Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 juin 2023 et 17 avril 2025, M. C... E..., représenté par Me Sabatier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
d’annuler la décision du 6 décembre 2024 par laquelle le ministre de l’intérieur a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;
d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire droit à sa demande de naturalisation dans un délai deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente pour le faire ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen ;
- elle est entachée d’une erreur de fait ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 février 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d’annulation doivent être dirigées contre la décision expresse du 6 décembre 2024 par laquelle il a statué sur le recours administratif préalable obligatoire du requérant et ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Le ministre de l'intérieur a produit un mémoire, enregistré le 6 mai 2025, qui n’a pas été communiqué.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Ribac, conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. E..., né le 16 juillet 1977, de nationalité syrienne, a présenté une demande de naturalisation auprès du préfet du Rhône, demande rejetée pour irrecevabilité par une décision du 27 septembre 2022. Saisi d’un recours administratif préalable obligatoire, le ministre de l’intérieur a, par une décision du 6 décembre 2024, opposé une décision d’ajournement à deux ans de la demande de naturalisation de M. E.... Le requérant demande au tribunal d’annuler la décision du 6 décembre 2024.
En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. D... F..., adjoint au chef du bureau des décrets de naturalisation, qui a reçu délégation à cet effet par une décision du 3 janvier 2023 de M. B... A..., directeur de l’intégration et de la nationalité, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 6 janvier 2026. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’acte qui manque en fait, doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article 21-15 du code civil : « Hors le cas prévu à l’article 21-14-1, l’acquisition de la nationalité française par décision de l’autorité publique résulte d’une naturalisation accordée par décret à la demande de l’étranger ». Aux termes de l’article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : « (…) Si le ministre chargé des naturalisations estime qu’il n’y a pas lieu d’accorder la naturalisation (…) sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l’ajournement en imposant un délai ou des conditions (…) ». En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l’intérêt d’accorder la nationalité française à l’étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d’opportunité, il peut également légalement prendre en compte le degré d’insertion professionnelle et d’autonomie matérielle du postulant.
Pour ajourner à deux ans la demande d’acquisition de la nationalité française de M. E..., le ministre de l’intérieur s’est fondé sur le motif tiré de ce que l’examen du parcours professionnel de l’intéressé, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ne permet pas de considérer qu’il a réalisé pleinement son insertion professionnelle, dès lors qu’il ne dispose pas de ressources suffisantes et stables.
Il ressort des pièces du dossier et en particulier des trois avis d’impôt sur le revenu établis en 2022, 2023, 2024, produits par le ministre en défense, que M. E... n’a perçu que 5 144 euros en 2022, et qu’il n’a perçu aucun revenu en 2021 et en 2023. Dans ces circonstances, M. E..., qui ne démontre pas, par les pièces qu’il produit, disposer de ressources propres suffisantes à la date de la décision attaquée, n’est pas fondé à soutenir que la décision du 6 décembre 2024 serait, eu égard au large pouvoir d’appréciation dont dispose le ministre pour accorder la nationalité française à l’étranger qui la sollicite, entachée d’une erreur manifeste d’appréciation, pas plus que d’une erreur de fait.
En dernier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le ministre de l’intérieur n’aurait pas procédé à un examen de la situation de M. E... avant de prendre la décision litigieuse. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté comme infondé.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E... doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... E... et au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 10 juin 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Le Barbier, présidente,
M. Simon, premier conseiller,
Mme Ribac, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La rapporteure,
L.-E. Ribac
La présidente,
M. Le Barbier
La greffière,
A. Chabanne
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,