Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2500399

vendredi 31 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2500399
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes a rejeté la requête de M. E, ressortissant congolais, qui contestait son assignation à résidence pour 45 jours prise par le préfet de la Sarthe. Le juge a écarté les moyens d’incompétence et d’insuffisance de motivation, la décision étant fondée sur les articles L. 731-1 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA). Il a également estimé que les modalités de l’assignation ne portaient pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, et qu’aucune erreur manifeste d’appréciation n’était caractérisée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 janvier 2025 et le 21 janvier 2025, M. C E, représenté par Me Ndeko, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 décembre 2024 par lequel le préfet de la Sarthe l'a assigné à résidence à son domicile pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation en ce qu'elle constitue notamment une mesure privative de liberté ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2025, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile';

- la loi no 91-647 du 10 juillet 1991';

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les requêtes tendant à l'annulation des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'une assignation à résidence et des décisions accompagnant ces mesures.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant de la République démocratique du Congo, né le 28 juin 1996, a fait l'objet d'un arrêté du 30 décembre 2024 par lequel le préfet de la Sarthe l'a assigné à résidence à son domicile pendant une durée de quarante-cinq jours.

2. En premier lieu, par un arrêté du 23 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 142 le 24 septembre 2024, le préfet de la Sarthe a donné délégation à Mme B D, cheffe du bureau de l'asile, de l'éloignement et du contentieux et signataire de la décision litigieuse, à l'effet de signer notamment les arrêtés d'assignation à résidence Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce, avec une précision suffisante, les stipulations conventionnelles et les dispositions légales qui la fondent, en particulier les articles L. 731-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne en outre les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. E en indiquant qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai prise le 30 octobre 2024 par le préfet de Loire-Atlantique et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

5. L'arrêté attaqué assigne à résidence M. E à son domicile pour une durée de quarante-cinq jours maximum et lui demande de se présenter tous les jours de la semaine y compris les dimanches et les jours fériés à 16h30 au commissariat central du Mans.

6. M. E célibataire et sans enfant, se borne à produire une attestation d'hébergement de sa tante, au domicile de laquelle il est assigné et n'apporte dès lors aucun élément justifiant de sa situation personnelle et des liens familiaux et privés en France dont il se prévaut. Par suite, le moyen tiré de ce que les modalités de l'assignation à résidence décidées par l'arrêté en litige porteraient une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.

La magistrate désignée,

A-L A La greffière,

A. Diallo

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,