Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2502300
mardi 25 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2502300 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 février 2025, Mme B A épouse C, représentée par Me Sergent, demande au juge des référés :
1°) sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision du 20 septembre 2024 de l'autorité consulaire française à Casablanca (Maroc) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le visa demandé dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros HT soit 1 800 euros TTC au profit de son conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision contestée la prive ainsi d'une opportunité professionnelle en France, d'un contrat à durée indéterminée, pour lequel ses futurs employeurs ont obtenu une autorisation de travail le 20 septembre 2023 alors que ses employeurs sont âgés et invalides et lui rappellent régulièrement le besoin urgent qu'ils ont de son assistance quotidienne.
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu les pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l''article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. Dans le cas où une décision administrative ne peut, comme en l'espèce, être déférée au juge qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable, une requête tendant à la suspension de cette décision peut être présentée au juge des référés dès que ce recours préalable obligatoire a été formé, la mesure ordonnée en ce sens valant, au plus tard, jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours présenté par l'intéressé. Le requérant doit toutefois démontrer l'urgence particulière qui justifie la saisine du juge des référés avant même que l'administration ait statué sur le recours introduit devant elle.
3. Pour justifier de la condition d'urgence à suspendre les effets de la décision attaquée, Mme A épouse C, ressortissante marocaine née le 1er juillet 1970, fait valoir, qu'alors que ses futurs employeurs ont obtenu une autorisation de travail le 20 septembre 2023 lui permettant de l'employer en qualité d'aide aux personnes âgées sous contrat à durée indéterminée, une telle décision la prive d'une opportunité professionnelle. D'une part, il ressort des pièces au dossier que si la requérante fait valoir que ses employeurs sont âgés et invalides et lui rappellent régulièrement le besoin urgent qu'ils ont de son assistance quotidienne, cette situation, sans méconnaître les difficultés que connaît actuellement cette profession, et les conséquences qu'elle aurait sur la situation personnelle des futurs employeurs de la requérante, ne sont pas suffisamment corroborées par la seule attestation de la fille de ses futurs employeurs alors qu'au surplus la requérante a attendu le 31 juillet 2024 pour demander son visa, soit plus de dix mois après avoir obtenu son autorisation de travail. D'autre part, pour attester de son expérience Mme A épouse C ne communique qu'une attestation de la société Aklitec faisant valoir qu'elle est employée au sein de cette entreprise depuis le 1er février 2024 en qualité " d'accompagnatrice " et " aide sociale " avec trois bulletins de salaire ainsi que trois attestations de particuliers pour les périodes de janvier 2019 à mai 2020, de juin 2020 à mars 2023 et d'avril à octobre 2023 sans bulletins de salaire correspondants. Dans ces conditions la décision attaquée ne peut être regardée comme portant atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à la situation de la requérante. Dès lors, la condition d'urgence particulière ne peut, en l'état de l'instruction, être regardée comme satisfaite.
4. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, en conséquence, de rejeter les conclusions à fin de suspension de la décision attaquée ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance, selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A épouse C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A épouse C, à Me Sergent et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Fait à Nantes, le 25 février 2025.
Le juge des référés,
P. ROSIER
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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