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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2500099

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2500099

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2500099
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCHAMKHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 janvier 2025 et 23 avril 2026, M. B... C... A..., représenté par Me Chamkhi, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 29 décembre 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d’un an ;

2°) d’annuler l’arrêté du 29 décembre 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l’a assigné à résidence pour une durée de trois mois, à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de modifier la décision d’assignation à résidence en faveur d’une assignation à résidence sur le département de la Loire-Atlantique avec une seule présentation par semaine au commissariat de police, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :

S’agissant des moyens communs aux décisions attaquées :
- il n’est pas établi qu’elles ont été signées par une autorité compétente ;
- elles ne sont pas suffisamment motivées ;
- il n’est pas démontré que les conditions cumulatives de validité de la notification des arrêtés sont réunies, à savoir l’habilitation de l’agent notifiant et l’information portant sur ses droits et obligations ;
- les décisions attaquées sont entachées de vices de procédure, d’une part, en ce qu’il n’est pas démontré que le traitement des antécédents judiciaires, dont sont issues les informations sur lesquelles s’appuie le préfet pour indiquer qu’il est défavorablement connu des services de police, a été consulté par une personne qui y était habilitée et, d’autre part, en ce qu’il n’est pas démontré que le préfet aurait interrogé les services de la police nationale ou les unités de la gendarmerie nationale compétents et cherché à connaître les suites judiciaires réservées à ces faits, en méconnaissance de l’article R. 40-29 du code de procédure pénale ;
- le droit d’être entendu tel qu’il résulte de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne a été méconnu ;
- les décisions attaquées n’ont pas été précédées d’un examen de sa situation personnelle ;

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S’agissant de la décision portant refus d’accorder un délai de départ volontaire :
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- l’illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d’accorder un délai de départ volontaire la prive de base légale ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S’agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- l’illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d’accorder un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination la prive de base légale ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions des article L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

S’agissant de l’arrêté l’assignant à résidence pour une durée de trois mois :
- l’illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d’accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français le prive de base légale ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît le champ d’application de l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire-Atlantique, qui n’a pas produit de mémoire en défense.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 17 février 2026.


Vu les pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 10 juin 2026 :
- le rapport de Mme Le Barbier, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Chamkhi, avocate de M. A..., en présence de ce dernier.


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant algérien né le 24 juin 1996, déclare être entré régulièrement en France le 15 novembre 2023, sous couvert d’un visa Schengen délivré par les autorités espagnoles. Suite à son interpellation par les services de police, il a fait l’objet d’une garde à vue pour des faits de détention, offre ou cession et usage non-autorisés de stupéfiants. Le
29 décembre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique a pris à son encontre, d’une part, une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixation du pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an et, d’autre part, une assignation à résidence pour une durée de trois mois. M. A... demande au tribunal d’annuler ces arrêtés.



Sur les conclusions à fin d’annulation :

Sur les moyens communs aux différentes décisions :

En premier lieu, l’arrêté contesté a été signé un dimanche par Mme Urwana Querrec Halleguen, secrétaire générale pour les affaires régionales des pays de la Loire, à laquelle le préfet de la Loire-Atlantique, par un arrêté du 2 février 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, a donné délégation à l’effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi, portant interdiction de retour sur le territoire français, et portant assignation à résidence, dans le cadre des permanences assurées notamment le week-end. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de ces décisions manque en fait.

En deuxième lieu, les arrêtés attaqués visent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont il est fait application. D’une part, l’arrêté du 29 décembre 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a fait obligation à M. A... de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an relève que l’intéressé ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu’il a été interpellé et placé en garde à vue par les services de police le 28 décembre 2024 pour des faits de détention, offre ou cession et usage non-autorisés de stupéfiants. Il indique, en outre, que le requérant est sans ressources légales, sans domicile fixe et que s’il est en couple, il n’est pas en mesure de donner l’identité complète de sa compagne. Cet arrêté précise que le requérant n’établit pas que sa vie ou sa liberté seraient menacées dans son pays d’origine ou qu’il y serait exposé à des peines ou à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Il ajoute qu’au vu de son comportement présentant une menace à l’ordre public, il y a lieu de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Enfin, cet arrêté indique qu’après examen de sa situation, notamment au regard de ses attaches personnelles et familiales en France, il convient d’assortir son obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour d’une durée d’un an. D’autre part, l’arrêté du 29 décembre 2024 par lequel le préfet de la
Loire-Atlantique l’a assigné à résidence précise de manière suffisante que le requérant a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français le même jour, sans délai de départ volontaire, qu’il justifie être dans l’impossibilité de quitter le territoire ou ne peut ni regagner son pays d’origine ni se rendre dans aucun autre pays dans lequel il est légalement admissible. Dans ces conditions, les arrêtés attaqués comportent l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, M. A... n’est pas fondé à soutenir qu’ils seraient entachés d’une insuffisance de motivation.

