Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2501579

vendredi 31 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2501579
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la requête de Mme A, ressortissante afghane, qui demandait la délivrance d'un visa de court séjour pour rejoindre son époux en France. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, faute pour la requérante d'établir de manière probante un risque imminent d'expulsion du Pakistan vers l'Afghanistan. La solution retenue est le rejet de la requête, sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'atteinte aux libertés fondamentales invoquée (article 8 de la CESDH).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 janvier 2025, Mme D A, représentée par Me Macone, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui faire délivrer un visa de court séjour, dès notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il y a urgence à statuer : la date de validité de son visa au Pakistan est fixée au 3 février 2025, si bien qu'à compter de cette date, elle sera susceptible d'être expulsée vers l'Afghanistan où sa vie est menacée, ce d'autant plus que les talibans ont eu connaissance de son départ. La situation au Pakistan est très dangereuse du fait des nombreux attentats perpétrés par les talibans ;

- le refus de visa qui lui a été notifié méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte gravement atteinte au droit à la vie et au respect de son intégrité physique et morale ;

- les références de la décision de refus de regroupement familial ne sont pas indiquées dans la décision, si bien qu'en l'état, il n'y a aucune motivation. ; s'il s'agit de l'arrêté du préfet du Var en date du 16 novembre 2023, celui-ci fait l'objet d'un recours par-devant le tribunal administratif de Toulon toujours en cours, si bien qu'en l'état, il ne saurait justifier à lui-seul le refus de la délivrance du visa puisque le recours est suspensif et ce d'autant plus qu'elle peut disposer d'une carte de résident en application de l'article L. 314-11 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il faut ajouter que sa demande initiale consistait à obtenir un visa en urgence ; ce n'est qu'à la suite de la réponse de l'Ambassade de France à Islamabad qu'un visa long séjour pour établissement familial a été demandé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, ressortissante afghane née le 3 mai 2003, a sollicité le bénéfice d'un visa d'entrée et de long séjour en France afin de rejoindre M. C B, qu'elle présente comme son époux. Par décision du 12 décembre 2024, l'autorité consulaire française à Islamabad a rejeté sa demande de visa, dès lors que " le regroupement familial relatif à [sa] demande de visa a été refusé par l'autorité préfectorale ". Mme A demande au juge des référés, par la présente requête présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner au ministre de l'intérieur de lui faire délivrer un " visa de court séjour ".

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". L'article L. 522-3 de ce même code prévoit que le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. Il n'y a urgence à ordonner la suspension d'une décision administrative que s'il est établi qu'elle préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. En outre, lorsque le requérant fonde son intervention, non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

4. Afin de justifier d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, Mme A fait valoir que la date de validité de son visa au Pakistan est fixée au 3 février 2025 et qu'elle risque d'être expulsée vers l'Afghanistan où sa vie est menacée, ce d'autant plus que les talibans ont eu connaissance de son départ, et, en tout état de cause, du fait de son genre. Toutefois, alors qu'aucun élément n'est versé au dossier s'agissant de ses conditions de vie au Pakistan au regard d'une situation présentée comme dangereuse, la justification de son droit au séjour dans ce pays et le risque imminent d'expulsion vers l'Afghanistan ne sont pas étayés de manière probante. Alors que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie le 10 janvier 2025 du recours dirigé contre la décision consulaire, est appelée à se prononcer, à tout le moins implicitement, dans un délai de deux mois à compter de cette date, les circonstances ainsi invoquées par la requérante ne sont pas de nature à établir que le refus de visa préjudicierait de manière suffisamment grave à sa situation pour caractériser une situation d'urgence rendant nécessaire l'intervention dans les quarante-huit heures d'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale, ordonnée par le juge des référés sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'atteinte à une liberté fondamentale, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en faisant application de la procédure prévue à l'article L. 522-3 du même code, ainsi que, par voie de conséquence, celles formulées au titre des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 31 janvier 2025.

Le juge des référés,

L. BOUCHARDON

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,