Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 septembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Dabbaoui, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 18 août 2025 par lequel la préfète de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d’enjoindre à la préfète de la Haute-Savoie :
de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle, à titre subsidiaire temporaire, portant la mention « vie privée et familiale » ou « salarié » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
de supprimer son signalement du système d’information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
le signataire de l’arrêté attaqué pris dans son ensemble est incompétent ;
la décision de refus de délivrance d’un titre de séjour est insuffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ; elle méconnaît les dispositions de l’article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;
la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ; elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;
la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ; elle est illégale, par voie d’exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2025, la préfète de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu’aucun des moyens n’est fondé.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code des relations entre le public et l'administration ;
le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Naillon a été entendu au cours de l’audience publique, à laquelle les parties n’étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant algérien, est entré en France le 2 janvier 2019 sous couvert d’un visa court séjour délivré par les autorités polonaises, valable du 29 décembre 2018 au 3 janvier 2019. Par un arrêté du 21 novembre 2022, le préfet de la Haute-Savoie a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour sur le territoire français durant un an. Par jugement du 29 décembre 2022 du tribunal administratif de Grenoble puis par arrêté du 29 avril 2024 de la cour administrative d'appel de Lyon, la légalité de l’arrêté du 21 novembre 2022 a été confirmée. Le 25 mars 2025, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l’article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l’arrêté attaqué du 18 août 2025, la préfète de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur l’arrêté attaqué pris dans son ensemble :
L’arrêté en litige a été signé par M. David-Anthony Delavoët, secrétaire général de la préfète de la Haute-Savoie, qui avait reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Haute-Savoie du 7 avril 2025, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.
Sur la décision de refus de titre de séjour :
En premier lieu, la décision contestée de refus de titre de séjour vise les textes dont elle fait application et énonce les éléments de fait essentiels tenant à la situation personnelle de M. B.... Elle est suffisamment motivée au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration.
En deuxième lieu, les termes de la décision en litige témoignent du fait qu’avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour, la préfète de la Haute-Savoie a procédé à un examen particulier de sa situation. Par suite, le moyen présenté en ce sens doit être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention “ travailleur temporaire ” ou “ salarié ” d'une durée d'un an . / (...) Dans l'exercice de sa faculté d'appréciation, l'autorité compétente prend en compte, outre la réalité et la nature des activités professionnelles de l'étranger, son insertion sociale et familiale, son respect de l'ordre public, son intégration à la société française et son adhésion aux modes de vie et aux valeurs de celle-ci ainsi qu'aux principes de la République mentionnés à l'article L. 412-7 (...) ».
Les dispositions précitées de l’article L. 435-4 ne s’appliquent pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l’ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d’un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation.
Le requérant justifie avoir travaillé de mars 2021 à juin 2021 comme agent polyvalent chez Yam Propreté, puis de juillet 2021 à juillet 2023 en tant qu’ouvrier en pose de fibre optique en contrat à durée indéterminée à temps complet pour l’entreprise Siam Services, puis d’octobre 2023 à août 2025 en tant que technicien fibre en contrat à durée indéterminée à temps complet pour l’entreprise Sas Pro Tech Connexion. Toutefois, la seule circonstance qu’il travaille depuis 2021, dans un métier qui ne figure pas parmi la liste des métiers en tension fixée par l’arrêté du 21 mai 2025 fixant la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement en application de l'article L. 414-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n’est pas de nature à établir qu’en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation.
En quatrième lieu, M. B... est entré en France en janvier 2019 muni d’un visa en cours de validité délivré par les autorités polonaises, accompagné, selon ses dires, de son épouse avec qui il vivait depuis 2014 en Ukraine. Il ressort des pièces du dossier qu’il s’est marié en Ukraine le 20 mai 2017 avec une ressortissante algérienne, qui a donné naissance à trois enfants en 2020, 2022 et 2025 issus de cette union. Toutefois, l’ensemble de la famille est en situation irrégulière sur le territoire français et la cellule familiale peut se reconstituer en Algérie. De plus, si le requérant soutient que quatre membres de sa fratrie ainsi que sa mère vivent en situation régulière en France, il ne justifie que de la présence régulière de l’une de ses sœurs, titulaire d’un certificat de résidence algérien valable jusqu’en 2033, et de l’un de ses frères, qui a la nationalité française. Dans ces conditions, la seule circonstance qu’il fait du bénévolat et qu’il travaille depuis 2021 n’est pas de nature à établir qu’en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète de la Haute-Savoie a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (...) 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents (...) ». Aux termes de l’article L. 613-1 du même code : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour (...) ».
D’une part, en application de ces dispositions, l’obligation de quitter le territoire français sous trente jours n’avait pas à faire l’objet d’une motivation distincte de celle de la décision refusant le titre de séjour. Au demeurant, elle vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, en particulier le 3° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne les considérations de fait essentielles tenant à la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.
D’autre part, les termes de l’arrêté attaqué témoignent du fait que la préfète de la Haute-Savoie a examiné la situation particulière du requérant avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Le moyen présenté en ce sens doit, dès lors, être écarté.
En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».
Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi vise l’article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait référence à l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique par ailleurs que le requérant ne fait pas état de risques particuliers en cas de retour dans son pays d’origine. Dès lors, la préfète de la Haute-Savoie a suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination.
En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. B... ne peut exciper de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l’encontre de la décision fixant le pays de renvoi.
Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, M. B... n’est pas fondé à soutenir qu’en fixant l’Algérie comme pays de renvoi, la préfète de la Haute-Savoie a commis une erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences que comporte son arrêté sur sa situation.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d’injonction et présentées au titre des frais d’instance.
D E C I D E :
Article 1er :
La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la préfète de la Haute-Savoie.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- M. Hamdouch, premier conseiller,
- Mme Naillon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2026.
La rapporteure,
L. Naillon
Le président,
M. Sauveplane
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.