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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2504133

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2504133

mardi 29 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2504133
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPORET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B, ressortissant tunisien, contestant les arrêtés préfectoraux du 16 avril 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, lui interdisant le retour pendant un an et l'assignant à résidence. Le tribunal a jugé que la signataire des arrêtés disposait d'une délégation de compétence régulière et que le droit d'être entendu de M. B avait été respecté lors de son audition. Il a également estimé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de la brièveté et de l'irrégularité de son séjour en France.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 avril 2025, M. A B, représenté par Me Poret, demande au tribunal :

1°) de lui accorder provisoirement le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir :

- l'arrêté du 16 avril 2025 par lequel la préfète de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a interdit tout retour en France pendant 1 an ;

- l'arrêté du même jour par lequel la préfète de l'Isère l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère d'effacer son signalement du système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les arrêtés en litige ont été signés par une autorité incompétente ;

- l'obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- cette obligation méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette obligation est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus de délai de départ volontaire méconnaît le 1°) de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- ce refus est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant fixation du pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai prive l'interdiction de retour en France de base légale ;

- cette interdiction de retour n'est pas distincte de l'obligation de quitter le territoire français et n'est pas suffisamment motivée ;

- cette interdiction méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la durée de cette interdiction est disproportionnée et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'assignation à résidence n'est pas suffisamment motivée ;

- cette assignation n'apparaît ni adaptée ni nécessaire ni proportionnée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La préfète de l'Isère a présenté un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2025, par lequel elle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Permingeat, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 615-2, L. 614-1, L. 911-1 et L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 29 avril 2025, a été entendu :

- le rapport de Mme Permingeat, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Poret, représentant M. B.

L'instruction a, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, été close à l'issue de ces observations, à 14 h 24.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, déclare être entré en France fin 2021. Il s'y est maintenu irrégulièrement jusqu'à son interpellation par les forces de l'ordre le 15 avril 2025 pour des faits de recel de bien provenant d'un vol. Le 16 avril 2025, la préfète de l'Isère a, par deux arrêtés distincts, pris à son encontre, d'une part, une obligation de quitter le territoire français sans délai et une interdiction de retour en France pendant 1 an et, d'autre part, une décision portant assignation à résidence. Dans la présente instance, M. B en demande l'annulation pour excès de pouvoir.

Sur la demande l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Compte tenu de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au titre de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir et d'injonction :

3. Mme Duquesnay, secrétaire adjointe de la préfecture de l'Isère et signataire des arrêtés en litige, avait reçu, à cette fin, une délégation consentie par arrêté de la préfète de l'Isère du 25 novembre 2024 régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte manque en fait.

4. Il ressort du procès-verbal d'audition de M. B du 15 avril 2025, que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations sur son éventuel éloignement du territoire national. Il a notamment pu faire part aux autorités de la date de son entrée en France et de la présence de son père en Corse. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que cette décision a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne.

5. A la date de l'obligation de quitter le territoire français en litige, M. B n'était présent en France que depuis 4 ans. Son séjour s'y est intégralement déroulé en situation irrégulière et les quelques attestations de connaissances qu'il produit ne suffisent pas à caractériser les liens d'une particulière intensité qu'il soutient avoir noués sur le territoire national. S'il invoque la présence de son père en Corse, il n'établit pas entretenir avec l'intéressé des rapports particuliers. Cette obligation ne porte donc pas à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été édictée et ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Pour les mêmes motifs, l'obligation en litige n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / ()/ 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".

8. Le refus de titre de séjour de M. B n'est pas fondé sur le 1°) mais sur le 3°) de l'article L. 612-1 précité. Par suite, l'intéressé ne peut utilement invoquer la circonstance qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, comme exposé précédemment, les liens sociaux et familiaux dont il se prévaut sont insuffisants pour caractériser des " circonstances particulières " au sens de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisant obstacle à l'édiction d'un tel refus.

9. M. B ne demandant pas l'annulation de l'arrêté du 16 avril 2025 en tant qu'il porte fixation du pays de destination, le moyen qu'il invoque contre cette décision est inopérant.

10. Il résulte des points 3 à 8 que l'exception d'illégalité excipée par M. B à l'encontre de l'interdiction de retour en France doit être écartée.

11. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

12. L'arrêté du 16 avril 2025 comporte une interdiction de retour en France distincte de l'obligation faite à M. B de quitter le territoire français et dument motivée en prenant en compte les différents critères énoncés par les dispositions précitées.

13. Comme indiqué au point 5, M. B ne démontre ni son intégration en France ni les liens étroits qu'il soutient entretenir avec son père. Par suite, il ne fait état d'aucun élément rendant nécessaire son retour en France dans l'année à venir sous peine de méconnaître son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il n'est donc pas fondé à soutenir que l'interdiction en litige méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Compte tenu des conditions de séjour en France de M. B, de son absence d'intégration dans la société française et de l'absence démontrée de liens avec son père, la préfète de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour prise à son encontre.

15. L'assignation à résidence de M. B comporte les considérations de fait et de droit qui la fondent. Elle satisfait par suite à l'exigence de motivation qu'impose l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. En se bornant à soutenir que l'assignation dont il fait l'objet " n'apparaît ni adaptée, ni nécessaire ni proportionnée " le requérant n'invoque pas un moyen suffisamment précis pour en apprécier le bien-fondé.

17. En invoquant les liens qu'il a tissés en France, M. B ne caractérise pas en quoi l'obligation qui lui est faite de résider dans la commune de Grenoble porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

18. Il résulte de ce qui précède que les moyens invoqués par M. B doivent être écartés et ses conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir et d'injonction, rejetées.

Sur les frais du litige :

19. Compte tenu de la qualité de partie perdante de M. B dans la présente instance, les conclusions qu'il présente au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Poret et à la préfète de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2025.

Le magistrat désigné,

F. PermingeatLa greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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