Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2500885

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2500885
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Refus de visa de long séjour pour mineure scolarisée. Le Tribunal administratif de Nantes, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, rejette la demande de suspension de la décision de l’ambassade de France à Yaoundé. Il estime que l’urgence invoquée (billet d’avion acheté, rentrée imminente, absence d’autre inscription) ne présente pas un caractère particulier justifiant une intervention avant que la commission de recours contre les refus de visa n’ait statué sur le recours préalable obligatoire. La requête est rejetée comme manifestement mal fondée en l’état.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 janvier 2025, Mme D B, agissant au nom de sa fille mineure, A C, représentée par Me Blanchot, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de la décision du 10 décembre 2024 par laquelle l'ambassade de France à Yaoundé (Cameroun) a refusé de délivrer un visa d'entrée et de long séjour en qualité de mineure scolarisée à sa fille A ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer un titre de séjour à sa fille dans le délai de quarante-huit heures à compter de la décision, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour dans le délai de quarante-huit heures à compter de la décision, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite en ce que sa fille a été admise à l'Institut supérieur de l'électronique et du numérique de Brest ; un premier visa a été refusé le 4 octobre 2024 et l'école a informé sa fille qu'elle pouvait rejoindre l'école lors de la seconde rentrée prévue le 10 février 2025 ; elle a déjà pris un billet d'avion pour le 5 février 2025 ; sa fille n'est inscrite dans aucun autre cursus universitaire ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : elle a été prise par une autorité incompétente ; la décision est insuffisamment motivée en fait ; la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ; la décision méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Tiger-Winterhalter, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 dudit code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Dans le cas où une décision administrative ne peut, comme en l'espèce, être déférée au juge qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable, une requête tendant à la suspension de cette décision peut être présentée au juge des référés dès que ce recours préalable obligatoire a été formé, la mesure ordonnée en ce sens valant, au plus tard, jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours présenté par l'intéressé. Le requérant doit toutefois démontrer l'urgence particulière qui justifie la saisine du juge des référés avant même que l'administration ait statué sur le recours introduit devant elle.

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme D B a inscrit sa fille A, née le 25 septembre 2007, au sein de l'Institut supérieur de l'électronique et du numérique de Brest. Une demande de visa de long séjour portant la mention " mineur scolarisé ", a été déposée auprès de l'ambassade de France à Yaoundé le 6 novembre 2024 qui a été rejetée par une décision du 10 décembre 2024. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été saisie le 10 janvier 2025 du recours préalable obligatoire prévu par l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si la requérante invoque l'urgence qu'il y aurait à prononcer la suspension de l'exécution de la décision prise par l'ambassade de France à Yaoundé, sans attendre que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France statue sur le recours dont elle justifie l'avoir saisie, les circonstances qu'elle invoque, selon lesquelles elle s'est déjà acquittée du prix du billet d'avion pour la France, que la rentrée est imminente et que sa fille n'est inscrite dans aucun autre cursus universitaire, sont insuffisantes à caractériser une situation d'urgence particulière justifiant la suspension des effets de la décision litigieuse avant l'intervention de la décision de la commission.

4. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du même code et de rejeter la requête en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B et à Me Blanchot.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 6 février 2025.

La vice-présidente, juge des référés,

N. Tiger-Winterhalter

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,