Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2502661
vendredi 14 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2502661 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 février 2025, M. B A, représenté par Me Béarnais, demande au juge des référés :
1°) sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui indiquer sans délai un lieu susceptible de l'héberger, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au profit de son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il y a urgence à statuer : il est dénué de toute possibilité d'hébergement, est privé de ses droits les plus élémentaires en raison de l'absence de prise en charge au titre de l'hébergement d'urgence. Il est vulnérable en raison de sa pathologie nécessitant des soins quotidiens, un maintien dans des conditions d'hygiène impeccable, et un environnement sain ;
- il est porté atteinte au droit à un hébergement d'urgence. Il tente en vain d'obtenir un hébergement en contactant le 115, sans que ses démarches n'aboutissent ;
- il est porté atteinte au droit à la vie et au droit à la vie privée et familiale protégés par les articles 2 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant géorgien né le 9 juillet 1981, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui indiquer un lieu susceptible de l'héberger.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". L'article L. 522-3 de ce même code prévoit que le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 précise que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".
4. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
5. En l'espèce, afin de justifier d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, M. A fait valoir qu'il se trouve en grandes difficultés, dès lors qu'il est dépourvu de solution d'hébergement, alors que ses sollicitations régulières au 115 sont demeurées sans réponse et que son état de santé est particulièrement précaire. Toutefois, si les pièces versées au dossier démontrent que l'intéressé est atteint de plusieurs pathologies (diabète, hépatite C, fistule mandibulaire), d'ailleurs déclarées dans son pays d'origine avant son arrivée en France en 2023 et pour lesquelles il est traité sur le territoire français, les éléments médicaux les plus récents, à savoir le certificat et les ordonnances des 5 et 7 février 2025, font état de précautions à prendre s'agissant des suites opératoires concernant, non la prise en charge lourde et particulière telle qu'évoquée dans le certificat du 11 décembre 2024 relative à la chirurgie de la fistule mandibulaire, mais celle de la chirurgie d'un membre inférieur, qui, si elle nécessite un suivi post opératoire par un infirmier et un kinésithérapeute, ne permet pas d'attester de la situation d'extrême vulnérabilité du requérant, telle qu'alléguée. Alors par ailleurs que M. A vit en France depuis le mois d'octobre 2023, sans que sa situation vis-à-vis de son hébergement ne soit explicitée et qu'il résulte de l'instruction qu'il n'est pas totalement dépourvu de solutions grâce au soutien d'un réseau amical, la condition d'urgence particulière justifiant que le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures sur une atteinte grave et manifestement illégale qui serait portée par l'administration à une liberté fondamentale ne peut être regardée comme remplie.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait besoin d'accorder au requérant l'aide juridictionnelle à titre provisoire, que la requête de M. A doit être rejetée selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Béarnais.
Copie en sera adressée au préfet de la Vendée.
Fait à Nantes, le 14 février 2025.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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