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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2506525

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2506525

jeudi 28 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2506525
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantLEXCAP ANGERS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé, a ordonné une expertise médicale à la demande de M. A concernant sa prise en charge par le centre hospitalier Annecy Genevois le 3 septembre 2023. Le juge a estimé la mesure utile en raison de divergences importantes entre deux expertises amiables sur l'évaluation de la perte de chance et l'imputabilité du dommage. L'expertise, fondée sur l'article R. 532-1 du code de justice administrative, vise à éclairer les causes et conséquences des préjudices allégués, que ce soit pour une transaction ou un éventuel contentieux au fond. La demande du centre hospitalier tendant au rejet de la mesure a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 juin et le 21 juillet 2025, M. E A, représenté par Me Meunier, demande au juge des référés d'ordonner sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative une expertise relative aux conditions de sa prise en charge le 3 septembre 2023par le centre hospitalier Annecy Genevois.

Il soutient que cette expertise est utile pour déterminer l'existence d'une éventuelle erreur de diagnostic du médecin régulateur du Centre 15.

Par un mémoire enregistré le 25 juin 2025, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique ne s'oppose pas à la demande d'expertise sollicitée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2025, le centre hospitalier de Annecy Genevois représenté par Me Ligas-Raymond, demande au juge des référés :

1°) de rejeter la mesure d'expertise sollicitée ;

2°) de rejeter toutes les demandes formulées à son encontre ;

3°) de statuer ce que de droit sur les dépens.

Il soutient que la demande s'analyse comme une demande de contre-expertise, un rapport

d'expertise contradictoire amiable ayant été rendu le 4 novembre 202, et que dans ce cas elle relève de la compétence du juge du fond.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. Il résulte de l'instruction que M. A a participé à un trail en montagne le 1er septembre 2023, le 2 septembre il ressentait des douleurs des membres inférieurs qui se sont intensifiées progressivement, le 3 septembre 2023 vers 1h00 il se serait retrouvé dans l'impossibilité de réaliser des descentes et aurait contacté les secours. A 1h30 du matin, il a consulté un médecin qui a préconisé un retour à domicile. A 9h00, il précise s'être retrouvé dans l'impossibilité de manger et avoir été pris de vomissements. A 16h16, le médecin régulateur suspectant une gastroentérite recommandait la prise d'antiémétique. Face à une aggravation de son état les heures suivantes, il contactait de nouveau le 15 pour solliciter une prise en charge et était transporté aux urgences de l'hôpital de Sallanches par ses proches où il a été pris en charge le 4 septembre au service de réanimation et un diagnostic de rhabdomyolyse était posé face au constat d'une insuffisance rénale sévère. Les avis rendus par le Dr D mandaté par l'assureur du centre hospitalier le 4 novembre 2024 et le Dr C missionné par l'assureur de M. A divergent fortement sur l'évaluation de la perte de chance d'éviter le dommage donc sur l'ampleur du dommage imputable.

4. Dans ces conditions, la demande d'expertise présentée par M. A, relative aux conditions de sa prise en charge au centre hospitalier Annecy Genevois présente un caractère utile puisqu'elle permettra, par une mesure offrant toutes les garanties d'une procédure judiciaire contradictoire, de donner un avis sur les causes et les conséquences des préjudices allégués par M. A. Cet avis sera utile, soit dans le cadre des échanges transactionnels qui pourront avoir lieu entre les parties, soit dans le cadre d'une procédure contentieuse devant le juge du fond. En outre, cette mesure entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

5. En application des dispositions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative, il appartiendra à l'expert désigné, s'il le juge utile, de demander au président du tribunal l'autorisation de s'adjoindre un sapiteur.

6. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera.

ORDONNE :

Article 1er : Monsieur le Professeur B F, domicilié Centre Hospitalier Lyon-Sud Unité de réanimation - 165 chemin du Grand Revoyet 69 310 Pierre-Bénite est désigné comme expert avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. A et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge par le 15 ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. A, ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de M. A et les soins et prescriptions antérieurs à son admission à l'hôpital, ainsi que les conditions dans lesquelles il a été pris en charge et soigné dans cet établissement ;

3°) préciser l'état actuel de M. A et se prononcer sur l'origine de cet état ; en cas de pluralité de causes, indiquer les conséquences de chacune et, le cas échéant, proposer au tribunal, un partage en termes de pourcentages ;

4°) donner son avis sur la prise en charge de M. A par le service 15 du centre hospitalier Annecy Genevois à compter du 3 septembre 2023, dire si le diagnostic posé à son arrivée à l'hôpital aurait pu intervenir lors de son appel au 15 ; dans l'affirmative, indiquer si, un diagnostic conforme aurait permis d'éviter la rhabdomyolyse ; dire quelles conséquences peuvent être imputables à l'erreur de diagnostic ;

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux, les actes de soins ou dans l'organisation des services ont été commis lors de la prise en charge de M. A; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru à la survenance du dommage ou ont fait perdre à M. A une chance d'éviter la survenue du dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;

6°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il y a eu manquement à l'obligation d'information à l'égard du requérant ;

7°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de M. A, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché au centre hospitalier Annecy Genevois, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

8°) déterminer la date de consolidation de l'état physique de M. A, l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice esthétique permanent ou de tout autre préjudice patrimonial ou extrapatrimonial dont celui-ci ferait état ; dire si l'état de M. A est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;

9°) à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel M. A devra être réexaminé en fonction de l'évolution prévisible de son état de santé et préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision ;

10°) préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement de M. A, dire dans quelle mesure il aura besoin de l'assistance d'une tierce personne ;

11°) donner toute précision utile permettant au tribunal d'apprécier une éventuelle incidence professionnelle du dommage ; et dire notamment s'il est dans l'impossibilité de se livrer à des activités spécifiques de sports ou de loisirs ;

12°) évaluer chacun de ces préjudices même en l'absence de lien de causalité, de manquement ou de faute ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

13°) distinguer dans les soins supportés par la caisse primaire d'assurance maladie ceux qui auraient incombé en tout état de cause à celle-ci en raison de l'état antérieur de M. A ou à toute autre cause, de ceux imputables à un éventuel manquement du centre hospitalier Annecy Genevois.

14°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

15°) tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de M. A, du centre hospitalier Annecy Genevois et de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme transfert pro dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E A, au centre hospitalier Annecy Genevois, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique et à l'expert.

Fait à Grenoble, le 28 août 2025.

Le juge des référés,

J-P Wyss

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2506525

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