Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juin 2023, M. B... A..., représenté par Me Le Roy, demande au tribunal :
d’annuler la décision du 17 mars 2023 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé de lui accorder le bénéfice du regroupement familial en faveur de son épouse et des deux enfants de celle-ci ;
d’enjoindre au préfet de la Vendée, à titre principal, de lui accorder le bénéfice du regroupement familial en faveur de son épouse et des fils de cette dernière, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 10 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
la décision attaquée a été signée une autorité incompétente pour le faire ;
elle est insuffisamment motivée ;
elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dès lors que le préfet a considéré qu’il était lié par ses ressources et qu’il n’a pas examiné l’ensemble de son dossier ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu’il dispose de ressources suffisantes.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 août 2024, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Ribac, conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. A..., né le 2 février 2001, de nationalité ivoirienne, déclare être entré en France en 2017. Il s’est vu délivrer un titre de séjour valable jusqu’au 3 juin 2025. Le 30 mai 2022, il a présenté une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, Mme D..., et des deux enfants de celle-ci, Ibrahim Bamba et Siaka Bamba. Par une décision du 17 mars 2023, le préfet de la Vendée a refusé de faire droit à sa demande. Par une décision du 4 avril 2023, le préfet de la Vendée a rejeté le recours gracieux présenté par M. A.... Le requérant demande au tribunal de prononcer l’annulation de la décision du 17 mars 2023.
En premier lieu, la décision attaquée a été signée pour le préfet de la Vendée, par Mme Anne Tagand, secrétaire générale de la préfecture. Par un arrêté du 8 avril 2022, publié au recueil des actes administratifs du 11 avril 2022, le préfet de la Vendée a donné délégation de signature à Mme C... à l’effet de signer notamment les décisions prises en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en matière de séjour et d’éloignement des étrangers. Il suit de là que le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables aux demandes de regroupement familial et mentionne que M. A... ne peut bénéficier d’un tel regroupement familial dès lors qu’il ne dispose pas de ressources suffisantes pour un couple avec deux enfants. La décision attaquée mentionne ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ». Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : « Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. / Les dispositions du présent article ne sont pas applicables lorsque la personne qui demande le regroupement familial est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 ou L. 821-2 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code ou lorsqu'une personne âgée de plus de soixante-cinq ans et résidant régulièrement en France depuis au moins vingt-cinq ans demande le regroupement familial pour son conjoint et justifie d'une durée de mariage d'au moins dix ans ». Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : « Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ;/ 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; / 3° Cette moyenne majorée d'un cinquième pour une famille de six personnes ou plus ».
Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n’est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l’évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.
Il ressort des pièces du dossier que le foyer de M. A..., qui est composé de quatre personnes, a perçu des revenus mensuels moyens de 1 329,85 euros sur la période de juin 2021 à mai 2022, alors que la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) s’élevait à 1 587,10 euros entre juin 2021 et mai 2022 et la moyenne mensuelle du SMIC majorée d’un dixième s’élevait à 1 746,62 euros sur cette même période. Dans ces conditions, eu égard aux revenus mensuels moyens du foyer et à la composition de celui-ci, M. A... ne justifie pas de ressources suffisantes au sens du 1° de l’article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur la période de douze mois précédent le dépôt de sa demande de regroupement familial. Par suite, M. A... n’est pas fondé à soutenir qu’en refusant de faire droit à sa demande de regroupement familial, le préfet de la Vendée aurait méconnu les dispositions des articles L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En quatrième lieu, M. A... n’établit pas ni même n’allègue être dans l’impossibilité de rendre visite à son épouse et aux enfants de celle-ci, ni que les intéressés ne pourraient lui rendre visite en France. Dans ces conditions, le préfet n’a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A... à mener une vie privée et familiale normale en rejetant sa demande de regroupement familial.
En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait estimé se trouver en situation de compétence liée pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. A.... Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
En dernier lieu, à supposer que M. A... ait entendu soulever le moyen tiré du défaut d’examen de sa demande, il ne ressort en tout état de cause ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet n’aurait pas procédé à un tel examen. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de la Vendée.
Délibéré après l'audience du 10 juin 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Le Barbier, présidente,
M. Simon, premier conseiller,
Mme Ribac, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La rapporteure,
L.-E. Ribac
La présidente,
M. Le Barbier
La greffière,
A. Chabanne
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,