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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2508931

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2508931

jeudi 8 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2508931
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantNABET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en formation collégiale, a annulé l'arrêté du 7 août 2025 par lequel le préfet de la Drôme a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B..., ressortissant tunisien, et l'a obligé à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le préfet avait commis une erreur d'appréciation en ne tenant pas compte de la situation professionnelle de l'intéressé, qui occupait depuis plus de douze mois un emploi d'ouvrier non qualifié dans un métier en tension, conformément à l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue est l'annulation de l'arrêté pour erreur manifeste d'appréciation, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 août 2025 et 12 novembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Nabet, demande au tribunal :

1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler l’arrêté du 7 août 2025 par lequel le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d’enjoindre à la préfète de la Drôme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d’un mois ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et dans l’attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de cinq jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil d’une somme de 1 500 euros en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Il soutient que :
Sur l’arrêté pris dans son ensemble :
- la compétence du signataire de l’arrêté n’est pas rapportée ;
- l’arrêté est insuffisamment motivé ;
- il n’a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;
Sur le refus de titre de séjour :
- il méconnaît l’article R. 431-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il est entaché d’une erreur de droit dès lors que le préfet de la Drôme s’est estimé à tort en situation de compétence liée par rapport à l’avis du service de la main d’œuvre étrangère ;
- les trois motifs de la décision sont entachés d’une erreur de fait et d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- le refus méconnaît l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale du fait de l’illégalité du refus de titre de séjour ;
Sur le refus de délai de départ volontaire :
- les motifs invoqués pour justifier ce refus sont infondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 octobre 2025 et 18 novembre 2025, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.

La demande d’aide juridictionnelle de M. B... a été rejetée par une décision du 6 novembre 2025

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Au cours de l’audience publique, Mme Beytout a présenté son rapport, les parties n’étant ni présentes ni représentées.


Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant tunisien, déclare être entré en France le 5 juin 2022. Le 28 juillet 2025, il a sollicité la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le préfet de la Drôme a rejeté sa demande, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi par un arrêté du 7 août 2025 dont M. B... demande l’annulation dans la présente instance.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence, (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ».
L’aide juridictionnelle ayant été refusée à M. B... par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 6 novembre 2025, ses conclusions au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête ;
Aux termes de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention “ travailleur temporaire ” ou “ salarié ” d'une durée d'un an (…) Dans l'exercice de sa faculté d'appréciation, l'autorité compétente prend en compte, outre la réalité et la nature des activités professionnelles de l'étranger, son insertion sociale et familiale, son respect de l'ordre public, son intégration à la société française et son adhésion aux modes de vie et aux valeurs de celle-ci ainsi qu'aux principes de la République mentionnés à l'article L. 412-7. (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que M. B... est employé à temps plein depuis juillet 2023, soit depuis plus de douze mois consécutifs à la date de la décision attaquée, pour un emploi d’ouvrier non qualifié dans l’agroalimentaire, qui constitue un métier en tension, et que sa rémunération est équivalente au salaire minimum interprofessionnel de croissance. La circonstance que sa demande d’autorisation de travail mentionne une rémunération de 1700 euros mensuels résulte d’une simple erreur de plume. Dans ces conditions, il est fondé à soutenir qu’en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Drôme a méconnu l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et à demander, pour ce motif, l’annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ».
Le motif du présent jugement implique nécessairement la délivrance à M. B... du titre de séjour sollicité. Il y a lieu d’enjoindre à la préfète de la Drôme d’y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais de l’instance :
Aux termes de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l’aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. / Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l’aide juridictionnelle, à payer à l’avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l’aide juridictionnelle, une somme qu’il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l’Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l’aide aurait exposés s’il n’avait pas eu cette aide. (...) ».
Le bénéfice de l’aide juridictionnelle ayant été refusé à M. B..., ce dernier n’est pas fondé à se prévaloir de ces dispositions. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ne permettent par ailleurs pas le versement d’une somme à l’avocate du requérant au titre des frais non compris dans les dépens. Les conclusions de M. B... tendant à ce que soit mis à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 500 euros à Me Nabet, son avocate, en application de l’une ou l’autre de ces dispositions doivent ainsi être rejetées.


D E C I D E :

Article 1 : L’arrêté du 7 août 2025 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Drôme de délivrer à M. B... le titre de séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Nabet et à la préfète de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,
Mme Beytout, première conseillère,
Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2026.

La rapporteure,

E. BEYTOUT

Le président,

P. THIERRY

La greffière,




A. ZANON

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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