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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2317360

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2317360

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2317360
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantMEGHERBI

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2317294 le 22 novembre 2023, Mme A D épouse C, représentée par Me Megherbi, doit être regardée comme demandant au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 11 novembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 15 août 2023 de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie) lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de visiteur ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision consulaire est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle procède d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 12 de la déclaration universelle des droits de l'homme.

Par ordonnance du 4 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 7 novembre 2024.

Le ministre de l'intérieur a produit un mémoire en défense, enregistré le 12 novembre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2317360 les 22 et 23 novembre 2023, M. B C, représenté par Me Megherbi, doit être regardé comme demandant au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 8 novembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 15 août 2023 de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie) lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de visiteur ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision consulaire est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle procède d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 12 de la déclaration universelle des droits de l'homme.

Par ordonnance du 4 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 7 novembre 2024.

Le ministre de l'intérieur a produit un mémoire en défense, enregistré le 12 novembre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la déclaration universelle des droits de l'homme ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- les rapports de Mme Moreno,

- et les observations de Me Megherbi.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et son épouse, Mme D épouse C, ressortissants algériens, ont sollicité la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France en qualité de visiteur auprès de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie). Par décisions du 15 août 2023, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Par décisions implicites nées respectivement les 8 et 11 novembre 2023, dont ils demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours formés contre les décisions consulaires.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2317294 et 2317360 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3.En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par l'autorité diplomatique ou consulaire. Par suite, les décisions implicites nées les 8 et 11 novembre 2023 de cette commission se sont respectivement substituées aux décisions du 15 août 2023 de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie). Il en résulte que les moyens soulevés à l'encontre des décisions consulaires doivent être écartés comme inopérants.

4.En second lieu, l'étranger désirant se rendre en France et qui sollicite un visa de long séjour en qualité de visiteur doit justifier de la nécessité dans laquelle il se trouve de résider en France pour un séjour de plus de trois mois. En l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où ce visa peut être refusé, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises, saisies d'une telle demande, disposent, sous le contrôle par le juge de l'excès de pouvoir, d'un large pouvoir d'appréciation et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public, tel que le détournement de l'objet du visa, mais aussi sur toute considération d'intérêt général.

5. Aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles : " a) les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent () un certificat valable un an portant la mention "visiteur" () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles () 7 (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité et un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. Ce visa de long séjour accompagné des pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent ".

6. Les requérants soutiennent, sans être contestés, avoir fourni l'ensemble des documents demandés relatifs à l'objet et aux conditions de leur séjour en France, justifiant qu'ils disposaient de passeport en cours de validité, de ressources propres et d'une attestation d'hébergement, et qu'ils se sont également engagés à n'exercer aucune activité professionnelle en France. Dans ces conditions, et alors que le ministre de l'intérieur, qui n'a pas produit de mémoire dans le cadre de l'instruction, n'apporte pas d'éléments de nature à établir que les informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé ne seraient pas complètes et fiables, M. C et Mme D épouse C sont fondés à soutenir qu'en leur opposant, en s'appropriation le motif opposé par l'autorité consulaire, le motif tiré du caractère incomplet et/ou non fiable des informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions de leur séjour, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que M. C et Mme D épouse C sont fondés à obtenir l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, eu égard au motif retenu, implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur, ainsi que le demandent les requérants, de procéder au réexamen des demandes de visas de M. C et Mme D épouse C, dans un délai de deux mois à compter de sa notification.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme globale de 1 200 euros, à verser à M. C et Mme D épouse C, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions implicites nées les 8 et 11 novembre 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur de réexaminer les demandes de visa de Mme D épouse C et M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme D épouse C et M. C la somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D épouse C, M. B C et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

M. Revéreau, premier conseiller,

Mme Moreno, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

La rapporteure,

C. MORENO

Le président,

P. BESSELa greffière,

S. FOURNIER

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2317294 , 2317360

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