En troisième lieu, si le requérant soutient que les arrêtés contestés ne lui ont pas été régulièrement notifiés, les conditions de notification d’une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En quatrième lieu, aux termes de l’article 230-8 du code de procédure pénale : « Le traitement des données à caractère personnel est opéré sous le contrôle du procureur de la République territorialement compétent, qui, d'office ou à la demande de la personne concernée, ordonne qu'elles soient effacées, complétées ou rectifiées, notamment en cas de requalification judiciaire, ou qu'elles fassent l'objet d'une mention. (…) En cas de décision de relaxe ou d'acquittement devenue définitive, les données à caractère personnel concernant les personnes mises en cause sont effacées, sauf si le procureur de la République en prescrit le maintien, auquel cas elles font l'objet d'une mention. Lorsque le procureur de la République prescrit le maintien des données à caractère personnel relatives à une personne ayant bénéficié d'une décision de relaxe ou d'acquittement devenue définitive, il en avise la personne concernée. En cas de décision de non-lieu ou de classement sans suite, les données à caractère personnel concernant les personnes mises en cause font l'objet d'une mention, sauf si le procureur de la République ordonne l'effacement des données à caractère personnel. Lorsque les données à caractère personnel relatives à la personne concernée font l'objet d'une mention, elles ne peuvent faire l'objet d'une consultation dans le cadre des enquêtes administratives prévues aux articles L. 114-1 et L. 234-1 à L. 234-3 du code de la sécurité intérieure et à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité. (…). ».

L’article R. 40-29 du même code dispose que : « I. – Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure (…), les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : 1° Les personnels de la police et de la gendarmerie habilités selon les modalités prévues au 1° et au 2° du I de l'article R. 40-28 ; (…) 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'État. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. (…). ».

Il résulte de ces dispositions que, dans le cadre d’une enquête administrative menée à fin de vérifier le droit au séjour d’un étranger, les données à caractère personnel concernant une personne mise en cause qui figurent le cas échéant dans le fichier dénommé « traitement d’antécédents judiciaires » ne peuvent être consultées lorsqu’elles ont fait l'objet d'une mention, notamment à la suite d’une décision de non-lieu ou de classement sans suite. Aucun texte ne permet de déroger à cette interdiction. Lorsque les données à caractère personnel ne sont pas assorties d’une telle mention, les personnels mentionnés à l’article R. 40-29 du code de procédure pénale peuvent les consulter. L’autorité compétente ne peut légalement fonder sa décision sur des informations qui seraient uniquement issues d’une consultation des données personnelles figurant dans ce fichier à laquelle elle aurait procédé en méconnaissance de l’interdiction mentionnée au point précédent.

Il ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique se serait fondé uniquement, ni même principalement, sur des informations issues de la consultation des données personnelles figurant dans le traitement d’antécédents judiciaires pour prendre les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure dont seraient entachées les décisions attaquées doit être écarté dans ses deux branches.

En cinquième lieu, aux termes de l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / (…) a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; (...) ».

Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne que
l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne s’adresse uniquement aux institutions, organes et organismes de l’Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d’un État membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d’être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l’Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d’une procédure administrative avant l’adoption de toute décision susceptible d’affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique toutefois pas systématiquement l’obligation pour l’administration d’organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l’intéressé, ni même d’inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu’une décision lui faisant grief est susceptible d’être prise à son encontre, l’étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte au droit d’être entendu n’est susceptible d’entraîner l’annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l’espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l’étranger a été privé de faire valoir.

Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A... aurait été privé de la possibilité de présenter des observations écrites ou orales ou qu’il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux préalablement à l’édiction des arrêtés en litige. Il ne fait par ailleurs pas état, dans le cadre de la présente instance, d’éléments qui, s’ils avaient été connus du préfet de la
Loire-Atlantique, auraient pu le conduire à prendre des décisions différentes. Dans ces conditions, et alors que le préfet n’était pas tenu d’inviter le requérant à formuler des observations avant l’édiction des arrêtés attaqués, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d’être entendu doit être écarté.

En sixième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni des autres pièces du dossier que le préfet n’aurait pas procédé à un examen de la situation du requérant avant de prendre ces décisions. Par suite, le moyen tiré de ce qu’elles n’ont pas été précédées d’un examen particulier de sa situation personnelle doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / (…) ».

M. A... ne justifie pas de son entrée régulière sur le territoire français et s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité. Il entrait ainsi dans le champ des dispositions, citées ci-dessus, du 1° de l’article L. 611-1 sur lesquelles le préfet a fondé la décision d’éloignement en litige. Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il se serait cru à tort en situation de compétence liée, a pu obliger le requérant à quitter le territoire français sans entacher sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le séjour de M. A..., qui déclare être entré en France le 15 novembre 2023, présentait un caractère récent à la date de la décision attaquée. En outre, l’intéressé ne démontre pas avoir noué, en France, des liens d’une particulière stabilité ou ancienneté et n’établit pas davantage être dépourvu de toute attache en Algérie, où il a vécu jusqu’à l’âge de vingt-sept ans. Enfin, M. A... ne justifie pas d’une intégration particulière sur le territoire français. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée procèderait d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision portant refus d’accorder un délai de départ volontaire :

En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que, l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas établie, le requérant n’est pas fondé à exciper de l’illégalité de cette décision pour contester la décision refusant d’accorder un délai de départ volontaire.

