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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2503823

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2503823

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2503823
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBENVENISTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 28 février 2025 et 26 mai 2026, M. D... C..., représenté par Me Benveniste, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 30 janvier 2025 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré, lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d’un an et l’a informé de son signalement dans le système d’information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente pour le faire ;
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- cette décision est intervenue au terme d’une procédure irrégulière dès lors qu’il n’a pas été mis en mesure, en méconnaissance de l’article L. 813-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d’être assisté d’un avocat relativement à sa situation administrative au cours de sa garde à vue ; le principe du contradictoire protégé par l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne a été méconnu ;
- elle n’a pas été précédée de l’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle procède d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S’agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente pour le faire ;
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- elle n’a pas été précédée de l’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît le 1° et le 3° de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle procède d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S’agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an :
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant refus de délai de départ volontaire la prive de base légale ;
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente pour le faire ;
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- elle n’a pas été précédée de l’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les article L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle procède d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire-Atlantique, qui n’a pas produit de mémoire en défense.

M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 5 mars 2026.

Vu les pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 10 juin 2026 :
- le rapport de Mme Le Barbier, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Benveniste, avocate de M. C..., en présence de ce dernier.


Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant géorgien né le 25 décembre 1995, est régulièrement entré en France le 29 septembre 2021 sous couvert d’un visa de court séjour. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 4 janvier 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile du 19 janvier 2023. Par un arrêté du 30 janvier 2025, le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée d’un an. M. C... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Par une décision du 5 mars 2026, le bureau d’aide juridictionnelle a admis M. C... au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions de la requête tendant à son admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n’y a, dès lors, plus lieu d’y statuer.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français :

En premier lieu, par un arrêté du 14 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 001 du 2 janvier 2025, le préfet de la Loire‑Atlantique a donné délégation au directeur des migrations et de l’intégration et, en cas d’absence ou d’empêchement simultané de celui-ci et de son adjointe, à M. A... B..., chef du bureau du contentieux et de l’éloignement et signataire de la décision en litige, à l’effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire, fixant le pays de destination, assortie ou non d’un délai de départ et d’une interdiction de retour sur le territoire. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur des migrations et de l’intégration et son adjointe n’auraient pas été absents ou empêchés à la date de l’arrêté contesté. Il suit de là que le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’acte attaqué manque en fait et doit donc être écarté.

En deuxième lieu, l’arrêté attaqué vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 8, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, notamment le 1° de son article L. 611-1 et son article
L. 613-1. Il fait également état de la situation personnelle du requérant. Ainsi, cette décision, qui n’a pas à reprendre tous les éléments concernant l’intéressé, comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

En troisième lieu, en vertu de l’article L. 813-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger auquel est notifié un placement en retenue est informé, notamment, du droit d’être assisté par un avocat désigné par lui ou commis d’office par le bâtonnier. Les mesures de retenue prévues par ces dispositions, qui sont uniquement destinées à la vérification du droit de séjour et de circulation de l’étranger pour permettre au procureur de la République, sous le contrôle duquel sont placées ces opérations, de prendre toutes mesures appropriées à cette situation, ne constituent pas une phase de la procédure à la suite de laquelle l’autorité administrative compétente peut statuer sur la situation de l’étranger. Ces mesures, dont il appartient au seul juge judiciaire de connaître, sont donc distinctes de la mesure par laquelle le préfet fait obligation à l’étranger de quitter le territoire français. Ainsi, les conditions dans lesquelles le requérant a été auditionné en application des dispositions de l’article L. 813-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, sont sans incidence sur la légalité de la mesure d’éloignement attaquée. Par suite, M. C... ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions à l’encontre de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français.

En quatrième lieu, aux termes de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l’Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d’être entendue avant qu’une mesure individuelle qui l’affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (...) ». Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne que ces stipulations s’adressent uniquement aux institutions et organes de l’Union européenne. Il s’ensuit que le moyen tiré de leur méconnaissance par une autorité d’un Etat membre doit être regardé comme inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d’être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l’Union européenne. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d’une procédure administrative avant l’adoption de toute décision pouvant affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l’autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d’entendre la personne intéressée lorsque celle-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective.

Il ressort des pièces du dossier que M. C..., en particulier du procès-verbal d’audition produit par le préfet en défense, a, lors de son audition en garde à vue le
30 janvier 2025, été entendu sur sa situation administrative, personnelle et familiale, ainsi que sur la perspective d’une mesure d’éloignement. Par ailleurs, le requérant ne soutient pas qu’il aurait été privé de la possibilité de transmettre au préfet des informations susceptibles de faire obstacle à l’édiction de l’arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d’être entendu doit être écarté.

En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni des autres pièces du dossier que le préfet n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C... avant de prendre les décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, aux termes de l’article France 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit (…) ».

