu des quatre critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en ne tenant pas compte de la présence en France de son fils français et de sa nouvelle compagne ;

- l'arrêté attaqué méconnait l'article 3-1 de la convention Internationale des droits de l'enfant ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ban, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 615-2, L. 614-1, L. 911-1 et L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 4 mars 2025, a été entendu le rapport de M. Ban, magistrat désigné, en l'absence des parties.

L'instruction a, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, été close à l'issue de ce rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la Côte d'Ivoire né le 28 novembre 1989, est entré en France le 9 novembre 2018 sous couvert d'un visa C. Le 4 novembre 2022, il a reconnu un enfant né le 9 juillet 2022 dont la mère est de nationalité française. Par un arrêté du 27 juillet 2023, le préfet de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. A la suite de son interpellation le 19 janvier 2025 dans le cadre d'un contrôle routier, le préfet de Vaucluse a pris à son encontre, sur le fondement de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'arrêté du 23 janvier 2025 portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par sa requête, M. B en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé, pour le préfet de Vaucluse, par M. E C, sous-préfet chargé de mission, secrétaire général adjoint de la préfecture du Vaucluse, lequel disposait, en vertu d'un arrêté préfectoral 13 janvier 2025 publié le même jour au recueil des actes administratifs de cette préfecture, d'une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme Sabine Roussely, secrétaire générale de la préfecture, tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception de certains actes au nombre desquels la décision litigieuse ne figure pas. Par suite, et alors qu'il n'est pas contesté que Mme D était absente ou empêchée à la date à laquelle l'arrêté attaqué a été signé, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ".

4. Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

5. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace.

6. La décision du 20 janvier 2025 vise les articles L. 612-6 à L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui définissent le régime des interdictions de retour sur le territoire français. Elle mentionne également son entrée en France il y a six ans, sa situation irrégulière, sa soustraction à une précédente mesure d'éloignement prise le 27 juillet 2023, sa situation personnelle de célibataire à la suite de sa séparation avec la mère de son enfant, la présence " alléguée " de sa sœur sur le territoire français et le fait qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Le préfet a donc pris en compte les éléments essentiels de la situation M. B alors même que son arrêté ne mentionne pas sa relation récente avec une ressortissante ivoirienne à Grenoble où il a déménagé. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, de même que ceux tirés de la méconnaissance des critères prévus par l'article L. 612-10 précité et du défaut d'examen de sa situation, doivent être écartés.

7. M. B est le père d'un enfant de nationalité française âgé de quatre ans qu'il a reconnu. Il est séparé de la mère de cet enfant qui vivent tous les deux à Avignon. Il justifie s'être rendu à Avignon plusieurs fois, avoir envoyé des sommes d'argent modestes mais presque tous les mois à la mère de son fils entre les mois d'août 2023 et décembre 2024 et produit quelques tickets de caisse et factures qui correspondraient à des achats effectués pour son enfant.

8. Ces éléments apparaissent toutefois insuffisants pour établir la régularité et l'intensité des liens affectifs entretenus par M. B avec son enfant. Il ne fait pas état d'une insertion professionnelle et ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales en Côte d'Ivoire. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier notamment des factures communes et des documents bancaires relatifs notamment à l'établissement d'un compte joint qu'il vit avec une compagne de nationalité ivoirienne et qu'ils ont entrepris des démarches en décembre 2024 pour conclure un pacte civil de solidarité, cette relation est récente à la date de l'arrêté en litige. Aussi, au vu de l'ensemble de sa situation, l'intéressé ne justifie pas de circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-7 précité faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français Dans ces conditions, le préfet de Vaucluse n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

9. Eu égard à la situation du requérant telle qu'elle vient d'être exposée, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précédé que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée et, par suite, ses conclusions d'annulation et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Vaucluse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.

Le magistrat désigné,

JL. Ban La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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