Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 février 2025, le 9 avril 2025 et le 23 avril 2025, M. C... A..., représenté par Me Petit, demande au tribunal dans ses dernières écritures :
1°) d’annuler l’arrêté du 20 janvier 2025 par lequel la préfète de l'Isère a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours avec interdiction de retour pendant une durée de deux ans ;
2°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère, à titre principal, de renouveler sa carte de séjour « vie privée et familiale » dans le mois qui suit la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de lui remettre un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans un délai de 8 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir jusqu’au réexamen de sa situation ;
3°) en cas d’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire et / ou de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, d’enjoindre à la préfète de l’Isère de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail jusqu’au réexamen de sa situation dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à venir ;
4°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère de s’assurer de l’effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen effectué en application de la décision portant interdiction de retour sur le territoire ;
5°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le refus de renouvellement de son titre de séjour est entaché d’un vice de procédure tiré de la violation du deuxième alinéa de l’article L. 435-1, de l’article L. 432-13 et de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute de saisine de la commission du titre de séjour dès lors qu’il justifie résider habituellement en France depuis quatorze ans et qu’il s’est vu délivrer des titres de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 régulièrement renouvelés jusqu’au 30 novembre 2023 ;
- cette décision est entachée d’erreur de droit en l’absence d’examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’erreur de droit, de violation de l’article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d’erreur d’appréciation en ce qu’il ne représente pas une menace grave et actuelle à l’ordre public ; l’article L. 432-1-1 du même code invoqué en défense est inapplicable en l’espèce dès lors qu’il n’a pas été condamné pour une infraction visée par ce texte ;
- elle méconnaît l’article L. 423-23 du même code, l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- elle a été prise en violation de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation dès lors que sa situation révèle à tout le moins des motifs exceptionnels et considérations humanitaires ne permettant pas d’envisager la poursuite d’une vie privée et familiale ailleurs qu’en France ;
- l’obligation de quitter le territoire français doit être annulée par la voie de l’exception d’illégalité du refus de renouvellement de titre de séjour ;
- elle est entachée d’erreur de fait et d’erreur manifeste d’appréciation :
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- l’interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doit être annulée par exception d’illégalité de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour d’une part, de l’obligation de quitter le territoire français d’autre part ;
- elle est entachée d’erreur de fait et de défaut d’examen sérieux et d’erreur d’appréciation au regard du caractère disproportionné de la mesure et de sa durée ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2025, la préfète de l’Isère conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale pour les droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Pfauwadel, président,
- et les observations de Me Wiedemann, avocat de M. A....
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant du Kosovo, a déclaré être entré en France le 23 avril 2010 avec son épouse et leur fille née en 2005. Sa demande d’asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d’asile le 2 février 2012. Il a fait l’objet d’obligations de quitter le territoire français en date des 14 novembre 2012, 23 octobre 2014, 30 août 2016 et 25 février 2018, dont la légalité a été confirmée par le tribunal et pour certaines d’entre elles par la Cour administrative d’appel de Lyon. Mme A... a donné naissance à trois enfants en 2016, 2017 et 2019. M. A... a présenté le 9 décembre 2020 une demande d’admission exceptionnelle au séjour et s’est vu délivrer le 21 septembre 2021 un titre de séjour mention « vie privée et familiale », qui a été renouvelé jusqu’au 30 novembre 2023. Il a présenté le 9 novembre 2023 une demande de renouvellement de ce titre de séjour. Par l’arrêté attaqué du 20 janvier 2025, la préfète de l'Isère a refusé le renouvellement de ce titre au motif que la présence en France de M. A... constitue une menace pour l’ordre public et a assorti cette décision d’une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours avec interdiction de retour pendant une durée de deux ans.
Sur le refus de séjour :
2. Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ». Aux termes de l’article L. 432-1 du même code : « La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ».
