Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2500934

mercredi 22 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2500934
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'exécution du refus de visa de long séjour opposé à Mme D par l'autorité consulaire française à Tananarive. Le requérant, M. C, n'a pas démontré l'urgence particulière justifiant la saisine du juge avant que la commission de recours contre les refus de visa n'ait statué sur le recours administratif préalable obligatoire, formé le 6 janvier 2025. Le juge a considéré que le délai de deux mois pour la décision de la commission n'était pas expiré et que les éléments invoqués (détresse psychique de l'enfant) ne caractérisaient pas une urgence suffisante. La requête a été rejetée sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 janvier 2025 et des pièces complémentaires enregistrées les 20 janvier 2025 et 22 janvier 2025, M. B C doit être regardé comme demandant au juge des référés :

1°) sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 6 décembre 2024 par laquelle l'autorité consulaire française à Tananarive (Madagascar) a refusé de délivrer un visa de long séjour en qualité de parent étranger d'un enfant de nationalité française à Mme D ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de visa de son épouse à fin de délivrance.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il vit avec leur fille en France séparé de son épouse et mère de son enfant, sa fille A, qui est très affectée par cette séparation qui perturbe leur vie familiale ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1.Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L.521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Son article L. 522-3 dispose toutefois que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Dans le cas où une décision administrative ne peut, comme en l'espèce, être déférée au juge qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable, une requête tendant à la suspension de cette décision peut être présentée au juge des référés dès que ce recours préalable obligatoire a été formé, la mesure ordonnée en ce sens valant, au plus tard, jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours présenté par l'intéressé. Le requérant doit toutefois démontrer l'urgence particulière qui justifie la saisine du juge des référés avant même que l'administration ait statué sur le recours introduit devant elle.

3. M. C a saisi le 6 janvier 2025 la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France d'un recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 6 décembre 2024 par laquelle l'autorité consulaire française à Tananarive (Madagascar) a refusé de délivrer à sa compagne, Mme D, ressortissante malgache née le 9 octobre 1999, un visa de long séjour en qualité de parent étranger d'un enfant de nationalité française. Sans attendre que cette commission ait statué, il demande au juge des référés de suspendre l'exécution du refus de visa opposé par l'autorité consulaire.

4. Pour justifier de l'existence d'une situation d'urgence à statuer sur le refus opposé à la demande de visa litigieuse dès avant l'intervention d'une décision de la commission, qui est destinée à se substituer totalement à la décision consulaire, M. C se prévaut de la détresse psychique de leur fille A du fait de l'absence de sa mère à ses côtés et de l'atteinte grave à leur vie privée et familiale qui serait portée par la décision qu'il attaque. Toutefois, le délai de deux mois au terme duquel interviendra, le cas échéant, une décision implicite de rejet de la commission des recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doit être regardé comme ayant commencé à courir le 6 janvier 2025 pour s'achever le 6 mars 2025. Il en résulte que la condition d'urgence particulière, rappelée au point 2, justifiant la saisine du juge des référés avant l'intervention de la décision de la commission des recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter, selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, les conclusions à fins de suspension présentées par M. C, ainsi, par voie de conséquence, que celles à fin d'injonction.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 22 janvier 2025.

Le juge des référés,

P. ROSIER

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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