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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2511684

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2511684

vendredi 5 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2511684
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHUARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé, a suspendu l'exécution de la décision implicite de la préfète de l'Isère refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme A... épouse C.... La condition d'urgence a été reconnue compte tenu de la situation personnelle et professionnelle de la requérante, mariée à un ressortissant français et mère d'un enfant mineur, ainsi que de la durée anormalement longue d'instruction de sa demande. Le juge a également estimé qu'il existait un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment au regard de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a enjoint à la préfète de délivrer une attestation de prolongation d'instruction autorisant le travail dans un délai de 48 heures.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 novembre 2025, Mme B... A... épouse C..., représentée par Me Huard, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de la décision implicite par laquelle la préfète de l’Isère a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois et, à défaut, de prendre une décision explicite sur sa demande de titre de séjour dans un délai de 15 jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l’attente, de lui délivrer une attestation de prolongation d’instruction l’autorisant à travailler dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l’Etat au versement d’une somme de 1 800 euros au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
la condition d’urgence est remplie dans la mesure où la condition d’urgence est présumée s’agissant d’une demande de renouvellement de titre de séjour ; la décision en litige la place en situation irrégulière et de précarité ;
il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision en litige :
*elle méconnaît l’article L. 423-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
*elle méconnaît l’article R. 431-15-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
*elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
*elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.


La requête a été communiquée à la préfète de l’Isère qui n’a pas produit de mémoire.

Vu :
la requête en annulation enregistrée sous le n°2511683 ;
les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bedelet, pour statuer sur les demandes de référé ;

Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience publique du 12 novembre 2025 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme Bedelet, juge des référés ;
- les observations de Me Huard pour Mme A... épouse C....

La préfète de l’Isère n’était ni présente ni représentée.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience à 15h22.

Considérant ce qui suit :


Sur la demande de suspension d’exécution :

L’article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d’ordonner la suspension de l'exécution d’une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.


En ce qui concerne la condition d’urgence :

La condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence est en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d’établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d’urgence soit regardée comme remplie.

Mme A... épouse C... était titulaire d’un titre de séjour mention « vie privée et familiale » valable du 3 octobre 2023 au 2 octobre 2024. Elle n’a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur la plateforme ANEF que le 19 septembre 2024. Ainsi, en ne sollicitant pas le renouvellement de son titre de séjour sur la plateforme ANEF dans le délai prévu par les dispositions de l’article R. 431-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, elle doit être regardée comme sollicitant non le renouvellement de sa carte de séjour mais la délivrance d’un premier titre de séjour. La condition d'urgence ne peut donc être présumée satisfaite. Cependant, la requérante est conjointe d’un ressortissant français avec qui elle s’est mariée le 3 août 2019 et a bénéficié de titres de séjour portant la mention « vie privée et familiale » depuis mai 2022. Par ailleurs, elle vient de commencer un nouvel emploi au centre hospitalier de la Mûre en qualité d’agent bio-nettoyage. Ainsi et eu égard au temps d’instruction de sa demande de titre de séjour anormalement longue, Mme A... épouse C..., qui n’est plus titulaire d’une attestation de prolongation d’instruction depuis le 3 novembre 2025 et qui est mère d’un enfant mineur né d’une précédente union, justifie de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à bref délai des mesures qu’elle demande. Par suite, la condition d’urgence prévue par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

En l’état de l’instruction, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article L. 423-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Dans ces conditions, il y a lieu d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision de la préfète de l’Isère refusant de délivrer un titre de séjour à Mme A... épouse C....

Sur les conclusions aux fins d’injonction :

Eu égard à l’office du juge des référés, il y a lieu d’enjoindre à la préfète de l’Isère de procéder au réexamen de la situation de Mme A... épouse C... et de prendre une décision explicite sur sa demande de titre de séjour dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l’attente, de lui délivrer, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l’autorisant à travailler. En revanche, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais de procès :

Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner l’Etat à verser à Mme A... épouse C... une somme de 1 000 euros au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E


Article 1er :
L’exécution de la décision implicite portant refus de délivrance d’un titre de séjour à Mme A... épouse C... est suspendue.

Article 2 :
Il est enjoint à la préfète de l'Isère de réexaminer la situation de Mme A... épouse C... en prenant une nouvelle décision explicite sur sa demande et de la mettre dans l’attente en possession d’un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l’autorisant à travailler dans des délais respectifs d’un mois et de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 :
L’Etat versera à Mme A... épouse C... une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :
Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 :
La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... épouse C..., à Me Huard et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l’Isère.








Fait à Grenoble, le 5 décembre 2025.






La juge des référés,

A. Bedelet
Le greffier,

P. Muller



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



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