3. M. A... a été condamné par le tribunal correctionnel de Vienne le 3 mars 2023 à une peine de deux ans d’emprisonnement dont un an assorti d’un sursis probatoire pendant une durée de deux ans, pour des faits de violences habituelles n’ayant pas entraîné d’incapacité totale de travail pendant plus de 8 jours commises par le conjoint de la victime. Le requérant soutient que sa présence en France ne constitue pas pour autant une menace grave et actuelle pour l’ordre public en faisant valoir qu’il a bénéficié d’une réduction de peine de six mois pour bonne conduite, qu’il répond aux convocations du SPIP de Vienne, qu’il réside désormais chez son frère et qu’il respecte l’interdiction temporaire d’entrer en contact avec son épouse. Si M. A... justifie ainsi qu’il respecte les obligations que fait peser sur lui le sursis probatoire jusqu’en septembre 2025, il n’apporte aucune précision sur les faits qu’il a commis et leur contexte, alors que la sévérité de la peine d’emprisonnement pour partie ferme et pour partie assortie d’un sursis probatoire et non d’un sursis simple, prononcée à l’encontre d’une personne jamais condamnée auparavant et avec exécution immédiate, sont de nature à établir la gravité de ces faits et l’importance du risque de nouvelles violences sur son épouse. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’en estimant que la présence en France de M. A... constitue une menace pour l'ordre public, la préfète de l'Isère a entaché le refus de renouvellement de son titre de séjour d’erreur de droit, de violation des dispositions de l’article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d’erreur d’appréciation. Le refus de renouvellement du titre de séjour de M. A... au titre des dispositions de l’article L. 423-23 du même code n’est pas entaché d’illégalité, alors même qu’il s’était vu jusqu’alors délivrer des titres de séjour sur ce fondement.
4. Il ressort de la décision attaquée que celle-ci a été précédée d’un examen particulier de la situation personnelle de M. A.... Le requérant n’est dès lors pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée d’une erreur de droit faute d’un tel examen.
5. Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. (…) ».
6. La demande de renouvellement du titre de séjour mention « vie privée et familiale » que M. A... détenait depuis le 21 septembre 2021 ne peut être regardée comme une demande d’admission exceptionnelle au séjour en application des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète de l'Isère n’ayant pas examiné d’office, sur le fondement ces dispositions, cette demande de renouvellement de titre de séjour, les moyens tirés de leur violation et d’une erreur manifeste d’appréciation des motifs exceptionnels et considérations humanitaires doivent être écartés comme inopérants.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ».
8. M. A... fait valoir qu’il réside en France depuis 2010, que sa cellule familiale n’a pas vocation à se reconstituer dans son pays d’origine dès lors que sa fille majeure va se voir délivrer un titre de séjour de plein droit, que ses trois filles mineures y sont nées, qu’elles y ont toujours été scolarisées et que leur mère détient une carte de séjour pluriannuelle. Toutefois, M. A..., dont la durée du séjour en France résulte en grande partie du non respect des quatre obligations de quitter le territoire français dont il a fait l’objet, n’est pas dépourvu d’attaches au Kosovo dès lors que ses parents, ses quatre frères et ses deux sœurs y vivent. La décision attaquée ne fait pas obstacle à ce que ses enfants, qui vivent chez leur mère, lui rendent visite dans ce pays où ils ont notamment passé ensemble les vacances d’été 2024, selon l’attestation de la fille majeure du requérant produite à l’instance. Dès lors, le refus de renouveler son titre de séjour ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A... une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise et ne méconnaît donc pas les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
9. Aux termes des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ».
10. Les enfants de M. A... ne vivent pas chez lui mais chez leur mère qui est la victime des violences pour lesquelles il a été condamné à une peine d’emprisonnement. Ainsi qu’il a été dit au point 8, l’arrêté attaqué ne fait pas obstacle à ce que ces enfants rendent visite à leur père dans un pays où elles se sont déjà rendues. Dans ces conditions, alors même que l’arrêté a pour effet d’éloigner le requérant de ses enfants pendant sa durée d’application, l’obligation de quitter le territoire français n’a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
11. Aux termes de l’article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; (…) 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ; (…) ». Il résulte de ces dispositions que l’autorité administrative n’est tenue de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour la délivrance des titres de séjour qu’elles visent auxquels elle envisage de refuser la délivrance d’un titre de séjour.
12. D’une part, il résulte de ce qui a été exposé exposées aux points 3 et 8 que M. A... ne remplit pas effectivement les conditions lui permettant de bénéficier d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la préfète n’était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour en application du 1° de l’article L. 432-13 du même code. D’autre part, ainsi qu’il a été dit au point 6, l’autorité administrative n’était pas « dans le cas prévu à l'article L. 435-1 » dès lors que la demande de l’intéressé ne consistait pas en une première demande mais en une demande de renouvellement de titre de séjour. Le requérant ne peut dès lors utilement invoquer une violation du deuxième alinéa de cet article, cité au point 5, et du 4° de l’article L. 432-13 du même code. Par suite le moyen tiré du vice de procédure résultant du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté dans toutes ses branches.
