jeudi 30 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2500039 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | PAUGAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 17 janvier 2025, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme A B de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe, situé 33 rue du Champ de Tir, appartement 33, 2ème étage, à Nantes (44300), et géré par l'association Saint-Benoît Labre (ASBL) ;
2°) de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme A B, à défaut pour celle-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites dès lors que le maintien indu dans un logement pour demandeurs d'asile de Mme B compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au dernier recensement de l'OFII daté de novembre 2024 le département de la Loire-Atlantique dispose de 2524 places d'hébergement effectives dédiées aux demandeurs d'asile occupées à 99,5 %, notamment, sur 1956 places occupées, 621 sont occupées par des personnes en présence indue ; le logement en cause est occupé indûment, sans que Mme B ne justifie d'aucune circonstance exceptionnelle de nature à faire obstacle à la mesure sollicitée, dès lors qu'elle est majeure, célibataire et sans enfants à charge, et qu'aucun document médical ne permet d'établir qu'elle souffre d'une maladie grave dont le suivi et le traitement serait empêché par l'expulsion de son logement ; en outre, l'octroi d'un délai supplémentaire pour quitter le logement serait contraire à l'esprit de la procédure prévue à l'article L. 521-3 du code de justice administrative dès lors qu'elle ne dispose d'aucun titre lui permettant de se maintenir sur le territoire et qu'elle a déjà bénéficié de plusieurs mois de maintien indu depuis le rejet de sa demande d'asile ; par ailleurs, elle n'établit pas avoir entamé des démarches en vue de son relogement ;
- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a définitivement rejeté la demande d'asile de Mme B, par une décision en date du 17 juin 2024, notifiée le 25 juin 2024 ; par ailleurs, cette dernière a été avisée par une décision de l'office de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 28 juin 2024, qu'il serait mis fin à sa prise en charge dans l'hébergement à compter du 17 juillet 2024 ; une mise en demeure de quitter les lieux en date 14 octobre 2024, dans un délai d'un mois, lui a été notifiée, par ailleurs, l'association ASBL a été informée de l'envoi du pli contenant la mise en demeure et était donc en mesure d'en informer Mme B ; cette mise en demeure est restée infructueuse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2025, Mme A B, représentée par Me Paugam, demande au juge des référés de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et conclut, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit prononcé un sursis à l'expulsion de son logement, et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros HT sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991 laquelle dans ces conditions renoncera expressément au bénéfice de l'aide juridictionnelle et, en cas de refus du bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, mettre à la charge de l'Etat le versement à son bénéfice de la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du Code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que l'urgence caractérisée par des perturbations graves au fonctionnement normal du service public n'est nullement rapportée par le préfet de la Loire-Atlantique au regard des chiffres qu'il cite pour le niveau local alors que le dispositif est national alors qu'il y a une carence de l'Etat et qu'elle est dans l'impossibilité de trouver une autre solution d'hébergement, ce qui aurait pour conséquence de la mettre à la rue en plein hiver alors qu'elle est malade.
- la mesure demandée n'est pas utile dès lors qu'elle est en situation d'isolement sur le territoire national et qu'elle présente, outre des lésions physiques, une fragilité psychologique ;
- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors qu'elle s'est vue remettre une attestation de demande d'asile en procédure de réexamen et bénéficie ainsi d'un droit au maintien sur le territoire national conformément aux dispositions de l'article L. 542-2 du CESEDA ; la mesure d'expulsion envisagée est entachée d'un défaut d'examen sérieux, d'une erreur manifeste de l'appréciation de sa situation et d'une méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
Par un mémoire en réplique, enregistré le 24 janvier 2025, le préfet de la Loire-Atlantique conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.
Il fait valoir que :
- Sur l'urgence, le dispositif national d'accueil de l'OFII est saturé tant au niveau local, à 99,5 %, qu'au niveau national, à 97,8 %, la mesure d'expulsion est donc la seule susceptible de permettre à d'autres demandeurs d'asile sans hébergement de pouvoir être hébergés ; l'état de santé de Mme B ne constitue pas une circonstance exceptionnelle lui permettant de se maintenir dans les lieux ;
- Sur les circonstances de nature à faire obstacle à la mesure sollicitée, l'examen médico-légal, qui n'est pas daté, fait état de cicatrices, mais n'est pas de nature à établir que Mme B justifie d'une vulnérabilité particulière faisant obstacle à son expulsion ;
- Sur l'existence d'une contestation sérieuse, le fait pour la requérante d'avoir formé une demande de réexamen ne constitue pas une contestation sérieuse pouvant utilement s'opposer à la mesure d'expulsion sollicitée ;
- Enfin, Mme B ne justifie d'aucune circonstance pour bénéficier d'un délai supplémentaire pour quitter les lieux.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 janvier 2025.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 27 janvier 2025 à 9h30 :
- le rapport de M. Rosier, juge des référés,
- et les observations de Me Chamky, substituant Me Paugam, avocate de Mme B en présence de cette dernière, qui reprend ses écritures en défense et fait valoir la vulnérabilité attestée par des certificats médicaux de sa cliente et l'incohérence des chiffres cités par le préfet de la Loire-Atlantique quant au taux d'occupation des hébergements, sans justificatifs actualisés des chiffres avancés et sans prise en compte de la situation au niveau national.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme B du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe, situé 33 rue du Champ de Tir, appartement 33, 2ème étage, à Nantes (44300).
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 24 janvier 2025, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
3.D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4.D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
5.Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6.En premier lieu, Mme B, ressortissante congolaise née le 18 août 1987, déclare être entrée sur le territoire français le 29 juillet 2023. Elle est hébergée dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 33 rue du Champ de Tir, appartement 33, 2ème étage, à Nantes (44300), et géré par l'association Saint-Benoît Labre. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 17 juin 2024, notifiée à l'intéressée le 25 juin 2024. Elle a été informée de la fin de sa prise en charge par un courrier de l'office français de l'immigration et de l'intégration en date du 28 juin 2024. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai d'un mois, a été adressée à l'intéressée par le préfet de la Loire-Atlantique le 14 octobre 2024. Mme B se maintient ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.
7.En second lieu, la libération des lieux par Mme B, définitivement déboutée de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
8.Toutefois, il ressort de l'instruction que Mme B souffre d'" une déstabilisation compatible avec un vécu traumatique répété dont l'évolution n'est pas prévisible " et nécessite une prise en charge médicale et un suivi en centre spécialisé en maladies rares. Une mise à la rue soudaine serait susceptible de dégrader davantage encore son état de santé. Cette circonstance justifie que lui soit accordé, pour libérer le logement pour demandeur d'asile qu'elle occupe indûment, un délai, qui ne saurait toutefois excéder un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En l'absence de départ volontaire de l'intéressée à l'issue de ce délai, il y a lieu d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de Mme B, les biens meubles qui s'y trouveraient.
Sur les frais d'instance :
9.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme B, au titre des frais exposés par elle à l'occasion de la procédure et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions de Mme B présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y plus lieu de statuer sur la demande d'admission de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à Mme B de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'elle occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé 33 rue du Champ de Tir, appartement 33, 2ème étage, à Nantes (44300).
Article 3 : En l'absence de départ volontaire de Mme B dans le délai imparti, le préfet de la Loire-Atlantique pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 4 : Les conclusions de Mme B présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, à Mme A B, et à Me Paugam.
Copie sera en outre adressée au le préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 30 janvier 2025.
Le juge des référés,
P. ROSIER
La greffière,
J. DIONISLa République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026