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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2506992

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2506992

jeudi 17 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2506992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPORET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté les requêtes de M. et Mme A, ressortissants albanais, qui demandaient l'annulation des arrêtés du 2 juillet 2025 prolongeant leur assignation à résidence pour 45 jours. Le tribunal a jugé que les décisions étaient suffisamment motivées et que la préfète de l'Isère avait procédé à un examen réel de leur situation. Il a estimé que la mesure était adaptée, nécessaire et proportionnée, et qu'elle ne méconnaissait ni l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2025 sous le n°2506992, Mme D, représentée par Me Poret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n°JST-281 du 2 juillet 2025 par lequel la préfète de l'Isère a prolongé l'assignation à résidence prononcée par un arrêté du 24 avril 2025 pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué n'est pas motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- il n'est pas adapté, nécessaire et proportionné ;

- il méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2025 sous le n°2506993, M. C A, représenté par Me Poret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n°JST-282 du 2 juillet 2025 par lequel la préfète de l'Isère a prolongé l'assignation à résidence prononcée par un arrêté du 24 avril 2025 pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué n'est pas motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- il n'est pas adapté, nécessaire et proportionné ;

- il méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Hamdouch, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 juillet 2025 à 14h00 :

- le rapport de M. Hamdouch,

- les observations de Me Poret, représentant M. et Mme A.

La préfète de l'Isère n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées nos2506992 et 2506993 présentées pour Mme A et M. A présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Par deux arrêtés du 2 mai 2022, le préfet de l'Isère a prononcé à l'encontre de M. A et Mme A, ressortissants albanais nés respectivement le 7 septembre 1961 et le 5 septembre 1967, une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par deux arrêtés nos2025-JST-179 et 2025-JST-178 du 24 avril 2025, la préfète de l'Isère a décidé de les assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par deux arrêtés nos2025-JST-240 et 2025-JST-239 du 26 mai 2025, la préfète de l'Isère a décidé de prolonger ces assignations à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Enfin, par deux arrêtés nos2025-JST-282 et 2025-JST-281 du 2 juillet 2025 dont M. et Mme A demandent l'annulation, la préfète de l'Isère a prolongé leur assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () " Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de Mme A et de M. A, il y a lieu de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'article L. 732-1 du même code dispose que : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

5. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

6. Les arrêtés contestés vise l'article L. 731-3 du code de justice administrative et comporte l'énoncé des considérations de fait qui en constituent le fondement en mentionnant notamment qu'il n'a pas été possible de procéder à l'éloignement de M. et Mme A dans les quarante-cinq jours. Tandis qu'aucun texte ou principe ne fait obligation à l'administration d'énumérer explicitement dans sa décision chacun des éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de l'intéressé, la décision contestée comporte une motivation suffisante en droit et en fait sur la situation administrative, familiale et personnelle du requérant. En outre, il résulte des termes de la décision attaquée que la préfète de l'Isère a procédé à un examen particulier de la situation personnelle des requérants. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen réel et sérieux de la situation des requérants doivent être écartés.

7. En deuxième lieu, les décisions d'assignation à résidence litigieuses ont été prises en application de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permet l'édiction d'une telle mesure à la condition que l'étranger fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire a expiré ou n'a pas été accordé. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que les décisions attaquées ont été prises en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Par deux arrêtés du 24 avril 2025, la préfète de l'Isère a assigné à résidence M. et Mme A pour une durée de quarante-cinq jours et a prolongé ces assignations à résidence pour la même durée par deux arrêtés du 26 mai 2025 puis par les deux arrêtés attaqués du 2 juillet 2025. Il leur a, par ailleurs, fait obligation de se présenter les lundi, mercredi et jeudi à 8h00, y compris les jours fériés ou chômés, à la brigade de gendarmerie de La Verpillère. S'ils se prévalent de la présence en France de leur fille en situation régulière et de son enfant de nationalité française, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions d'assignation à résidence contestées feront obstacle à la continuité de la vie privée et familiale durant leurs assignations à résidence. Enfin, ils ne justifient pas de l'exercice d'activités professionnelles qui se trouverait empêcher ou perturber par les mesures d'assignation litigieuses. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'absence de proportionnalité des décisions contestées doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur leur fondement par Me Poret, avocate de M. et Mme A.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A et M. A sont admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des conclusions des requêtes n°2506992 et n°2506993 de Mme A et de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D, à M. C A, à Me Poret et à la préfète de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2025.

Le magistrat désigné,

S. HamdouchLe greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2506992, 2506993

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