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
13. Il résulte de ce qui précède que pour demander l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français dont il fait l’objet, le requérant n’est pas fondé à invoquer, par la voie de l’exception, l’illégalité de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour.
14. Si l’arrêté mentionne de façon erronée que les enfants de M. A... ont déjà été scolarisés dans leur pays d’origine, il résulte de l’instruction que la préfète de l'Isère aurait pris la même décision si elle n’avait pas retenu cette circonstance. L’erreur de fait commise par l'administration n’est par suite pas de nature à entacher d’illégalité l’obligation de quitter le territoire français.
15. Les moyens tirés de ce que l’obligation de quitter le territoire français attaquée méconnaît l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10. Il ressort de ces motifs que l’obligation de quitter le territoire français n’est pas entachée d’erreur manifeste d’appréciation.
Sur l’interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
16. L’interdiction de retour en France n’a pas pour base légale le refus de titre de séjour et n’a pas été prise pour l’application de ce refus. Par suite, l’exception d’illégalité de ce refus, excipée contre l’interdiction en litige, est irrecevable. Il résulte par ailleurs de ce qui précède que l’exception d’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français, excipée contre cette même interdiction, n’est pas fondée.
17. M. A... soutient que la décision d’interdiction de retour sur le territoire français est entachée d’erreur de fait en ce que l’arrêté mentionne, à propos des membres de sa famille vivant en France, que « rien ne s’oppose à ce qu’il revienne les visiter, étant dispensé de solliciter un visa pour un séjour inférieur à trois mois », et « qu’il n’établit pas entretenir des liens intenses et durables » avec son épouse et ses enfants. Toutefois, le premier de ces membres de phrase ne figure pas dans la motivation de cette décision développée sous la mention de l’article L. 621-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais dans celle des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. En ce qui concerne le second, l'administration n’ayant pas commis d’erreur sur la composition de la famille ou son pays de résidence, l’appréciation qu’elle a portée sur ses liens familiaux ne constitue pas une erreur de fait. Le moyen doit dès lors être écarté.
18. La motivation de la décision d’interdiction de retour sur le territoire français mentionnant notamment la condamnation de M. A... et la présence de sa famille en France, le moyen tiré du défaut d’examen de sa situation personnelle doit être écarté.
19. Les moyens selon lesquels l’interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale pour les droits de l’enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 8 et 10. Il en est de même du moyen selon lequel cette décision est entachée d’erreur d’appréciation en raison de son caractère disproportionné et de sa durée.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté de la préfète de l’Isère du 20 janvier 2025 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
21. Le présent jugement n’impliquant aucune mesure d’exécution, les conclusions à fin d’injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l’instance :
22. L’Etat n’étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et à la préfète de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2025, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Permingeat, première conseillère,
M. Derollepot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2025.
Le président rapporteur,
T. Pfauwadel
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
F. Permingeat
Le greffier,
M. B...
La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 février 2025, le 9 avril 2025 et le 23 avril 2025, M. C... A..., représenté par Me Petit, demande au tribunal dans ses dernières écritures :
1°) d’annuler l’arrêté du 20 janvier 2025 par lequel la préfète de l'Isère a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours avec interdiction de retour pendant une durée de deux ans ;
2°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère, à titre principal, de renouveler sa carte de séjour « vie privée et familiale » dans le mois qui suit la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de lui remettre un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans un délai de 8 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir jusqu’au réexamen de sa situation ;
3°) en cas d’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire et / ou de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, d’enjoindre à la préfète de l’Isère de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail jusqu’au réexamen de sa situation dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à venir ;
4°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère de s’assurer de l’effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen effectué en application de la décision portant interdiction de retour sur le territoire ;
5°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le refus de renouvellement de son titre de séjour est entaché d’un vice de procédure tiré de la violation du deuxième alinéa de l’article L. 435-1, de l’article L. 432-13 et de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute de saisine de la commission du titre de séjour dès lors qu’il justifie résider habituellement en France depuis quatorze ans et qu’il s’est vu délivrer des titres de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 régulièrement renouvelés jusqu’au 30 novembre 2023 ;
- cette décision est entachée d’erreur de droit en l’absence d’examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’erreur de droit, de violation de l’article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d’erreur d’appréciation en ce qu’il ne représente pas une menace grave et actuelle à l’ordre public ; l’article L. 432-1-1 du même code invoqué en défense est inapplicable en l’espèce dès lors qu’il n’a pas été condamné pour une infraction visée par ce texte ;
- elle méconnaît l’article L. 423-23 du même code, l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- elle a été prise en violation de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation dès lors que sa situation révèle à tout le moins des motifs exceptionnels et considérations humanitaires ne permettant pas d’envisager la poursuite d’une vie privée et familiale ailleurs qu’en France ;
- l’obligation de quitter le territoire français doit être annulée par la voie de l’exception d’illégalité du refus de renouvellement de titre de séjour ;
- elle est entachée d’erreur de fait et d’erreur manifeste d’appréciation :
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- l’interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doit être annulée par exception d’illégalité de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour d’une part, de l’obligation de quitter le territoire français d’autre part ;
- elle est entachée d’erreur de fait et de défaut d’examen sérieux et d’erreur d’appréciation au regard du caractère disproportionné de la mesure et de sa durée ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2025, la préfète de l’Isère conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale pour les droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Pfauwadel, président,
- et les observations de Me Wiedemann, avocat de M. A....
