Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2501420

mercredi 29 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2501420
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de la commission de recours contre les refus de visa, qui avait confirmé le refus de délivrance de visas de long séjour pour réunification familiale à l’épouse et aux trois enfants d’un réfugié érythréen. La condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’a pas été jugée satisfaite, faute pour les requérants d’avoir établi la réalité des liens familiaux et des conditions de vie en Éthiopie, malgré l’allégation de séparation prolongée. L’ordonnance souligne que les motifs de refus portaient sur l’absence de preuve de l’identité et du lien matrimonial, et que les circonstances invoquées ne justifiaient pas une urgence nécessitant une suspension avant l’examen au fond.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2025, M. A B F et Mme H B G, représentés par Me Clémang, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours exercé contre les décisions du 1er juillet 2024 par lesquelles les autorités consulaires françaises à Addis-Abeba (Ethiopie) ont refusé de délivrer à Mme H B G et aux enfants E A B, C A B et D A B un visa de long séjour, sollicité au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen des demandes de visa dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à leur conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite au regard de la durée de séparation du couple et de la famille dans son ensemble ce qui contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F, de nationalité érythréenne, né le 2 avril 1982 s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) au début de l'année 2022. Ont été déposées le 21 décembre 2023 des demandes tendant à la délivrance de visas de long séjour en qualité de membres de famille de réfugié au bénéfice de Mme H B G, qui se présente comme l'épouse de M. B F, ainsi que des trois enfants mineurs alléguées du couple, les jeunes E A B, C A B et D A B, auprès des autorités consulaires françaises en Ethiopie qui ont rejeté ces demandes le 1er juillet 2024. Par la présente requête, les requérants demandent la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours, dont elle a été saisie le 24 juillet 2024, exercé contre les décisions consulaires précitées.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". En vertu de l'article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter sans instruction ni audience les demandes qui ne présentent pas un caractère d'urgence.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

4. Pour établir la condition d'urgence les requérants font valoir la durée de séparation de la famille ce qui contrevient à leur droit à une vie privée et familiale normale et à l'intérêt supérieur des enfants. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B F a fui son pays depuis l'année 2021 et ne produit, en dehors des procédures contentieuses, aucun élément quant aux liens qu'il entretient avec son épouse et ses enfants dont les conditions de vie, alors qu'ils bénéficient du statut de réfugié en Ethiopie, ne sont pas plus précisées. Dès lors, eu égard aux motifs du rejet du recours engagé contre les précédentes demandes de visa, fondés sur le caractère non établis de l'identité de Mme B G , et des trois enfants E A B, C A B et D A B et du lien matrimonial avec M. B F, les circonstances évoquées ne sont donc pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension des effets de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France dans l'attente de l'examen de leur recours en annulation. Dans ces conditions, la condition d'urgence, exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut, en l'état de l'instruction, nonobstant l'attention qui doit être portée aux demandes de réunification familiales des personnes réfugiées en France, être regardée comme satisfaite. Il suit de là que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B F et Mme B G est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B F , à Mme H B G et à Me Clémang.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 29 janvier 2025.

Le juge des référés,

B. Echasserieau

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2501420