Si M. C... soutient avoir indiqué aux services préfectoraux qu’il travaillait pour des missions intérimaires de chargement/déchargement depuis plusieurs mois, il ne l’établit pas et ne justifie pas qu’il aurait fourni au préfet des éléments d’information en ce sens. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 613‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (…) ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier l’ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.

Il ressort des pièces du dossier que M. C..., entré régulièrement sur le territoire français le 30 septembre 2021 sous couvert d’un visa de court séjour, est marié avec une ressortissante géorgienne, avec laquelle il a eu deux enfants nés en Géorgie, cette dernière faisant également l’objet d’une mesure d’éloignement. Par ailleurs, le requérant ne justifie d’aucune intégration socio-professionnelle particulière en France et ne démontre pas être dépourvu d’attache dans son pays d’origine, dans lequel il a vécu jusqu’à ses vingt-six ans et où réside le reste de sa famille. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. C... est connu des services de police pour conduite d’un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et sous l’empire d’un état alcoolique le 14 novembre 2023. Dans ces conditions, M. C..., n’est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ».

Les circonstances que les enfants de M. C... sont scolarisés en France ne suffisent pas, en l’absence notamment de tout élément laissant supposer que ces enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité en Géorgie, à faire regarder la décision en litige comme méconnaissant leur intérêt supérieur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

En dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 12 du présent jugement, M. C..., qui ne réside en France que depuis 2021, n’établit pas qu’il entretiendrait des liens personnels ou familiaux d’une particulière intensité sur le territoire français. Par suite, il n’est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de celle-ci sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l’encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

En premier lieu, l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas établie, le moyen tiré, par la voie de l’exception, de l’illégalité de cette décision, doit être écarté.

En second lieu, l’article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ». L’article L. 612-2 du même code dispose que : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ». L’article L. 612-3 du même code dispose que : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que M. C... s’est durablement maintenu de manière irrégulière sur le territoire français, n’a pas déféré à une mesure d’éloignement prise à son encontre en 2022, est défavorablement des services de police pour des faits de conduite d’un véhicule en ayant fait usage de stupéfiants et sous l’empire d’un état alcoolique. Par suite, en application des dispositions rappelées au point précédent, le risque de fuite doit être tenu pour établi. Par ailleurs, eu égard à ce qui a été indiqué aux points 12 et 14 du présent jugement et contrairement à ce que soutient l’intéressé, celui-ci ne justifie pas de circonstances particulières empêchant l’édiction d’une telle mesure. Dans ces conditions, le préfet de la
Loire-Atlantique a pu, sans commettre d’erreur d’appréciation, considérer comme établi le risque que le requérant se soustraie à l’obligation de quitter le territoire français qui lui a été faite, et décider par voie de conséquence de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire.

En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 12, 14 et 15 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de celles du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que de l’erreur manifeste d’appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l’encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée d’un an :

En premier lieu, l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant refus de délai de départ volontaire n’étant pas établie, le moyen tiré, par la voie de l’exception, de l’illégalité de ces décisions, doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 612-6 du même code : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ». Enfin, aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (…) ».

Si le préfet, pour décider de prononcer, à l’encontre d’un étranger, une interdiction de retour et fixer sa durée, doit tenir compte de chacun des quatre critères énumérés à l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu’une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie.

Eu égard à ce qui a été dit au point 18 du présent jugement, M. C... n’est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique a entaché sa décision d’une erreur d’appréciation.

En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 12 et 14 du présent jugement, le préfet de la Loire-Atlantique, n’a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C... en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle doivent être écartés pour les mêmes motifs.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l’encontre de la décision fixant le pays de destination :

L’article 3 de la convention européenne des droits de l’Homme et des libertés fondamentales dispose que : « nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. » Aux termes du 3° de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose que : « Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ».

M. C..., qui se borne à soutenir qu’il justifie craindre des persécutions en cas de retour en Géorgie, n’apporte aucun élément permettant d’établir qu’il y serait personnellement et directement exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants, alors que, ainsi qu’il a été dit précédemment, sa demande d’asile a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile du 19 janvier 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. C... doivent être rejetées.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

Le rejet des conclusions à fin d’annulation présentées par M. C... entraîne, par voie de conséquence, celui de ses conclusions relatives aux frais d’instance.




D É C I D E :


Article 1er :
Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. C... tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C... est rejeté.

Article 3 :
Le présent jugement sera notifié à M. D... C..., au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Benveniste.


Délibéré après l’audience du 10 juin 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,
M. Simon, premier conseiller,
Mme Ribac, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.


La présidente-rapporteure,

M. Le Barbier
L’assesseur le plus ancien
dans l’ordre du tableau,

P-E. Simon

La greffière,

A. Chabanne


La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,




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