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant du Kosovo, a déclaré être entré en France le 23 avril 2010 avec son épouse et leur fille née en 2005. Sa demande d’asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d’asile le 2 février 2012. Il a fait l’objet d’obligations de quitter le territoire français en date des 14 novembre 2012, 23 octobre 2014, 30 août 2016 et 25 février 2018, dont la légalité a été confirmée par le tribunal et pour certaines d’entre elles par la Cour administrative d’appel de Lyon. Mme A... a donné naissance à trois enfants en 2016, 2017 et 2019. M. A... a présenté le 9 décembre 2020 une demande d’admission exceptionnelle au séjour et s’est vu délivrer le 21 septembre 2021 un titre de séjour mention « vie privée et familiale », qui a été renouvelé jusqu’au 30 novembre 2023. Il a présenté le 9 novembre 2023 une demande de renouvellement de ce titre de séjour. Par l’arrêté attaqué du 20 janvier 2025, la préfète de l'Isère a refusé le renouvellement de ce titre au motif que la présence en France de M. A... constitue une menace pour l’ordre public et a assorti cette décision d’une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours avec interdiction de retour pendant une durée de deux ans.
Sur le refus de séjour :
2. Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ». Aux termes de l’article L. 432-1 du même code : « La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ».
3. M. A... a été condamné par le tribunal correctionnel de Vienne le 3 mars 2023 à une peine de deux ans d’emprisonnement dont un an assorti d’un sursis probatoire pendant une durée de deux ans, pour des faits de violences habituelles n’ayant pas entraîné d’incapacité totale de travail pendant plus de 8 jours commises par le conjoint de la victime. Le requérant soutient que sa présence en France ne constitue pas pour autant une menace grave et actuelle pour l’ordre public en faisant valoir qu’il a bénéficié d’une réduction de peine de six mois pour bonne conduite, qu’il répond aux convocations du SPIP de Vienne, qu’il réside désormais chez son frère et qu’il respecte l’interdiction temporaire d’entrer en contact avec son épouse. Si M. A... justifie ainsi qu’il respecte les obligations que fait peser sur lui le sursis probatoire jusqu’en septembre 2025, il n’apporte aucune précision sur les faits qu’il a commis et leur contexte, alors que la sévérité de la peine d’emprisonnement pour partie ferme et pour partie assortie d’un sursis probatoire et non d’un sursis simple, prononcée à l’encontre d’une personne jamais condamnée auparavant et avec exécution immédiate, sont de nature à établir la gravité de ces faits et l’importance du risque de nouvelles violences sur son épouse. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’en estimant que la présence en France de M. A... constitue une menace pour l'ordre public, la préfète de l'Isère a entaché le refus de renouvellement de son titre de séjour d’erreur de droit, de violation des dispositions de l’article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d’erreur d’appréciation. Le refus de renouvellement du titre de séjour de M. A... au titre des dispositions de l’article L. 423-23 du même code n’est pas entaché d’illégalité, alors même qu’il s’était vu jusqu’alors délivrer des titres de séjour sur ce fondement.
4. Il ressort de la décision attaquée que celle-ci a été précédée d’un examen particulier de la situation personnelle de M. A.... Le requérant n’est dès lors pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée d’une erreur de droit faute d’un tel examen.
5. Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. (…) ».
