Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2501514

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2501514
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes a été saisi en référé-suspension (article L. 521-1 du code de justice administrative) par Mme A, ressortissante ivoirienne, contestant le refus de renouvellement de son titre de séjour pour raisons de santé, assorti d'une obligation de quitter le territoire français. La requérante invoquait l'urgence liée à son état de santé psychiatrique et à sa formation d'aide-soignante, ainsi que des doutes sérieux sur la légalité de la décision, notamment au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Loire-Atlantique a conclu au rejet, arguant de l'absence d'urgence et de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais la décision porte sur l'appréciation de la condition d'urgence et des moyens soulevés par la requérante.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2025, Mme B A, représentée par Me Neraudau, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 4 novembre 2024 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, seulement en ce qu'elle porte refus de renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à un nouvel examen de sa situation et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé constatant la demande de renouvellement de son titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros HT à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique sous réserve pour cette dernière de se désister du bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite :

* l'urgence est présumée dès lors qu'il s'agit d'une décision de refus de renouvellement de titre de séjour ;

* elle est dans une situation de particulière vulnérabilité eu égard à son état de santé, en l'occurrence, une rupture de traitement emporte des risques majeurs pour sa santé psychiatrique et psychologique ainsi que pour la santé psychique de son fils ;

* elle risque de perdre le bénéfice de son admission à l'institut de formation d'aides-soignants (IFAS) de la Croix-Rouge pour la rentrée de janvier 2025, avec la note de 18,5 sur 20, en l'occurrence, la décision litigieuse risque d'entraver son accès effectif à une formation diplômante dans un métier en tension ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- S'agissant de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

* la compétence de son signataire n'est pas établie ;

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle est entachée d'un vice de procédure en ce que le préfet s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), qui ne lui a pas été transmis, ainsi le préfet devra rapporter la preuve que l'avis est régulier et porte notamment la mention de signatures présentant les garanties nécessaires ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il n'est aucunement établi que son état de santé soit amélioré et que l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé en Côte d'Ivoire se sont améliorés, en l'occurrence, elle ne pourra être suivi médicalement en Côte d'Ivoire puisque les évènements traumatisants et notamment la mutilation sexuelle dont elle a été victime ne permettent pas d'envisager un traitement effectivement approprié dans ce pays ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

* la compétence de son signataire n'est pas établie ;

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet aurait dû examiner son droit au séjour en tenant compte de sa durée de présence en France, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et toutes considérations humanitaires ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

* le refus de renouvellement du titre de séjour est illégal et entraîne donc, par voie d'exception d'illégalité, l'illégalité de la décision d'éloignement ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

* la compétence de son signataire n'est pas établie ;

* elle est insuffisamment motivée ;

* le refus de renouvellement du titre de séjour est illégal et entraîne donc, par voie d'exception d'illégalité, l'illégalité de la décision fixant le pays de destination ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle risque de subir des traitements inhumains et dégradants puisqu'elle a subi une mutilation sexuelle en Côte d'Ivoire et sa famille paternelle l'avait forcé à subir un avortement forcé, elle craint ainsi pour sa vie, celle de son fils et de son compagnon en cas de renvoi en Côte d'Ivoire ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2025, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions à fin de suspension des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont irrecevables car dépourvues d'objet ;

- s'agissant de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

* la condition d'urgence n'est pas remplie :

* elle ne justifie pas ses dires quant à l'imminence d'une modification dans sa situation ; elle ne démontre pas qu'elle risquerait de perdre le bénéfice de son logement ni qu'elle ne pourrait plus s'acquitter de son loyer ; ses revenus ne sont pas connus et il n'est pas établi que la décision la placerait dans une situation de précarité particulière ;

* il n'est pas établi que sa décision aurait un impact sur la poursuite de ses soins ni qu'elle aurait effectivement eu pour conséquence une aggravation de son état de santé en l'absence de certificat médical en attestant ;

* si la requérante indique qu'elle a débuté une formation d'aide-soignante, pour laquelle elle a réussi un examen, celle-ci débutait le 6 janvier 2025 alors qu'elle n'a saisi le tribunal que le 27 janvier 2025 ;

