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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2315862

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2315862

vendredi 28 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2315862
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL BEGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2023, M. B D, représentée par Me Béguin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner une expertise médicale judiciaire en vue de déterminer les préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de sa prise en charge médicale au sein du centre hospitalier universitaire d'Angers à compter de janvier 2014 ;

2°) de dire que l'expert communiquera aux parties un pré-rapport ;

3°) de statuer ce que de droit sur les dépens.

M. D soutient que :

-après qu'il a consulté son médecin traitant en décembre 2013 pour des douleurs du pli inguinal et de la cuisse droite, il a été réalisé une radiographie qui a conclu à l'existence d'une lombodiscarthrose ;

-le 26 décembre 2013, un bilan neurophysiologique est réalisé par un médecin qui l'a orienté vers le centre hospitalier universitaire d'Angers ;

-un bilan neurologique a été réalisé dans cet établissement hospitalier les 20 et 21 janvier 2014 et le diagnostic de sclérose latérale amyotrophique appelée également " maladie de Charcot " a été posé ;

-de janvier 2014 à mars 2023, la maladie diagnostiquée a peu évolué ;

-le 6 mars 2023, un médecin du centre hospitalier universitaire d'Angers a prescrit une IRM cervicale et a conclu à une compression cervicale avec myélopathie nécessitant une intervention chirurgicale ;

-il a été hospitalisé du 28 au 30 juin 2023 à la clinique Saint-Léonard pour une myélopathie cervicarthrosique en C6-C7 ;

-son traitement pour la maladie de Charcot a été interrompu et depuis l'intervention chirurgicale, une amélioration clinique modérée a été constatée ;

-l'erreur de diagnostic dont il a été victime n'est pas contestable,

-l'expertise médicale judiciaire présente un caractère utile.

Par un mémoire, enregistré le 26 octobre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique, agissant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de Maine-et-Loire, ne s'oppose pas à la demande d'expertise et demande au juge des référés que l'expert désigné lui transmette son rapport afin de formuler ses dires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes (ONIAM), représenté par Me Saidji, demande au juge des référés de :

1°) le mettre hors de cause ;

2°) réserver les dépens.

Il soutient que le dommage subi par le requérant n'est imputable à aucun acte de prévention, de diagnostic ou de soins non fautif et l'intervention de l'Office national des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes au titre de la solidarité nationale est donc exclue.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2023, le centre hospitalier universitaire d'Angers, représenté par Me Meunier, demande au juge des référés :

1°) de lui décerner acte de ce qu'il formule les protestations et réserves d'usage quant à la mesure expertale ;

2°) de compléter la mission d'expertise comme indiquée dans ses écritures, et notamment la production par l'organisme social du requérant, avant toute opération expertale, du relevé détaillé de ses débours.

Vu les pièces jointes à la requête.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Nantes a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente du tribunal administratif de Nantes, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1.M. D, né le 25 mars 1957, après avoir consulté son médecin traitant en décembre 2013 pour des douleurs du pli inguinal et de la cuisse droite, a subi une radiographie qui a conclu à l'existence d'une lombodiscarthrose. Le 26 décembre 2013, un bilan neurophysiologique a été réalisé par un médecin qui l'a orienté vers le centre hospitalier universitaire d'Angers (Maine-et-Loire). Un bilan neurologique a été réalisé dans cet établissement hospitalier les 20 et 21 janvier 2014 et le diagnostic de sclérose latérale amyotrophique, appelée également " maladie de Charcot ", a été posé. Le 6 mars 2023, face à l'évolution peu sensible de la maladie, un médecin du centre hospitalier universitaire d'Angers a prescrit une IRM cervicale et a conclu à une compression cervicale avec myélopathie nécessitant une intervention chirurgicale. M. D a alors été hospitalisé du 28 au 30 juin 2023 à la clinique Saint-Léonard (Trelazé, Maine-et-Loire) pour une myélopathie cervicarthrosique en C6-C7, et son traitement pour la maladie de Charcot a été interrompu. M. D demande, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, la désignation d'un expert médical à l'effet de déterminer si sa prise en charge médicale au centre hospitalier universitaire d'Angers, a été conforme aux pratiques médicales, aux règles de l'art médical et aux données acquises de la science médicale, ainsi que d'évaluer les préjudices subis.

Sur la mise hors de cause de l'ONIAM :

2.Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ".

3.Par son mémoire du 10 novembre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) demande au juge des référés de le mettre hors de cause de la présente procédure au motif que le dommage subi par le requérant ne serait imputable à aucun acte de prévention, de diagnostic ou de soins à caractère non fautif, ce qui par conséquence exclut toute intervention de l'ONIAM. En l'état de l'instruction, aucun élément de l'instruction ne vient confirmer que les préjudices subis par M. D à la suite de sa prise en charge au centre hospitalier universitaire d'Angers à compter de janvier 2014 ne seraient pas susceptibles de présenter un caractère non fautif mentionné à l'article L. 1142-1 du code de la santé publique et apprécié selon les modalités définies par les dispositions de l'article

D. 1142-1 du même code. En effet, la gravité des conséquences des actes de soins sur l'état de santé de M. D n'est pas totalement déterminée, ni même l'origine exacte de l'ensemble de ses préjudices. En outre le degré d'atteinte permanente de son intégrité physique et la date de consolidation de son état de santé ne sont pas davantage établis. Il appartiendra, en effet, à l'expert désigné par la présente ordonnance de se prononcer sur ces points. Il suit de là que les conclusions de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales tendant à sa mise hors de cause ne peuvent, en l'état de l'instruction, être admises. Il appartiendra à l'expert, s'il l'estime pertinent, de solliciter du juge des référés, en fournissant toute justification, la mise hors de cause des parties dont la participation ne serait pas ou plus nécessaire, en application des dispositions de l'article R. 532-3 du code de justice administrative. Par suite il y a lieu de rejeter les conclusions de l'ONIAM tendant à sa mise hors de cause.