6. La demande de renouvellement du titre de séjour mention « vie privée et familiale » que M. A... détenait depuis le 21 septembre 2021 ne peut être regardée comme une demande d’admission exceptionnelle au séjour en application des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète de l'Isère n’ayant pas examiné d’office, sur le fondement ces dispositions, cette demande de renouvellement de titre de séjour, les moyens tirés de leur violation et d’une erreur manifeste d’appréciation des motifs exceptionnels et considérations humanitaires doivent être écartés comme inopérants.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ».
8. M. A... fait valoir qu’il réside en France depuis 2010, que sa cellule familiale n’a pas vocation à se reconstituer dans son pays d’origine dès lors que sa fille majeure va se voir délivrer un titre de séjour de plein droit, que ses trois filles mineures y sont nées, qu’elles y ont toujours été scolarisées et que leur mère détient une carte de séjour pluriannuelle. Toutefois, M. A..., dont la durée du séjour en France résulte en grande partie du non respect des quatre obligations de quitter le territoire français dont il a fait l’objet, n’est pas dépourvu d’attaches au Kosovo dès lors que ses parents, ses quatre frères et ses deux sœurs y vivent. La décision attaquée ne fait pas obstacle à ce que ses enfants, qui vivent chez leur mère, lui rendent visite dans ce pays où ils ont notamment passé ensemble les vacances d’été 2024, selon l’attestation de la fille majeure du requérant produite à l’instance. Dès lors, le refus de renouveler son titre de séjour ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A... une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise et ne méconnaît donc pas les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
9. Aux termes des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ».
10. Les enfants de M. A... ne vivent pas chez lui mais chez leur mère qui est la victime des violences pour lesquelles il a été condamné à une peine d’emprisonnement. Ainsi qu’il a été dit au point 8, l’arrêté attaqué ne fait pas obstacle à ce que ces enfants rendent visite à leur père dans un pays où elles se sont déjà rendues. Dans ces conditions, alors même que l’arrêté a pour effet d’éloigner le requérant de ses enfants pendant sa durée d’application, l’obligation de quitter le territoire français n’a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
11. Aux termes de l’article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; (…) 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ; (…) ». Il résulte de ces dispositions que l’autorité administrative n’est tenue de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour la délivrance des titres de séjour qu’elles visent auxquels elle envisage de refuser la délivrance d’un titre de séjour.
12. D’une part, il résulte de ce qui a été exposé exposées aux points 3 et 8 que M. A... ne remplit pas effectivement les conditions lui permettant de bénéficier d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la préfète n’était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour en application du 1° de l’article L. 432-13 du même code. D’autre part, ainsi qu’il a été dit au point 6, l’autorité administrative n’était pas « dans le cas prévu à l'article L. 435-1 » dès lors que la demande de l’intéressé ne consistait pas en une première demande mais en une demande de renouvellement de titre de séjour. Le requérant ne peut dès lors utilement invoquer une violation du deuxième alinéa de cet article, cité au point 5, et du 4° de l’article L. 432-13 du même code. Par suite le moyen tiré du vice de procédure résultant du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté dans toutes ses branches.
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
13. Il résulte de ce qui précède que pour demander l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français dont il fait l’objet, le requérant n’est pas fondé à invoquer, par la voie de l’exception, l’illégalité de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour.
14. Si l’arrêté mentionne de façon erronée que les enfants de M. A... ont déjà été scolarisés dans leur pays d’origine, il résulte de l’instruction que la préfète de l'Isère aurait pris la même décision si elle n’avait pas retenu cette circonstance. L’erreur de fait commise par l'administration n’est par suite pas de nature à entacher d’illégalité l’obligation de quitter le territoire français.
15. Les moyens tirés de ce que l’obligation de quitter le territoire français attaquée méconnaît l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10. Il ressort de ces motifs que l’obligation de quitter le territoire français n’est pas entachée d’erreur manifeste d’appréciation.
Sur l’interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
16. L’interdiction de retour en France n’a pas pour base légale le refus de titre de séjour et n’a pas été prise pour l’application de ce refus. Par suite, l’exception d’illégalité de ce refus, excipée contre l’interdiction en litige, est irrecevable. Il résulte par ailleurs de ce qui précède que l’exception d’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français, excipée contre cette même interdiction, n’est pas fondée.
