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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2504702

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2504702

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2504702
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOEZEC CARON BOUCHE AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2025, Mme D..., représentée par Me Boezec, demande au tribunal :

1°) d’annuler les décisions du 10 février 2025 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d’office lorsque le délai sera expiré et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de six mois ;

2°) d’enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente pour le faire ;
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation s’agissant du caractère sérieux de ses études ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, en particulier s’agissant de sa santé et de sa scolarité ;

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente pour le faire ;
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente pour le faire ;
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S’agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois :
- l’illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français « et refus de délai de départ volontaire » la prive de base légale ;
- elle « entend reprendre tous les éléments susvisés concernant l’obligation de quitter le territoire français ».

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2026, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par la requérante n’est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique du 10 juin 2026 :
- le rapport de Mme Le Barbier, présidente-rapporteure,
- les observations de Me Tsanga Ndomo, substituant Me Boezec, avocat de la requérante.


Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante gabonaise née en octobre 1999, est entrée en France le 4 novembre 2021, sous couvert d’un visa de long séjour en qualité d’étudiante. Son titre de séjour a régulièrement été renouvelé jusqu’au 14 octobre 2024. Elle a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique le renouvellement de son titre de séjour « étudiant ». Sa demande a été rejetée par un arrêté du 10 février 2025 portant, en outre, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d’office et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois. Mme B... demande au tribunal d’annuler ces décisions du 10 février 2025.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées pour le préfet de la Loire‑Atlantique par M. A... C..., sous-préfet de l’arrondissement de Saint-Nazaire, secrétaire général par intérim de la préfecture. Par arrêté du 17 décembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a chargé M. A... C... des fonctions de secrétaire général de la préfecture par intérim. Par un arrêté du 18 décembre 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire‑Atlantique a donné délégation à M. A... C... à l’effet de signer tous actes, arrêtés et décisions concernant l’administration de l’Etat dans le département de la Loire‑Atlantique, à l’exception de certains actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant obligation de quitter le territoire français, octroi d’un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français. Il en résulte que le moyen tiré de l’incompétence de ce signataire doit être écarté comme manquant en fait.

En second lieu, les décisions attaquées visent les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont le préfet fait application et fait également état d’éléments concernant la situation personnelle de Mme B.... Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de la motivation des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l’encontre de la décision portant refus de titre de séjour :

En premier lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ». Pour l’application de ces dispositions, il appartient à l’administration, saisie d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour présentée en qualité d’étudiant, d’apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

Il ressort des pièces du dossier que Mme B..., inscrite en première année de BTS « Gestion et protection de la nature » pour l’année 2021-2022, puis en première année de BTS « communication » pour l’année 2022-2023, n’a validé aucune de ces deux années de cursus, ayant obtenu des moyennes très faibles, et n’est parvenue à valider que partiellement les modules d’enseignement de la formation de secrétaire assistante médico-sociale dans laquelle elle s’est inscrite en 2024-2025. Par suite, en dépit des troubles du sommeil et des difficultés psychologiques et psychomotrices dont elle est affectée qui, bien qu’ayant pu affecter son parcours d’études, ne peuvent à elles seules justifier les trois échecs subis depuis son entrée sur le territoire français, la requérante n’est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait méconnu les dispositions précitées de l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En second lieu, pour les motifs évoqués au point précédent et alors par ailleurs que la décision attaquée n’a ni pour objet ni pour effet de la priver d’un suivi médical, le moyen tiré erreur manifeste d’appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle doit être écarté, la seule circonstance que la requérante s’est inscrite en candidate libre, quelques jours après la décision attaquée, pour tenter de valider l’examen du titre professionnel de secrétaire assistante médico-sociale, étant sans incidence à cet égard.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n’étant pas établie, le moyen tiré, par la voie de l’exception, de l’illégalité de cette décision doit être écarté.

En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre public et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Eu égard à ce qui a été dit aux points 6 et 7 du présent jugement, Mme B..., qui soutient sans l’établir que des membres de sa famille résident en France et n’établit pas ni même n’allègue qu’elle ne pourrait pas bénéficier d’un suivi médical dans son pays d’origine, n’est pas fondée à soutenir que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu’il aurait entaché sa décision d’une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquence sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l’autre moyen soulevé à l’encontre de la décision fixant le pays de destination :

Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l’autre moyen soulevé à l’encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois :

En premier lieu, l’illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n’étant pas établie, le moyen tiré, par la voie de l’exception, de l’illégalité de ces décisions doit être écarté.

En second lieu, en se bornant à soutenir qu’elle « entend reprendre tous les éléments susvisés concernant l’obligation de quitter le territoire français », la requérante n’assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme B... doivent être rejetées.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

Le rejet des conclusions à fin d’annulation présentées par Mme B... entraîne, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d’injonction et de ses conclusions relatives aux frais d’instance.

D É C I D E :


Article 1er :
La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à Mme D... et au préfet de la Loire-Atlantique.


Délibéré après l’audience du 10 juin 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,
M. Simon, premier conseiller,
Mme Ribac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.



La présidente-rapporteure,






M. Le BarbierL’assesseur le plus ancien
dans l’ordre du tableau,





P-E. Simon

La greffière,





Chabanne
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,





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