Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2501776
mardi 25 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2501776 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 janvier 2025 et des pièces complémentaires enregistrées le 5 février 2025, M. C A, représenté par Me Duss, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision du 22 mars 2024 des autorités consulaires françaises à Douala (Cameroun) refusant de délivrer un visa de long séjour au titre du regroupement familial à la jeune B A D ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la situation de la jeune B A D dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il dispose d'un intérêt à agir en tant que représentant légal de sa fille mineure ;
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il est porté une atteinte considérable à son droit au respect de sa vie privée et familiale alors qu'il est privé de la présence de sa fille mineure et de la possibilité d'entretenir avec elle des liens affectifs et éducatifs normaux et essentiels ; l'intérêt supérieur de sa fille est méconnu, alors qu'elle se retrouve privée des conditions essentielles à un développement harmonieux et serein, elle se trouve dans un pays en proie au conflit armé interne depuis 2016 et appartient à une communauté minoritaire ; elle a déjà été victime d'une attaque en novembre 2024 ayant nécessité son hospitalisation ; elle souhaite poursuivre sa scolarité puis ses études secondaires en France ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est entachée d'un défaut de motivation au sens des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
* la compétence de son auteur n'est pas établie ;
* elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que le visa a été refusé au motif de l'absence d'autorisation préfectorale, alors qu'il en existe une ;
* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2025, le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie : le requérant a déposé sa demande de visa seulement en 2024 soit quatre ans après l'autorisation de regroupement familial et a saisi le juge des référés trois mois après la naissance de la décision implicite de rejet alors que le refus consulaire est né le 22 mars 2024 ; il invoque une situation sécuritaire dégradée depuis huit ans et pourtant il n'a sollicité qu'en 2019 le regroupement familial et le visa n'a été déposé qu'en 2024, il n'est pas établi que la décision contestée préjudicie de manière grave et immédiate à ses conditions de vie.
- aucun des moyens soulevés par M. A, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* il n'a pas sollicité de la commission de recours contre les refus de visa les motifs de sa décision ;
* le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision consulaire est inopérant ;
* il lui est opposé un moyen d'ordre public tiré de sa récente condamnation par le tribunal correctionnel de Strasbourg pour violences conjugales du 1er décembre 2023 dont l'autorité préfectorale du Bas-Rhin a informé l'autorité consulaire en lui indiquant qu'il ne remplissait plus les conditions du regroupement familial en raison de la menace à l'ordre public que constitue sa présence, en tout état de cause cette autorisation est devenue caduque ;
* elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire complémentaire, enregistré le 12 février 2025, et des pièces enregistrées le 13 février 2025, M. A conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.
Il fait valoir que :
- Sur l'urgence : sa demande de visa a été retardée par la pandémie de COVID 19 et qu'il a été victime d'une violente agression ;
- Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
* Sur l'exception d'illégalité : la décision d'abrogation est illégale. Au surplus, le motif tiré de la menace à l'ordre public ne peut être opposé qu'au membre de la famille susceptible de gagner le territoire français. En tout état de cause, il appartenait à l'autorité administrative de procéder à cette abrogation dans un délai raisonnable qui ne saurait dépasser quatre mois passés sa condamnation et de la motiver ;
* Il est porté une atteinte au respect du droit à une vie privée et familiale normale ainsi qu'au principe de l'intérêt supérieur de l'enfant.
Un e pièce complémentaire, présentée par le ministre de l'intérieur, a été enregistrée le 17 février 2025 et n'a pas été communiquée.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 17 janvier 2025 sous le numéro 2500988 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 février 2025 à 9 heures 30 :
- le rapport de M. Rosier, juge des référés,
- et les observations de la représentante du ministre d'Etat, ministre de l'intérieur qui reconnait qu'il n'y a pas eu de décision d'abrogation de l'autorisation préfectorale mais qu'en tout état de cause, le requérant ne remplit plus les conditions du regroupement familial dès lors qu'il a été condamné pour des faits de violence sur sa compagne par le tribunal correctionnel de Strasbourg le 1er décembre 2023.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision du 22 mars 2024 des autorités consulaires françaises à Douala refusant de délivrer un visa de long séjour au titre du regroupement familial à la jeune B A D.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
5. Pour justifier l'urgence d'une suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision du 22 mars 2024 des autorités consulaires françaises à Douala (Cameroun) refusant de délivrer un visa de long séjour au titre du regroupement familial à la jeune B A D, M. A fait valoir que la décision contestée porte une atteinte considérable à son droit au respect de sa vie privée et familiale et le prive de la présence de sa fille mineure et de la possibilité d'entretenir avec elle des liens affectifs et éducatifs normaux et essentiels. Aucun élément n'est toutefois produit s'agissant des conditions de vie au Cameroun de la jeune B, âgée de 13 ans ni que les blessures constatées par un certificat médical daté du 20 janvier 2025 seraient les conséquences d'une attaque dont elle aurait été victime. Alors qu'en outre, la demande de visa n'a été enregistrée que le 13 février 2024, soit quatre ans après l'autorisation de regroupement familial, le requérant a attendu plusieurs mois après la naissance de la décision implicite de rejet et le refus consulaire du 22 mars 2024 avant de saisir le présent tribunal de la légalité de la décision contestée, les circonstances ainsi invoquées ne sont pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension des effets de la décision contestée. Par suite, la condition d'urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que la requête de M. A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Fait à Nantes, le 25 février 2025.
Le juge des référés,
P. ROSIER
La greffière,
M-C. MINARDLa République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,