17. M. A... soutient que la décision d’interdiction de retour sur le territoire français est entachée d’erreur de fait en ce que l’arrêté mentionne, à propos des membres de sa famille vivant en France, que « rien ne s’oppose à ce qu’il revienne les visiter, étant dispensé de solliciter un visa pour un séjour inférieur à trois mois », et « qu’il n’établit pas entretenir des liens intenses et durables » avec son épouse et ses enfants. Toutefois, le premier de ces membres de phrase ne figure pas dans la motivation de cette décision développée sous la mention de l’article L. 621-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais dans celle des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. En ce qui concerne le second, l'administration n’ayant pas commis d’erreur sur la composition de la famille ou son pays de résidence, l’appréciation qu’elle a portée sur ses liens familiaux ne constitue pas une erreur de fait. Le moyen doit dès lors être écarté.
18. La motivation de la décision d’interdiction de retour sur le territoire français mentionnant notamment la condamnation de M. A... et la présence de sa famille en France, le moyen tiré du défaut d’examen de sa situation personnelle doit être écarté.
19. Les moyens selon lesquels l’interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale pour les droits de l’enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 8 et 10. Il en est de même du moyen selon lequel cette décision est entachée d’erreur d’appréciation en raison de son caractère disproportionné et de sa durée.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté de la préfète de l’Isère du 20 janvier 2025 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
21. Le présent jugement n’impliquant aucune mesure d’exécution, les conclusions à fin d’injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l’instance :
22. L’Etat n’étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et à la préfète de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2025, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Permingeat, première conseillère,
M. Derollepot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2025.
Le président rapporteur,
T. Pfauwadel
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
F. Permingeat
Le greffier,
M. B...
La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 février 2025, le 9 avril 2025 et le 23 avril 2025, M. C... A..., représenté par Me Petit, demande au tribunal dans ses dernières écritures :
1°) d’annuler l’arrêté du 20 janvier 2025 par lequel la préfète de l'Isère a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours avec interdiction de retour pendant une durée de deux ans ;
2°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère, à titre principal, de renouveler sa carte de séjour « vie privée et familiale » dans le mois qui suit la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de lui remettre un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans un délai de 8 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir jusqu’au réexamen de sa situation ;
3°) en cas d’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire et / ou de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, d’enjoindre à la préfète de l’Isère de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail jusqu’au réexamen de sa situation dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à venir ;
4°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère de s’assurer de l’effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen effectué en application de la décision portant interdiction de retour sur le territoire ;
5°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le refus de renouvellement de son titre de séjour est entaché d’un vice de procédure tiré de la violation du deuxième alinéa de l’article L. 435-1, de l’article L. 432-13 et de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute de saisine de la commission du titre de séjour dès lors qu’il justifie résider habituellement en France depuis quatorze ans et qu’il s’est vu délivrer des titres de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 régulièrement renouvelés jusqu’au 30 novembre 2023 ;
- cette décision est entachée d’erreur de droit en l’absence d’examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’erreur de droit, de violation de l’article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d’erreur d’appréciation en ce qu’il ne représente pas une menace grave et actuelle à l’ordre public ; l’article L. 432-1-1 du même code invoqué en défense est inapplicable en l’espèce dès lors qu’il n’a pas été condamné pour une infraction visée par ce texte ;
- elle méconnaît l’article L. 423-23 du même code, l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- elle a été prise en violation de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation dès lors que sa situation révèle à tout le moins des motifs exceptionnels et considérations humanitaires ne permettant pas d’envisager la poursuite d’une vie privée et familiale ailleurs qu’en France ;
- l’obligation de quitter le territoire français doit être annulée par la voie de l’exception d’illégalité du refus de renouvellement de titre de séjour ;
- elle est entachée d’erreur de fait et d’erreur manifeste d’appréciation :
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- l’interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doit être annulée par exception d’illégalité de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour d’une part, de l’obligation de quitter le territoire français d’autre part ;
- elle est entachée d’erreur de fait et de défaut d’examen sérieux et d’erreur d’appréciation au regard du caractère disproportionné de la mesure et de sa durée ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2025, la préfète de l’Isère conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale pour les droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Pfauwadel, président,
- et les observations de Me Wiedemann, avocat de M. A....
