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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114174

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114174

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114174
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 décembre 2021, 8 février 2022, 16 mai 2022, 28 mai 2022, 4 juin 2022, 16 juin 2022, 24 août 2022, 26 septembre 2022 et 16 novembre 2022, M. A C doit être regardé, dans le dernier état de ses écritures, comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 novembre 2020 du président du conseil départemental de Loire-Atlantique rejetant le recours administratif préalable dirigé contre la décision du 28 juillet 2020 de cette même autorité portant suspension partielle du versement du revenu de solidarité active (RSA) pour une période de trois mois et, à l'issue de cette période, mettant fin à son droit au RSA ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Loire-Atlantique de le rétablir dans ses droits au RSA, à compter de septembre 2020 jusqu'à décembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Loire-Atlantique de lui faire verser une " prime de Noël " au titre de l'année 2021 pour un montant de 152,45 euros et une " prime inflation " à hauteur de 100 euros ;

4°) de condamner le département de Loire-Atlantique au versement de dommages et intérêts pour un montant de 230,7 millions d'euros, en application de l'article 1231-6 du code civil ;

5°) de mettre à la charge du département de Loire-Atlantique la somme de 280 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée procède d'une inexacte application des dispositions du code de l'action sociale et des familles en ce qu'elle conditionne le bénéfice du RSA versé en qualité de travailleur indépendant résidant en France à la conclusion d'un contrat d'insertion sociale et d'accompagnement ;

- elle méconnaît les dispositions de l'ordonnance n° 2020-1553 du 9 décembre 2020 prolongeant, rétablissant ou adaptant diverses dispositions sociales pour faire face à l'épidémie de Covid-19 ;

- elle méconnaît les dispositions du préambule de la constitution du 27 octobre 1946, les stipulations de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne et de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2022, le département de Loire-Atlantique, représenté par Me Naux, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 1000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors que, d'une part le recours administratif préalable dirigé contre la décision attaquée est intervenu tardivement, et, en tout état de cause, postérieurement à l'enregistrement de la requête, et d'autre part, la requête a été enregistrée plus d'un an après la décision attaquée et ses décisions confirmatives ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Revéreau,

- les observations de M. B, substituant Me Naux, avocat du département de Loire-Atlantique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C doit être regardé, dans le dernier état de ses écritures, comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 23 novembre 2020 du président du conseil départemental de Loire-Atlantique rejetant le recours administratif préalable dirigé contre la décision du 28 juillet 2020 par laquelle cette autorité a, d'une part, prononcé la suspension partielle du versement à son profit du revenu de solidarité active (RSA) pour une période de trois mois, et d'autre part, à l'issue de cette période, mis fin à son droit au RSA faute qu'il ait conclu un contrat d'insertion.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 262-27 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active a droit à un accompagnement social et professionnel adapté à ses besoins et organisé par un référent unique. () ". Aux termes de l'article L. 262-29 de ce même code : " Le président du conseil départemental oriente le bénéficiaire du revenu de solidarité active tenu aux obligations définies à l'article L. 262-28 / ()/ 2° Lorsqu'il apparaît que des difficultés tenant notamment aux conditions de logement, à l'absence de logement ou à son état de santé font temporairement obstacle à son engagement dans une démarche de recherche d'emploi, vers les autorités ou organismes compétents en matière d'insertion sociale () ". Aux termes de l'article L. 262-36 de ce code : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active ayant fait l'objet de l'orientation mentionnée au 2° de l'article L. 262-29 conclut avec le département, représenté par le président du conseil départemental, sous un délai de deux mois après cette orientation, un contrat librement débattu énumérant leurs engagements réciproques en matière d'insertion sociale ou professionnelle / Le département peut, par convention, confier la conclusion du contrat prévu au présent article ainsi que les missions d'insertion qui en découlent à une autre collectivité territoriale, à un groupement de collectivités territoriales ou à l'un des organismes mentionnés à l'article L. 262-15.". Enfin, aux termes de l'article L. 262-15 dudit code : " L'instruction administrative de la demande est effectuée à titre gratuit, dans des conditions déterminées par décret, par les services du département ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active. Peuvent également procéder à cette instruction le centre communal ou intercommunal d'action sociale du lieu de résidence du demandeur lorsqu'il a décidé d'exercer cette compétence ou, par délégation du président du conseil départemental dans des conditions définies par convention, des associations ou des organismes à but non lucratif ".

