mercredi 5 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2501945 |
| Type | Décision |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LUC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 février 2025, M. A B, représenté par Me Luc, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2025 lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 5 ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2025 lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Savoie pour une durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;
- il a été pris sans qu'il ait pu présenter des observations préalables ;
- en fondant la menace à l'ordre public sur une simple garde à vue et sur des faits pour lesquels il n'a pas été condamnés, le préfet de la Haute-Savoie a porté atteinte à la présomption d'innocence et a commis des erreurs de fait et d'appréciation ;
- compte tenu de sa présence en France depuis 20 ans, le préfet de la Haute-Savoie a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
- en l'absence de décision fixant le pays de destination distincte de la décision d'éloignement, il a été privé de son droit de contester directement la décision de retour prévu par l'article L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le pays de retour a été fixé uniquement en raison de sa nationalité sans aucune autre considération sur les risques qu'il est susceptible d'encourir en cas de retour dans son pays d'origine.
Le préfet de la Haute-Savoie a présenté un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2025, par lequel il conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ban, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 615-2, L. 614-1, L. 911-1 et L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 4 mars 2025, a été entendu le rapport de M. Ban, magistrat désigné, en l'absence des parties.
L'instruction a, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, été close à l'issue de ce rapport.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 30 octobre 1987, soutient être entré en France depuis 2005. A la suite de son interpellation, le préfet de la Haute-Savoie a pris un arrêté du 15 février 2025 par lequel il lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 5 ans. Le même jour, le préfet a pris un autre arrêté l'assignant à résidence dans le département de la Haute-Savoie pour une durée de 45 jours au titre du 1° de l'article L. 731-1 du même code. Par sa requête, M. B demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les articles L. 611-1 5° et L. 613 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne que l'intéressé séjourne irrégulièrement en France depuis plus de 18 ans et qu'il a été interpellé le 15 février 2025 pour détention illicite de stupéfiants et détention et usage de faux document d'identité. Il examine ainsi, de manière suffisamment circonstanciée, la situation personnelle de M. B. Dès lors, il est suffisamment motivé conformément à l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
3. En deuxième lieu, M. B a été entendu le 15 février 2025 par les services de la gendarmerie nationale à la suite de son interpellation. Il résulte du procès-verbal de son audition, signé par lui sans réserve, qu'il a pu présenter des observations notamment sur ses conditions de séjour en France, sa situation familiale et ses conditions de vie. A cette occasion, il a été ainsi mis en mesure de faire état de tous les éléments qu'il estimait pertinent. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé de la possibilité d'être entendu et de présenter des observations avant que l'arrêté attaqué soit pris.
4. En troisième lieu, le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsque son comportement constitue une menace pour l'ordre public.
5. Le requérant soutient que le préfet de la Haute-Savoie a méconnu la présomption d'innocence en lui opposant des faits pour lesquels il n'a fait l'objet d'aucune condamnation.
6. D'une part, il ne saurait utilement invoquer le principe de présomption d'innocence à l'encontre de la mesure d'éloignement attaquée qui constitue une mesure de police administrative, dépourvue de caractère répressif.
7. D'autre part, il ressort de la fiche pénale produite par l'administration que M. B a été écroué le 24 avril 2023 pour des faits de violences en réunion sans incapacité à la maison d'arrêt de Bonneville et que sa détention provisoire a pris fin le 9 novembre 2023 par un placement sous contrôle judiciaire. Le requérant ne produit ou ne fait valoir aucun élément permettant de douter de la vraisemblance des faits qui ont justifié sa mise en détention provisoire. Par ailleurs, la consultation du fichier de Traitement des Antécédents Judiciaires (TAJ) effectuée par un " agent expressément habilité " mentionne qu'il a été mis en cause pour un vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt le 3 février 2024 et, le même jour, pour un vol en réunion. Sous d'autres identités, il lui est reproché la fourniture d'une identité imaginaire le 27 mai 2015 et des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours commis le 22 avril 2023. Le requérant ne remet pas en cause la régularité de cette consultation et se borne à faire valoir qu'il n'a pas été condamné pour ces faits sans apporter d'élément permettant de douter de la vraisemblance de ces informations inscrites au TAJ après avoir été recueillies, selon l'article R. 40-25 du code de procédure pénale, à l'encontre de personnes à l'encontre desquelles sont réunis, lors de l'enquête préliminaire, de l'enquête de flagrance ou sur commission rogatoire, des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu'elles aient pu participer, comme auteurs ou complices, à la commission d'un crime, d'un délit ou de certaines contraventions. Enfin, le 15 février 2025, il a été interpellé et placé en garde à vue par la direction interdépartementale de la police nationale de la Haute-Savoie pour des faits d'usage illicite de stupéfiants, usage de faux document administratif et détention frauduleuse de faux document administratif, ce qu'il a reconnu dans son audition. Au vu de l'ensemble de ces éléments et à leurs caractères récent et répété, et bien qu'il soit regrettable que l'arrêté attaqué mentionne à tort que l'interpellation du 15 février 2025 est intervenue pour détention illicite de stupéfiants et non pour usage illicite de stupéfiants comme c'est le cas, le préfet de la Haute-Savoie a pu estimer que le comportement de M. B constituait une menace pour l'ordre public sans entacher ses décisions d'une erreur de fait déterminante ou d'une erreur d'appréciation.
8. En quatrième lieu, M. B est célibataire et sans enfant à charge. S'il réside en France depuis de très nombreuses années, 18 ans selon la décision attaquée, il n'établit pas son insertion professionnelle sur la longue période qu'il invoque en se bornant à produire des bulletins de paie entre 2022 et 2025. Il ne justifie pas davantage de son insertion sociale compte tenu de ce qui a été dit au point précédent. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Pour ces mêmes motifs, il n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
9. En cinquième lieu, bien que matériellement comprises dans le même arrêté du 15 février 2025, les décisions obligeant M. B à quitter le territoire français et celle fixant le pays de destination sont distinctes. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'aucune décision distincte de la décision d'éloignement n'a été prise s'agissant du pays de retour. En vertu de l'article L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant disposait de la faculté de contester la décision fixant le pays de renvoi dans le présent recours dirigé contre la décision d'éloignement qu'elle vise à exécuter. Aussi, si le requérant entend soutenir qu'il été privé de son droit de contester la décision fixant le pays de destination, son moyen doit être rejeté.
10. L'arrêté attaqué mentionne que M. B n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le pays de retour a été fixé par le préfet de la Haute-Savoie uniquement au vu de sa nationalité sans avoir examiné les risques qu'il serait susceptible d'encourir en cas de retour dans son pays d'origine.
11. Aucun moyen n'est dirigé contre l'arrêté du 15 février 2025 l'assignant à résidence.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Sa requête doit être rejetée y compris les conclusions aux fins d'injonction, et celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens, l'Etat n'étant pas dans la présente instance la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2025.
Le magistrat désigné,
JL. Ban La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2604050
Le Tribunal Administratif de Strasbourg a été saisi par Mme C..., ressortissante afghane, d’un recours en excès de pouvoir contre une décision de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) du 22 avril 2026 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la décision était légale au regard de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui prévoit un refus en cas de demande de réexamen d’asile. Il a considéré que la motivation était suffisante, que la vulnérabilité de la requérante avait été prise en compte, et que l’OFII n’avait pas commis d’erreur manifeste d’appréciation. En conséquence, les conclusions à fin d’annulation et les demandes accessoires ont été rejetées.
01/06/2026