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant du Kosovo, a déclaré être entré en France le 23 avril 2010 avec son épouse et leur fille née en 2005. Sa demande d’asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d’asile le 2 février 2012. Il a fait l’objet d’obligations de quitter le territoire français en date des 14 novembre 2012, 23 octobre 2014, 30 août 2016 et 25 février 2018, dont la légalité a été confirmée par le tribunal et pour certaines d’entre elles par la Cour administrative d’appel de Lyon. Mme A... a donné naissance à trois enfants en 2016, 2017 et 2019. M. A... a présenté le 9 décembre 2020 une demande d’admission exceptionnelle au séjour et s’est vu délivrer le 21 septembre 2021 un titre de séjour mention « vie privée et familiale », qui a été renouvelé jusqu’au 30 novembre 2023. Il a présenté le 9 novembre 2023 une demande de renouvellement de ce titre de séjour. Par l’arrêté attaqué du 20 janvier 2025, la préfète de l'Isère a refusé le renouvellement de ce titre au motif que la présence en France de M. A... constitue une menace pour l’ordre public et a assorti cette décision d’une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours avec interdiction de retour pendant une durée de deux ans.
Sur le refus de séjour :
2. Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ». Aux termes de l’article L. 432-1 du même code : « La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ».
3. M. A... a été condamné par le tribunal correctionnel de Vienne le 3 mars 2023 à une peine de deux ans d’emprisonnement dont un an assorti d’un sursis probatoire pendant une durée de deux ans, pour des faits de violences habituelles n’ayant pas entraîné d’incapacité totale de travail pendant plus de 8 jours commises par le conjoint de la victime. Le requérant soutient que sa présence en France ne constitue pas pour autant une menace grave et actuelle pour l’ordre public en faisant valoir qu’il a bénéficié d’une réduction de peine de six mois pour bonne conduite, qu’il répond aux convocations du SPIP de Vienne, qu’il réside désormais chez son frère et qu’il respecte l’interdiction temporaire d’entrer en contact avec son épouse. Si M. A... justifie ainsi qu’il respecte les obligations que fait peser sur lui le sursis probatoire jusqu’en septembre 2025, il n’apporte aucune précision sur les faits qu’il a commis et leur contexte, alors que la sévérité de la peine d’emprisonnement pour partie ferme et pour partie assortie d’un sursis probatoire et non d’un sursis simple, prononcée à l’encontre d’une personne jamais condamnée auparavant et avec exécution immédiate, sont de nature à établir la gravité de ces faits et l’importance du risque de nouvelles violences sur son épouse. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’en estimant que la présence en France de M. A... constitue une menace pour l'ordre public, la préfète de l'Isère a entaché le refus de renouvellement de son titre de séjour d’erreur de droit, de violation des dispositions de l’article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d’erreur d’appréciation. Le refus de renouvellement du titre de séjour de M. A... au titre des dispositions de l’article L. 423-23 du même code n’est pas entaché d’illégalité, alors même qu’il s’était vu jusqu’alors délivrer des titres de séjour sur ce fondement.
4. Il ressort de la décision attaquée que celle-ci a été précédée d’un examen particulier de la situation personnelle de M. A.... Le requérant n’est dès lors pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée d’une erreur de droit faute d’un tel examen.
5. Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. (…) ».
6. La demande de renouvellement du titre de séjour mention « vie privée et familiale » que M. A... détenait depuis le 21 septembre 2021 ne peut être regardée comme une demande d’admission exceptionnelle au séjour en application des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète de l'Isère n’ayant pas examiné d’office, sur le fondement ces dispositions, cette demande de renouvellement de titre de séjour, les moyens tirés de leur violation et d’une erreur manifeste d’appréciation des motifs exceptionnels et considérations humanitaires doivent être écartés comme inopérants.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ».
8. M. A... fait valoir qu’il réside en France depuis 2010, que sa cellule familiale n’a pas vocation à se reconstituer dans son pays d’origine dès lors que sa fille majeure va se voir délivrer un titre de séjour de plein droit, que ses trois filles mineures y sont nées, qu’elles y ont toujours été scolarisées et que leur mère détient une carte de séjour pluriannuelle. Toutefois, M. A..., dont la durée du séjour en France résulte en grande partie du non respect des quatre obligations de quitter le territoire français dont il a fait l’objet, n’est pas dépourvu d’attaches au Kosovo dès lors que ses parents, ses quatre frères et ses deux sœurs y vivent. La décision attaquée ne fait pas obstacle à ce que ses enfants, qui vivent chez leur mère, lui rendent visite dans ce pays où ils ont notamment passé ensemble les vacances d’été 2024, selon l’attestation de la fille majeure du requérant produite à l’instance. Dès lors, le refus de renouveler son titre de séjour ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A... une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise et ne méconnaît donc pas les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
