Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2501604

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2501604
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes a rejeté la requête en référé suspension de Mme B, qui contestait le refus de visa de long séjour pour elle-même et ses deux enfants mineurs au titre de la réunification familiale avec son époux, bénéficiaire de la protection subsidiaire. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, en raison du délai anormalement long (près d'un an) entre l'obtention de la protection subsidiaire et le dépôt des demandes de visa, ce qui contredisait l'urgence alléguée. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans examen des moyens de fond.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 janvier 2025, Mme F B, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale des jeunes I D et H E, représentés par Me Da Costa Cruz, demandent au juge des référés :

1°) sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre les décisions du 10 septembre 2024 de l'ambassade de France à Dacca (Bangladesh) refusant de lui délivrer ainsi qu'à ses deux enfants mineurs, I D et H E, un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre à l'ambassade de France au Bangladesh de réexaminer les demandes de visa ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'ils sont séparés de leur père, M. C A, depuis le départ de celui-ci du Bangladesh le 20 février 2019 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :

- les pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant bangladais, s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire par décision de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 25 août 2022. Son épouse, Mme F B et leurs enfants mineurs, I D et H E, ont sollicité de l'autorité consulaire française à Dacca (Bangladesh) un visa de long séjour en tant que membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire en France, que l'autorité a rejeté par trois décisions du 10 septembre 2024. Le recours préalable obligatoire auprès de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision implicite née le 14 décembre 2024. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 dudit code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre les effets de la décision de la commission de recours, la requérante se prévaut de la durée de séparation d'avec son époux et père de ses enfants. Toutefois, il est constant, selon le récit du parcours d'asile de M. A, qu'il s'est séparé de sa compagne et de ses enfants depuis son départ du Bangladesh, le 20 février 2019, et qu'il est arrivé en France le 10 août 2021 et alors qu'il bénéficie de la protection subsidiaire qui lui a été accordée par la CNDA le 25 août 2022, la demande de rendez-vous auprès de l'ambassade de France au Bangladesh n'a été faite que le 7 août 2023, près d'un an après, et les demandes de visa des membres de sa famille n'ont été déposées que le 27 février 2024 pour son épouse et ses enfants. Ainsi, l'observation d'un tel délai apparaît contradictoire avec la situation d'urgence invoquée. Dans ces conditions, la condition d'urgence à laquelle est subordonnée le prononcé d'une mesure de suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut, nonobstant l'attention que doivent recevoir les réunifications de famille de réfugiés, être regardée comme remplie en l'espèce. Par conséquent, il y a lieu, de rejeter la présente requête, en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F B et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 4 février 2025.

Le juge des référés,

P. ROSIER

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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