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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305734

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305734

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305734
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPEKETI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 avril 2023, Mme A... B..., représentée par Me Peketi, demande au tribunal :

d’annuler la décision du 17 février 2023 par laquelle le ministre de l’intérieur a rejeté sa demande de naturalisation ;

d’enjoindre au ministre de l’intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation dès lors que, depuis son installation en France, elle n’a pas adopté de comportement répréhensible ou contraire aux lois et valeurs de la République française, qu’elle est insérée et que, âgée de 71 ans, elle ne peut travailler.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d’annulation doivent être dirigées contre la décision du 16 décembre 2022 par laquelle il a rejeté la demande de naturalisation de la requérante ;
- le moyen n’est pas fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Ribac, conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

Mme B... a présenté une demande de naturalisation, rejetée par une décision du ministre de l'intérieur du 16 décembre 2022. Saisi d’un recours gracieux, le ministre de l'intérieur a, par une décision du 17 février 2023, rejeté à nouveau la demande de naturalisation de Mme B.... La requérante demande au tribunal d’annuler la « décision » du 17 février 2023.

Sur l’objet du litige :

Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête de Mme B... doivent être regardées comme étant uniquement dirigées contre la décision du 16 décembre 2022.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article 21-15 du code civil : « Hors le cas prévu à l’article 21-14-1, l’acquisition de la nationalité française par décision de l’autorité publique résulte d’une naturalisation accordée par décret à la demande de l’étranger ». Aux termes de l’article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : « (…) Si le ministre chargé des naturalisations estime qu’il n’y a pas lieu d’accorder la naturalisation (…) sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l’ajournement en imposant un délai ou des conditions (…) ». En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l’intérêt d’accorder la nationalité française à l’étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d’opportunité, il peut également légalement prendre en compte le degré d’insertion professionnelle et d’autonomie matérielle du postulant.

Pour rejeter la demande de naturalisation de Mme B..., le ministre de l’intérieur s’est fondé sur le motif tiré de ce que l’intéressée ne dispose pas de revenus personnels et ne subvient à ses besoins qu’à l’aide de prestations sociales.

Il ressort des pièces du dossier et en particulier des deux avis d’impôt sur le revenu établis en 2019 et 2020, produits par le ministre en défense, que Mme B... n’a perçu aucun revenu en 2018 et en 2019. Le ministre produit en outre une attestation de la mutuelle sociale agricole d’Ile-de-France, qui révèle que Mme B... a perçu 10 881,72 euros au titre de l’allocation de solidarité pour personnes âgées en 2021. Dès lors, Mme B... ne démontre pas disposer de revenus personnels à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, si Mme B... soutient qu’elle ne peut travailler compte tenu de son âge, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’elle bénéficie de droits à pension qui auraient été acquis au titre d’activités professionnelles. Dans ces circonstances, la requérante n’est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait, eu égard au large pouvoir d’appréciation dont dispose le ministre pour accorder la nationalité française à l’étranger qui la sollicite, entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

En second lieu, si Mme B... se prévaut de son insertion en France et de ce qu’elle n’aurait adopté aucun comportement contraire aux lois et valeurs de la République française, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard au motif qui la fonde.

Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme B... doivent être rejetées.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

Le rejet des conclusions à fin d’annulation présentées par Mme B... entraîne, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d’injonction.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l'audience du 10 juin 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,
M. Simon, premier conseiller,
Mme Ribac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.


La rapporteure,





L.-E. Ribac
La présidente,





M. Le Barbier

La greffière,





A. Chabanne


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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