9. Aux termes des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ».
10. Les enfants de M. A... ne vivent pas chez lui mais chez leur mère qui est la victime des violences pour lesquelles il a été condamné à une peine d’emprisonnement. Ainsi qu’il a été dit au point 8, l’arrêté attaqué ne fait pas obstacle à ce que ces enfants rendent visite à leur père dans un pays où elles se sont déjà rendues. Dans ces conditions, alors même que l’arrêté a pour effet d’éloigner le requérant de ses enfants pendant sa durée d’application, l’obligation de quitter le territoire français n’a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
11. Aux termes de l’article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; (…) 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ; (…) ». Il résulte de ces dispositions que l’autorité administrative n’est tenue de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour la délivrance des titres de séjour qu’elles visent auxquels elle envisage de refuser la délivrance d’un titre de séjour.
12. D’une part, il résulte de ce qui a été exposé exposées aux points 3 et 8 que M. A... ne remplit pas effectivement les conditions lui permettant de bénéficier d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la préfète n’était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour en application du 1° de l’article L. 432-13 du même code. D’autre part, ainsi qu’il a été dit au point 6, l’autorité administrative n’était pas « dans le cas prévu à l'article L. 435-1 » dès lors que la demande de l’intéressé ne consistait pas en une première demande mais en une demande de renouvellement de titre de séjour. Le requérant ne peut dès lors utilement invoquer une violation du deuxième alinéa de cet article, cité au point 5, et du 4° de l’article L. 432-13 du même code. Par suite le moyen tiré du vice de procédure résultant du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté dans toutes ses branches.
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
13. Il résulte de ce qui précède que pour demander l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français dont il fait l’objet, le requérant n’est pas fondé à invoquer, par la voie de l’exception, l’illégalité de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour.
14. Si l’arrêté mentionne de façon erronée que les enfants de M. A... ont déjà été scolarisés dans leur pays d’origine, il résulte de l’instruction que la préfète de l'Isère aurait pris la même décision si elle n’avait pas retenu cette circonstance. L’erreur de fait commise par l'administration n’est par suite pas de nature à entacher d’illégalité l’obligation de quitter le territoire français.
15. Les moyens tirés de ce que l’obligation de quitter le territoire français attaquée méconnaît l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10. Il ressort de ces motifs que l’obligation de quitter le territoire français n’est pas entachée d’erreur manifeste d’appréciation.
Sur l’interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
16. L’interdiction de retour en France n’a pas pour base légale le refus de titre de séjour et n’a pas été prise pour l’application de ce refus. Par suite, l’exception d’illégalité de ce refus, excipée contre l’interdiction en litige, est irrecevable. Il résulte par ailleurs de ce qui précède que l’exception d’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français, excipée contre cette même interdiction, n’est pas fondée.
17. M. A... soutient que la décision d’interdiction de retour sur le territoire français est entachée d’erreur de fait en ce que l’arrêté mentionne, à propos des membres de sa famille vivant en France, que « rien ne s’oppose à ce qu’il revienne les visiter, étant dispensé de solliciter un visa pour un séjour inférieur à trois mois », et « qu’il n’établit pas entretenir des liens intenses et durables » avec son épouse et ses enfants. Toutefois, le premier de ces membres de phrase ne figure pas dans la motivation de cette décision développée sous la mention de l’article L. 621-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais dans celle des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. En ce qui concerne le second, l'administration n’ayant pas commis d’erreur sur la composition de la famille ou son pays de résidence, l’appréciation qu’elle a portée sur ses liens familiaux ne constitue pas une erreur de fait. Le moyen doit dès lors être écarté.
18. La motivation de la décision d’interdiction de retour sur le territoire français mentionnant notamment la condamnation de M. A... et la présence de sa famille en France, le moyen tiré du défaut d’examen de sa situation personnelle doit être écarté.
19. Les moyens selon lesquels l’interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale pour les droits de l’enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 8 et 10. Il en est de même du moyen selon lequel cette décision est entachée d’erreur d’appréciation en raison de son caractère disproportionné et de sa durée.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté de la préfète de l’Isère du 20 janvier 2025 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
21. Le présent jugement n’impliquant aucune mesure d’exécution, les conclusions à fin d’injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l’instance :
22. L’Etat n’étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et à la préfète de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2025, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Permingeat, première conseillère,
M. Derollepot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2025.
Le président rapporteur,
T. Pfauwadel
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
F. Permingeat
Le greffier,
M. B...
La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.