Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 et 24 septembre 2025, Mme D..., représentée par Me Combes, doit être regardée comme demandant au juge des référés :
1°) de lui accorder à titre provisoire le bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 19 août 2025 par laquelle la préfète de l’Isère a refusé d’accorder le regroupement familial sollicité le 4 décembre 2023 en faveur de ses deux enfants, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère d’accorder le regroupement familial sollicité en faveur de ses enfants dans le délai de 15 jours à compter de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
– l’urgence est caractérisée dès lors que l’état de santé de la grand-mère maternelle, en charge des enfants, s’est dégradé et que ses sœurs ne peuvent davantage s’occuper des enfants dont l’un présente également un état de santé fragile ;
– la décision est entachée d’erreur d’appréciation au regard de l’article L. 434-2 et L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par un mémoire en défense enregistré le 22 septembre 2025, la préfète de l’Isère conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que l’urgence n’est pas caractérisée et qu’aucun des moyens n’est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Vu :
– les autres pièces du dossier ;
– la requête n°2505175, enregistrée le 19 mai 2025, par laquelle Mme D... demande l’annulation de l’arrêté contesté.
Vu :
– le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
– la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
– le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Savouré, vice-président, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
– le rapport de M. Savouré, juge des référés
– et les observations de Me Combes, représentant Mme D....
La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Mme D..., ressortissante nigériane entrée en France le 3 octobre 2015, est titulaire d’une carte de résident depuis le 23 avril 2020. Elle a sollicité le 4 décembre 2023 le regroupement familial au bénéfice de ses deux enfants mineurs et a reçu une attestation de dépôt de cette demande le 20 mars 2024. Par ordonnance n°2505176, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a suspendu l’exécution de la décision implicite née sur cette demande et a enjoint à la préfète de l’Isère de réexaminer la demande de regroupement familial dans un délai d’un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Par une décision du 19 août 2025, dont la requérante demande la suspension de l’exécution, la préfète de l’Isère a refusé de faire droit à la demande de regroupement familial.
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».
En l’espèce, Mme D... est séparée de ses deux premiers enfants mineurs restés au B.... Elle soutient que leur père est décédé et que sa mère, âgée de 86 ans, n’est plus en mesure de s’occuper de ses enfants compte tenu de son état de santé. Elle verse également des attestations de ses sœurs qui ne sont également pas de mesure de s’en occuper. Ainsi, eu égard à la dégradation récente de la situation de ses enfants au B... et de la durée d’instruction de la demande, la condition d'urgence doit, dans les circonstances de l’être regardée comme remplie.
Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 434-2 et L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre, en l’état de l’instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que les deux conditions auxquelles l’article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l’exécution d’une décision administrative sont satisfaites. Il y a lieu, par suite, de suspendre l’exécution de la décision du 19 août 2025 de la préfète de l’Isère jusqu’à ce qu’il soit statué au fond.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n’est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ». Aux termes de l’article L. 911-1 du même code : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution. ».
Compte tenu du motif de suspension retenu, il y a lieu d’enjoindre à la préfète de l’Isère d’accorder à Mme D... le regroupement familial au bénéfice de ses enfants, dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n’y pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
Il y a lieu d’admettre provisoirement Mme A... à l’aide juridictionnelle et, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve de l’admission définitive de la requérante, de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 800 euros à Me Combes avocat de Mme D..., en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d’aide juridictionnelle, la même somme sera directement versée à Mme D... en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme D... est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : L’exécution de la décision du 19 août 2025 de la préfète de l’Isère est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Isère de faire droit à la demande de regroupement familial formée par Mme D... au bénéfice de ses enfants dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve de l’admission définitive de Mme D... à l’aide juridictionnelle l’Etat versera la somme de 800 euros à Me Combes en application de l’article de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme D..., la même somme lui sera versée en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... D..., au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et à Me Combes.
Copie en sera adressée à la préfète de l’Isère.
Fait à Grenoble, le 1er octobre 2025.
Le juge des référés,
La greffière,
B. Savouré
J. Bonino
La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.