Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2500191

vendredi 31 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2500191
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a examiné les recours de M. B contre deux arrêtés du préfet de la Vendée. Le premier, du 5 juillet 2024, rejetait sa demande de titre de séjour, l'obligeait à quitter le territoire sans délai et prononçait une interdiction de retour de trois ans. Le second, du 31 décembre 2024, prolongeait cette interdiction de deux ans et l'assignait à résidence. Le tribunal a rejeté l'ensemble des requêtes, considérant que les moyens soulevés, notamment l'incompétence, le défaut de motivation, l'erreur de droit et la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés. La solution retenue confirme la légalité des décisions préfectorales, sans application de textes spécifiques autres que ceux du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 juillet 2024 et le 10 janvier 2025, sous le n° 2410669, M. C B, représenté par Me Guérin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet de la Vendée a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de reprendre l'instruction de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- la procédure est irrégulière au regard des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration en ce que le préfet ne l'a pas invité à produire les pièces manquantes ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation concernant sa demande de titre de séjour " salarié " et sa demande de titre de séjour " vie privée et familiale " ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- elle est entachée d'un défaut de base légale en ce qu'elle vise des condamnations sans considérer que sa présence constitue une menace pour l'ordre public ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il justifie de garanties de représentation suffisantes ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 19 novembre 2024 et le 21 janvier 2025, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 7 janvier 2025, sous le n° 2500191, M. C B, représenté par Me Guérin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2024 par lequel le préfet de la Vendée a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français portant ainsi la durée totale d'interdiction de retour à cinq années ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2024 par lequel le préfet de la Vendée l'a assigné à résidence sur la commune des Herbiers pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa situation et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai est illégal et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les modalités de présentation sont disproportionnées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 janvier 2025, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile';

- la loi no 91-647 du 10 juillet 1991';

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les requêtes tendant à l'annulation des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'une assignation à résidence et des décisions accompagnant ces mesures.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Lebrun, substituant Me Guérin et représentant M. B

- le préfet de la Vendée n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité algérienne, né le 6 octobre 1999, a déposé, le 22 avril 2024, une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 juillet 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de la Vendée a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par deux arrêtés du 31 décembre 2024, dont il demande également l'annulation, le préfet de la Vendée a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français portant ainsi la durée totale d'interdiction de retour à cinq années et l'a assigné à résidence sur la commune des Herbiers pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2410669 et 2500191 présentées par le même requérant concernent la situation d'un même étranger et présentent à juger des questions semblables. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 776-16 et R. 776-17 du code de justice administrative, en vigueur à la date de l'arrêté du 5 juillet 2024 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire sans délai et fixation du pays de destination, que, si les conclusions formées par un étranger assigné à résidence dirigées contre les décisions, notamment, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français relèvent de la compétence du magistrat désigné par le président du tribunal, les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour relèvent, quant à elles, de la compétence d'une formation collégiale. Il appartiendra ainsi à une formation collégiale du tribunal de se prononcer, en application des dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative alors en vigueur, sur les conclusions de la requête de M. B n°2410669, dirigées contre le refus de titre de séjour. Par suite, les conclusions dirigées contre la décision du même jour par laquelle le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être réservées jusqu'en fin d'instance pour être jugées devant une formation collégiale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Le requérant soulève le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision rejetant sa demande de titre de séjour.

5. M. B soutient être entré en France au mois de mars 2019 à l'âge de vingt ans et il ressort des pièces du dossier qu'il travaille en qualité d'opérateur de transformations de viandes depuis le 5 septembre 2022 sous couvert d'un contrat à durée indéterminée et donne entière satisfaction à son employeur. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. B est locataire et réside avec sa concubine. Par ailleurs, si le préfet de la Vendée fait valoir dans sa décision que l'intéressé n'apporte aucune preuve sérieuse de nature à justifier de l'intensité, de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est en couple avec une ressortissante française avec laquelle il réside depuis plus d'un an, révélant son insertion sociale et professionnelle sur le territoire. Dans les conditions particulières de l'espèce, et notamment eu égard aux conditions et à la durée du séjour de M. B, ainsi qu'à l'insertion professionnelle dont il justifie, le préfet de la Vendée a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'exercice de son pouvoir de régularisation. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elle est fondée et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 en tant qu'il oblige M. B à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et les arrêtés du 31 décembre 2024 par lesquels le préfet de la Vendée a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français portant ainsi la durée totale d'interdiction de retour à cinq années et l'a assigné à résidence sur la commune des Herbiers pour une durée de quarante-cinq jours, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens articulés contre ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. D'une part, l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français implique nécessairement, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'étranger soit muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Vendée de réexaminer la situation de M. B dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. D'autre part, les conclusions de la requête n°241069 tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Vendée de délivrer un titre de séjour à M. B suivent le sort des conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et doivent donc, ainsi qu'il l'a été dit, être renvoyées à une formation collégiale.

Sur les frais liés au litige :

9. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Guérin conseil de M. B, d'une somme de 1 000 euros, contre renonciation de la part dudit conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête n° 2410669 tendant à l'annulation de la décision du 5 juillet 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction à ce titre et celles liées à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : Les décisions contenues dans l'arrêté du 5 juillet 2024 du préfet de la Vendée obligeant M. B à quitter le territoire national sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et les arrêtés du 31 décembre 2024 prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français de deux ans et l'assignant à résidence sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Vendée de réexaminer la situation de

M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : L'Etat versera à Me Guérin, conseil de M. B, une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part dudit conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de la Vendée et à Me Guérin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025 .

La magistrate désignée,

A-L ALa greffière,

M-C Minard

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2410669, 2500191