Sur la demande d'expertise médicale judiciaire :

4. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

5. En l'état de l'instruction, la mesure d'expertise médicale judiciaire demandée par M. D revêt un caractère utile et entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à la demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

6. La mission d'expertise médicale judiciaire sera effectuée au contradictoire de M. D, du centre hospitalier universitaire d'Angers, de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes et de la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique, chaque partie pouvant désigner un médecin conseil pour assister aux opérations d'expertise.

Sur la demande du centre hospitalier universitaire d'Angers tendant à la production du relevé des débours de la caisse primaire d'assurance maladie:

7. La production du relevé des débours de la caisse primaire d'assurance maladie n'apparaît pas utile à la réalisation de l'expertise ordonnée. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du centre hospitalier universitaire d'Angers tendant à ce que le juge des référés demande à la caisse primaire d'assurance maladie de produire ce relevé.

Sur les conclusions de M. D tendant à l'établissement par l'expert d'un projet de rapport :

8. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un projet de rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement de pré-conclusions ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il en résulte que les conclusions de M. D tendant à ce que le juge des référés demande à l'expert de dresser un pré-rapport et de l'adresser à chacune des parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

9. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartiendra au président de la juridiction, et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les frais et honoraires d'expertise définitifs, et de désigner la partie qui en assumera la charge. Il s'ensuit que les conclusions présentées par M. D tendant à statuer ce que de droit sur les dépens et celles de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes tendant à réserver les dépens, ne peuvent être accueillies.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A C, médecienne spécialisée inscrite au tableau 2025 des experts agréés auprès de la cour d'appel d'Orléans à la rubrique " F-01.20 - Neurologie ", demeurant 1 rue Lieutenant E à Gien (45500).

Elle aura pour mission de :

1° Se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. D et notamment tous documents relatifs aux examens, soins et interventions pratiqués sur l'intéressé à compter de sa prise en charge par le centre hospitalier universitaire d'Angers à compter de janvier 2014 ;

2° Procéder à l'examen de M. D et rappeler son état de santé antérieur ;

3° Décrire les conditions dans lesquelles M. D a été admis et soigné dans l'établissement hospitalier mis en cause à compter du mois de janvier 2014 ;

4° Préciser les examens et soins prodigués et les complications survenues ;

5° Prendre connaissance de son entier dossier médical se rapportant notamment au diagnostic posé en janvier 2014 ;

6° Décrire la ou les complications survenues lors de ce diagnostic et postérieurement à celui-ci et dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;

7° Réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service pour M. D au centre hospitalier universitaire d'Angers à partir du mois de janvier 2014 et notamment si une erreur de diagnostic a été commise ;

8° Se prononcer sur l'origine des complications présentées par M. D eu égard à une erreur de diagnostic en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable à la prise en charge hospitalière par le centre hospitalier universitaire d'Angers ;

9° Indiquer si l'état de santé du patient a pu favoriser ou contribuer à la survenue de la ou des complications(s) et/ou à la gravité des conséquences dommageables subies par l'intéressé ;

10° Dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ; dans l'affirmative, indiquer la fréquence d'un tel accident en général et la fréquence attendue chez le patient ; déterminer les conséquences probables de la pathologie présentée en l'absence de traitement ;

11° Déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée au patient sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

12° Indiquer si le ou les manquement(s) éventuellement constaté(s) commis par le centre hospitalier universitaire d'Angers mis en cause a fait perdre à l'intéressé une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;

13° Dire si l'état de santé de M. D est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ;

14° Dans l'hypothèse où l'état de santé de M. D ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressé devra à nouveau être examiné ;

15° Décrire la nature et l'étendue des éventuelles séquelles gardées par M. D et évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent en résultant en distinguant la part due à la pathologie initiale, de celle imputable, le cas échéant, à un manquement du centre hospitalier universitaire d'Angers mis en cause ;

16° Dégager, en les spécifiant, les éléments propres à justifier une indemnisation au titre de la douleur et du préjudice esthétique (temporaire et/ou permanent), en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ;

17° Se prononcer sur l'existence d'un préjudice sexuel, d'un préjudice professionnel et d'agrément ; le cas échéant, évaluer leur importance ;

18° Se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d'avoir recours à une tierce personne, en précisant la qualification requise et la durée de l'intervention, ainsi que la nécessité de bénéficier d'un logement et d'un véhicule adaptés, et/ou de matériels spécialisés avec les complications survenues ;

19° Se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse, après consolidation, pour éviter une aggravation de l'état séquellaire ; justifier l'imputabilité des soins aux complications en cause en précisant s'il s'agit de frais occasionnels, c'est-à-dire limités dans le temps, ou de frais viagers, c'est-à-dire engagés la vie durant ;

20° Dire si l'état de santé de M. D est susceptible de modifications en aggravation ou en amélioration et, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution et son degré de probabilité.

Article 2 : L'experte, pour l'accomplissement de sa mission, pourra entendre tout responsable et membre du personnel du service hospitalier ayant prescrit ou donné des soins à M. D.

Article 3 : Après avoir prêté serment, l'experte accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Elle pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par le juge des référés.

Article 4 : L'experte avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-4 du code de justice administrative.

Article 5 : L'experte déposera au greffe un exemplaire papier et un exemplaire par voie dématérialisée de son rapport d'expertise avant le 30 septembre 2025, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Elle en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties.

Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise seront taxés ultérieurement par le président du Tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D, au centre hospitalier universitaire d'Angers, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique et à Mme C, experte.

Fait à Nantes, le 28 février 2025.

La juge des référés,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°231586

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