3. En application de ces dispositions, le président du conseil départemental est tenu de favoriser l'orientation sociale ou professionnelle de l'allocataire du revenu de solidarité active, en s'assurant notamment de la conclusion avec l'intéressé d'un contrat d'insertion destiné à organiser son parcours socio-professionnel, adapté à ses besoins et à sa situation.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles: " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : 1° Lorsque, du fait du bénéficiaire et sans motif légitime, le projet personnalisé d'accès à l'emploi ou l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas établis dans les délais prévus ou ne sont pas renouvelés ; () ". Aux termes de l'article L. 262-38 du même code : " Le président du conseil général procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active au terme d'une durée de suspension de son versement définie par voie réglementaire. () ".

5. Il appartient au juge administratif, saisi d'une demande dirigée contre une décision suspendant le versement de l'allocation de revenu de solidarité active ou radiant l'intéressé de la liste des bénéficiaires de cette allocation, non seulement d'apprécier la légalité de cette décision, mais aussi de se prononcer sur les droits du demandeur à cette allocation jusqu'à la date à laquelle il statue, compte tenu de la situation de droit et de fait applicable au cours de cette période.

6. Il résulte de l'instruction que la décision portant respectivement suspension du versement à M. C, pendant trois mois, du revenu de solidarité active, et prononçant sa radiation de la liste des bénéficiaires de cette allocation, est fondée sur la circonstance que, sans motif légitime, M. C s'est abstenu de conclure un contrat d'insertion avec un référent de " la boutique de gestion des entreprises ", association agréée par le département de Loire-Atlantique, en application des dispositions précitées de l'article L. 262-15 du code de l'action sociale et des familles, ainsi qu'il y avait été invité par différents courriels des services départementaux et de la caisse d'allocations familiales de Loire-Atlantique entre le 13 février 2020 et le 4 août 2021, lui indiquant que cette formalité obligatoire permettrait d'organiser, après désignation d'un référent unique, un parcours socio-professionnel adapté à ses besoins et à sa situation, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 262-27 du code de l'action sociale et des familles. N'ayant pas donné suite dans le délai de trois mois qui lui avait été imparti, à compter de la réception du courrier du 28 juillet 2020, M. C a été radié du dispositif du RSA. Si M. C, qui ne conteste pas ne pas avoir respecté ses obligations, se prévaut de la situation liée à la pandémie de Covid19 qui l'aurait empêché, outre de poursuivre son activité professionnelle, de conclure le contrat en cause, et fait valoir, au demeurant sans l'établir, que l'accompagnement qui en découle relève exclusivement de la compétence de la chambre des Pays-de-Loire et non de l'association agréée par le département de Loire-Atlantique, il ne justifie pas, en se bornant à se prévaloir de l'accompagnement préexistant de la chambre des métiers et de l'artisanat concernant son insertion professionnelle, de circonstances particulières en lien avec sa situation personnelle ni ne remet utilement en cause l'appréciation portée par le président du conseil départemental selon laquelle il s'est abstenu à plusieurs reprises, sans motif légitime, de signer un contrat d'insertion avec la structure agréée à cet effet par le département. Par ailleurs, les difficultés personnelles et financières qu'il invoque ne sont pas de nature à avoir une incidence sur la légalité de la décision attaquée. M. C ne fait ainsi valoir aucun motif légitime au sens des dispositions précitées de l'article L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles, qui l'aurait empêché de conclure le contrat requis. Par suite, le président du conseil départemental a pu légalement, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer la suspension du versement de l'allocation de revenu de solidarité active de M. C pour une période de trois mois, entre septembre et novembre 2020, puis mettre fin à son versement et le radier de la liste des bénéficiaires de cette allocation à compter du mois de janvier 2021.

7. En second lieu, si M. C soutient que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'ordonnance n° 2020-1553 du 9 décembre 2020, des dispositions du préambule de la constitution du 27 octobre 1946 ainsi que des stipulations de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit pas ces moyens des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier la portée. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par le département de Loire-Atlantique, que les conclusions de la requête à fin d'annulation et d'injonction doivent être rejetées, de même que doivent l'être, par voie de conséquence, celles à fin indemnitaire.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le département de Loire-Atlantique, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à M. C une somme au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En outre, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le département de Loire-Atlantique sur le fondement de ces mêmes dispositions.

.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au département de Loire-Atlantique.

Copie en sera adressée à la directrice générale de la caisse d'allocations familiales de Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.

Le rapporteur,

P. REVÉREAU

Le président,

P. BESSE

La greffière,

N. BRULANT

La République mande et ordonne au préfet de Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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