En second lieu, aux termes de l’article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision (…) ». Aux termes de l’article L. 612-2 du même code : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que M. A... a été interpellé et placé en garde à vue par les services de police le 28 décembre 2024 pour des faits de détention, offre ou cession et usage non-autorisés de stupéfiants et que, au moment de son interpellation, il était porteur de nombreux sachets de résine de cannabis. Au regard de la nature et du caractère récent des faits qui lui sont reprochés, le comportement de M. A... doit être regardé comme constituant une menace pour l’ordre public, entrant ainsi dans le champ d’application du 1° de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, l’intéressé n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que, l’illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de départ volontaire n’étant pas établie, le requérant n’est pas fondé à exciper de l’illégalité de ces décisions pour contester la décision fixant le pays de destination.

En second lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 15 du présent jugement, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant dont procèderait la décision attaquée doit être écarté.

Sur la légalité de l’interdiction de retour sur le territoire pour une durée d’un an :

En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que, l’illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de départ volontaire et fixation du pays de destination n’étant pas établie, le requérant n’est pas fondé à exciper de l’illégalité de ces décisions pour contester la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire pour une durée d’un an.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (…) ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (…) ».

Si le préfet doit tenir compte, pour décider de prononcer, à l’encontre d’un étranger, une interdiction de retour et fixer sa durée de chacun des quatre critères énumérés à l’article L. 612‑10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu’une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie.

Eu égard aux éléments exposés aux points 15 et 18 du présent jugement, le moyen tiré de ce qu’en interdisant à M. A... le retour sur le territoire français pour une durée d’un an, le préfet aurait entaché sa décision d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions susvisées, doit être écarté.

En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ».

Eu égard à ce qui a été dit au point 15 du présent jugement, et notamment au caractère récent du séjour de M. A..., à l’absence de liens d’une particulière stabilité ou ancienneté et à l’absence d’intégration particulière dans la société française, le moyen tiré de l’atteinte disproportionnée portée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :

En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que, l’illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire pour une durée d’un an n’étant pas établie, le requérant n’est pas fondé à exciper de l’illégalité de ces décisions pour contester la décision portant assignation à résidence.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l’étranger justifie être dans l’impossibilité de quitter le territoire français ou ne peut ni regagner son pays d’origine ni se rendre dans aucun autre pays, l’autorité administrative peut, jusqu’à ce qu’existe une perspective raisonnable d’exécution de son obligation, l’autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire français en l’assignant à résidence, dans les cas suivants : / 1° Si l’étranger fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français sans délai ou si le délai de départ volontaire qui lui a été accordé est expiré ; / (…) La décision d’assignation à résidence est motivée. Elle peut être prise pour une durée maximale de six mois, renouvelable une fois dans la même limite de durée, par une décision également motivée. / (…) ».

Il résulte de l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que, lorsque l’autorité administrative constate qu’un étranger faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n’a pas été accordé ne peut être éloigné en raison de l’une des circonstances visées au premier alinéa de l’article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut, sur le fondement de cet article, à la demande de l’intéressé ou de sa propre initiative si elle estime, en l’absence de demande, que la situation l’exige, prononcer l’assignation à résidence de l’étranger dans les conditions prévues par le titre III du livre VII de ce code.

Les dispositions de l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ne subordonnent pas le prononcé d’une mesure d’assignation à résidence à l’existence d’une perspective raisonnable d’exécution de la décision d’éloignement au titre de laquelle cette assignation à résidence a été prise. Au contraire, une telle mesure ne peut intervenir qu’en l’absence d’une telle perspective à la date à laquelle elle est prononcée.

Il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui a fait l’objet d’un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai, n’était pas, à la date de la décision attaquée, en possession de documents permettant de justifier de son identité et de sa nationalité dès lors que le procès-verbal de son audition par les services de police, le 28 décembre 2024, versé au dossier par le préfet, fait apparaître que l’intéressé a déclaré ne pas être en possession d’un passeport et ne pas vouloir regagner son pays d’origine. Par suite, contrairement à ce que soutient M. A..., celui-ci entre dans le champ d’application des dispositions précitées du 1° de l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dès lors, le moyen soulevé selon lequel le préfet de la Loire-Atlantique aurait méconnu l’article précité n’est pas fondé.

En dernier lieu, le moyen tiré de l’atteinte disproportionnée portée au droit au respect de sa vie privée et familiale du requérant, en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont serait entachée la décision attaquée, doit être écarté pour les même motifs que ceux exposés au point 15 du présent jugement.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A... doivent être rejetées.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

Le rejet des conclusions à fin d’annulation présentées par M. A... entraîne, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d’injonction et de ses conclusions relatives aux frais d’instance.




D É C I D E :


Article 1er :
La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. B... C... A..., au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Chamkhi.


Délibéré après l’audience du 10 juin 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,
M. Simon, premier conseiller,
Mme Ribac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.


La présidente-rapporteure,

M. Le Barbier
L’assesseur le plus ancien
dans l’ordre du tableau,

P.-E. Simon

La greffière,

A. Chabanne


La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,



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