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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2504454

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2504454

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2504454
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSMATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2025, M. A... D..., représenté par Me Smati, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 27 décembre 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de dix-huit mois ;

2°) d’enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du
10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.



Il soutient que :

S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentale et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

S’agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- elle n’a pas été précédée de l’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

S’agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 611-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2026, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.

M. D... a été admis à l’aide juridictionnelle totale par une décision du 18 février 2026.
Vu les pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Le Barbier, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique du 10 juin 2026.


Considérant ce qui suit :

M. D..., ressortissant somalien né le 2 mai 1975, déclare être entré en France le 10 mai 2015. Il ressort de ses relevés décadactylaires qu’il a déposé une première demande d’asile auprès des autorités espagnoles sous l’identité de M. E... C... né le 17 juin 1977 en Somalie, puis auprès des autorités suédoises sous l’identité de M. F... né le 17 juin 1977 à Tilib en Somalie, puis auprès des autorités françaises sous l’identité de M. G... né le 17 juin 1977 à Bacadweyn en Somalie et du préfet du Calvados sous l’identité de M. E... B... né le 1er mai 1980 à Dahbad en Somalie et enfin, auprès du préfet de Maine-et-Loire sous l’identité de M. A... D..., demande enregistrée le 25 juin 2015 auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par une décision du 29 janvier 2016, le directeur général de l’OFPRA a rejeté sa demande. Par une décision du 15 décembre 2016 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), M. D... a obtenu, sous cette identité, le bénéfice de la protection subsidiaire. Une carte de séjour temporaire d’un an, valable du 5 juin 2018 au 4 juin 2019 et une carte de séjour pluriannuelle valable du 24 juin 2019 au 23 juin 2023, lui ont été délivrées à ce titre. Par une décision du 2 mars 2021, la Cour nationale du droit d’asile a retiré le bénéfice de la protection subsidiaire à M. D.... L’intéressé a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui a été refusée par un arrêté du 27 décembre 2024 du préfet de Maine-et-Loire portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel il est susceptible d’être reconduit d’office et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois. M. D... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne les moyens soulevés à l’encontre de la décision portant refus de titre de séjour :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ». L’article L. 211-5 du même code dispose que : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».

La décision attaquée comporte l’exposé détaillé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi motivée au regard des exigences des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit par suite être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (...) ».

M. D..., qui se prévaut de son entrée en France en 2015 et d’une durée de séjour de neuf ans à la date de la décision attaquée, soutient qu’il est inséré professionnellement sur le territoire. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant n’a travaillé, au cours des années 2018 à 2024, que dans le cadre de contrats de travail à durée déterminée de courte durée et pour de faibles quotités d’emploi. En outre il n’a déclaré à l’administration fiscale que 7 461 euros au titre de l’année 2024. Il ressort par ailleurs également des pièces du dossier que M. D... est marié avec une ressortissante somalienne avec laquelle il a eu sept enfants, son épouse, ses enfants, dont trois sont encore mineurs, ainsi que sa mère, son frère et sa sœur résidant en Somalie. Dans ces conditions, M. D... qui ne justifie pas de liens personnels forts en France, ne peut être regardé comme justifiant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Par suite M. D... n’est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ».

Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement,
M. D..., n’est pas fondé à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire aurait porté une atteinte disproportionnée au droit à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et mentionne de manière suffisamment précise les circonstances de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. D... n’est pas fondé à se prévaloir, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, de l’illégalité de la décision lui refusant la délivrance d’un titre de séjour.

En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, M. D..., n’est pas fondé à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire aurait porté une atteinte disproportionnée au droit à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le moyen soulevé à l’encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire :

Il résulte de ce qui précède que l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n’est pas établie. Ainsi, M. D... n’est pas fondé à exciper de l’illégalité de la décision fixant le délai de départ volontaire. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l’encontre de la décision fixant le pays de destination :

En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas établie, M. D... n’est pas fondé à se prévaloir de l’illégalité de cette décision à l’encontre de celle fixant le pays de destination.

En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de la décision attaquée que le préfet n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.

En dernier lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

M. D... soutient être exposé à des persécutions en cas de retour en Somalie. Toutefois, alors que le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été retiré par la Cour nationale du droit d’asile, le requérant ne produit aucun élément permettant d’établir l’existence de craintes réelles, personnelles et actuelles de traitements contraires à l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l’encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (…) ». L’article L. 612-10 du même code dispose que : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ».

Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

L’interdiction de retour prononcée à l’encontre de M. D... mentionne les dispositions de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont il est fait application, expose avec une précision suffisante les éléments relatifs à la durée et aux conditions de son séjour en France ainsi que ceux attestant de l’examen de la nature et de l’intensité de ses attaches personnelles et familiales en France, et énonce les raisons pour lesquelles le préfet considère que sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l’ordre public. Elle est ainsi suffisamment motivée au regard des principes rappelés au point précédent. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisante motivation de la décision en litige doit être écarté.

En deuxième lieu, l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français n’étant pas démontrée, le moyen tiré de l’illégalité de cette décision, soulevé par voie d’exception à l’encontre de la décision portant interdiction de retour, ne peut qu’être écarté.

En troisième lieu, compte tenu de ce qui est dit aux points 1 et 5 sur les dates et conditions d’entrée et de séjour en France de M. D..., notamment de son comportement et de l’usage de multiples identités, le préfet de Maine-et-Loire n’a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 16 en lui faisant interdiction de retour en France pendant une durée de dix-huit mois. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doivent être écartés.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. D... doivent être rejetées.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

Le rejet des conclusions à fin d’annulation présentées par M. D... entraîne, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et de ses conclusions relatives aux frais d’instance.


D É C I D E :


Article 1er :
La requête de M. D... est rejetée.

Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. A... D..., au préfet de
Maine-et-Loire et à Me Smati.


Délibéré après l’audience du 10 juin 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,
M. Simon, premier conseiller,
Mme Ribac, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026
.
La présidente-rapporteure,

M. Le Barbier
L’assesseur le plus ancien
dans l’ordre du tableau,

P-E. Simon

La greffière,

A. Chabanne


La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,



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