Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2500804

vendredi 14 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2500804
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du 17 octobre 2024 de la commission de recours contre les refus de visa. Cette décision confirmait le refus de délivrance d’un visa de long séjour pour réunification familiale à Mme C E et au jeune F E, ressortissants afghans. Le juge a estimé qu’aucun des moyens soulevés, notamment tirés de la méconnaissance des articles L. 561-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et de l’article 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant, n’était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 janvier et 3 février 2025, Mme D B et M. A G B, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux du jeune F E et Mme C E, représentés par Me Blin, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 17 octobre 2024 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire dirigé contre les décisions du 28 avril 2024 de l'autorité consulaire française à Téhéran refusant de délivrer un visa de long séjour, sollicité au titre de la réunification familiale, à Mme E et au jeune F E ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen de leur situation dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT au profit de leur conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ; à défaut, à leur profit.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite :

* Mme E et le jeune F E vivent cachés et isolés en Afghanistan, pays dans lequel leurs parents ont été assassinés ; ils sont dans une situation de particulière vulnérabilité et de précarité eu égard à l'instabilité politique en Afghanistan et aux risques de représailles qu'ils encourent par les talibans en raison du statut professionnel de leur père qui était militaire dans l'armée afghane ;

* la dégradation de l'état de santé de Mme E nécessite sa présence en France ;

* Mme E est dans une situation de particulière vulnérabilité puisqu'une décision juridictionnelle de mariage forcé a été rendue ; elle risque ainsi d'être mariée à tout moment ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen, d'une erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'ils ont produit tous les documents permettant d'établir leurs identités et le lien familial qui les unit, notamment eu égard à l'existence de la décision du 13 mai 2023 confiant l'autorité parentale et la garde à M. et Mme B ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2025, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

A titre principal pour irrecevabilité, en raison du défaut d'intérêt à agir ;

A défaut, au fond, dès lors que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

La demande de Mme B tendant à être admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été rejetée par une décision du 14 février 2024.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête en annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 février 2025 à 14h30 :

- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,

- les observations de Me Blin, avocate des requérants ;

- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B, M. A G B et Mme C E demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 17 octobre 2024 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire dirigé contre les décisions du 28 avril 2024 de l'autorité consulaire française à Téhéran refusant de délivrer à Mme C E, ainsi qu'au jeune F, un visa de long séjour, sollicité au titre de la réunification familiale afin de rejoindre en France Mme D B, ressortissante afghane ayant obtenu le statut de réfugiée, présentée comme leur sœur.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aucun des moyens invoqués par les requérants, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Il y a lieu, en conséquence, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité et sur la condition d'urgence, de rejeter la requête en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B, de M. B et de Mme E est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B, à M. A G B, à Mme C E, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à Me Blin.

Fait à Nantes, le 14 février 2025.

Le juge des référés,

L. BOUCHARDON

La greffière,

A. DIALLOLa République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,