Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2506858
jeudi 3 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2506858 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 juillet 2025, Mme D A épouse C, représentée par Me Coutaz, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution du refus implicite du préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de lui délivrer une carte de résident de dix ans ou une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à titre provisoire dans un délai d'un mois, sous astreinte définitive de 200 euros par jour de retard, et subsidiairement de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
3. Mme A, ressortissante malgache, déclare vivre en France depuis 1984. Elle a épousé le 27 octobre 2001 un ressortissant français. Elle a bénéficié d'une carte de résident valable du 30 septembre 2010 au 29 septembre 2020. Le 19 février 2025, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Le silence gardé par la préfète de l'Isère sur cette demande durant quatre mois a fait naître une décision implicite de rejet dont Mme A requiert la suspension.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre cette décision, la requérante fait valoir que l'urgence est présumée s'agissant d'une demande de renouvellement. Toutefois, lorsqu'elle a déposé sa demande de titre de séjour, la précédente carte de résident qui lui avait été délivrée était expirée depuis plus de quatre ans et Mme A reconnaît ne pas avoir bénéficié depuis d'autres documents de séjour. Par suite, sa demande présentée le 19 février 2025 ne constitue pas une demande de renouvellement, mais s'analyse comme une demande de première délivrance. Dès lors, la requérante ne peut pas se prévaloir de la présomption d'urgence mentionnée au point 2. Mme A soutient également qu'elle risque de perdre son emploi dans la mesure où son employeur lui aurait demandé de justifier de son droit au séjour. Toutefois, il ressort des pièces qu'elle verse à l'instance que son employeur lui a adressé un courrier en ce sens le 20 novembre 2024 et lui a imparti un délai pour régulariser sa situation expirant le 28 novembre. Puis, par un second courrier du 3 décembre 2024, son employeur l'a informée qu'à défaut d'avoir fourni un titre de séjour, elle sera radiée des cadres à compter du 16 décembre 2024. Il ressort également du bulletin de salaire du mois de décembre 2024, produit à l'instance, qu'elle n'a été rémunérée qu'à raison de la période du 1er au 15 décembre. Ainsi, aucune pièce du dossier n'établit que Mme A exercerait actuellement une activité professionnelle dont la poursuite serait compromise par l'exécution de la décision contestée. Dans ces conditions, Mme A ne justifie d'aucune circonstance particulière permettant de regarder la condition d'urgence comme étant remplie. Sa requête ne peut dès lors qu'être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A épouse C.
Fait à Grenoble, le 3 juillet 2025.
Le juge des référés,
V. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.