* aucun des moyens soulevés par Mme A, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait ;

* elle est suffisamment motivée en fait comme en droit ;

* le moyen tiré du vice de procédure manque en fait ;

* elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et ne méconnait pas les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'OFII qui lui a indiqué que si l'état de santé de l'intéressée nécessitait des soins dont le défaut pourrait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de santé dans son pays d'origine, elle pourra effectivement s'y faire soigner et y voyager sans risque alors qu'au surplus, il n'est pas contesté que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge, médicale et que l'absence de prise en charge médicale de sa pathologie pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle n'apporte aucun élément probant de nature à infirmer l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII ; Par ailleurs, le risque de reviviscence de sa pathologie en cas de retour en Côte d'Ivoire n'est pas avéré, ni que l'Etat ivoirien ne serait effectivement pas en mesure d'assurer sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine et, par là-même, de rendre son suivi psychiatrique possible ; en tout état de cause, le juge des référés pourra demander de la part de l'OFII la production de l'entier dossier médical de la requérante ;

* à titre subsidiaire, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et ne méconnait pas les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la requérante ne démontre aucunement avoir sollicité de titre de séjour sur un autre fondement que celui tiré de raisons de santé et alors que l'intéressée ne justifie d'aucune considération humanitaire ou de motifs exceptionnels propres à régulariser sa situation sur le territoire puisqu'elle est depuis peu en France, que son compagnon fait aussi l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'elle ne démontre pas que l'absence de prise en charge sanitaire de son fils aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ou que son suivi ne pourrait pas être réalisé en Côte d'Ivoire ; elle ne démontre pas qu'elle serait isolée en cas de retour en Côte d'Ivoire ni qu'elle serait effectivement soumise à un risque de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, propres à justifier de son admission exceptionnelle au séjour.

- s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait ;

* elle est suffisamment motivée en fait comme en droit ;

* elle ne méconnait pas les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* la décision de refus de séjour prise à l'encontre de l'intéressée étant légale, celle portant obligation de quitter le territoire l'est aussi ;

* elle ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

- s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

* le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait ;

* elle est suffisamment motivée en fait comme en droit ;

* la décision de refus de séjour prise à l'encontre de l'intéressée étant légale, celle fixant le pays de destination l'est aussi ;

* elle ne méconnait pas les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle ne méconnait pas les dispositions de l'article L. 611-3-9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

* elle ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Une pièce complémentaire, enregistrée le 12 février 2025, a été présentée pour Mme A et a été communiquée.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 février 2025.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 27 janvier 2025 sous le numéro 2501641 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 février 2025 à 9h30 :

- le rapport de M. Rosier, juge des référés,

- les observations de Me Neraudau, avocate de Mme A, en sa présence, qui soutient que le préfet a commis une erreur de droit en ce qu'il ne s'est que partiellement fondé sur l'avis du collège des médecins de l'OFII en considérant à tort que l'interruption des traitements n'entraînerait pas de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Au surplus, elle établit que son état de santé s'est aggravé depuis l'avis de l'OFII

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 6 septembre 1988 demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 4 novembre 2024 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, seulement en ce qu'elle porte refus de renouvellement de son titre de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

4. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que Mme A demande la suspension de l'exécution d'une décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour. Le préfet de la Loire-Atlantique ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d'urgence précitée. Par suite, la décision en litige préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à la situation personnelle de l'intéressée pour que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

5. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 4 novembre 2024 en ce que le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de la demande de Mme A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'une astreinte ne soit toutefois nécessaire et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé constatant la demande de renouvellement de son titre de séjour.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat, le versement à Me Neraudau d'une somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 4 novembre 2024, seulement en ce que le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme A, est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de la demande de Mme A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de cette ordonnance et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé constatant la demande de renouvellement de son titre de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Neraudau, avocate de Mme A, la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Neraudau et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 25 février 2025.

Le juge des référés,

P. ROSIER

La greffière,

M.C. MINARD

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,