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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2609553

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2609553

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2609553
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantCESSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2026, Mme H... D..., représentée par Me Cesse, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 3 avril 2026 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a ordonné son transfert aux autorités portugaises ;

2°) d’annuler la décision d’exécution d’office du transfert ;

3°) d’enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de transmettre sa demande d’asile à l’office français de protection des réfugiés et apatrides, et à défaut, d’enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour, injonction assortie d’une astreinte de 150 euros par jour de retard, en application de l’article L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l’État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros hors taxe sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que l’arrêté contesté :
- est entaché d’incompétence ;
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d’un défaut d’examen particulier ;
- est entaché d’un vice de procédure, au regard des dispositions des articles
L. 141-3 et L. 572-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, des paragraphes 2 et 3 de l’article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, régissant les conditions de notification de la décision et de l’article 20 du règlement CE n° 343/2003 ;
- il n’est pas établi qu’elle a bénéficié d’une information complète sur le relevé Visabio et la décision de transfert dans une langue qu’elle comprend et qu’elle a été en mesure de présenter, en temps utile, des observations relatives à sa situation personnelle au regard de la mise en œuvre du règlement ;
- il est entaché d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 7 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2026, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu’aucun des moyens soulevés par Mme D... n’est fondé.

Mme D... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2026.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dit « C... A... » ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003, modifié par le règlement d’exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Cormier, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de la procédure prévue à l’article L. 921-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Cormier, magistrat désigné, a été entendu à l'audience publique du 25 juin 2026 à 14h.

Les parties n’étant ni présentes ni représentées, la clôture de l’instruction a été prononcée à la suite de l’appel de l’affaire à l’audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D..., ressortissante angolaise, née le 8 juillet 1962 a déclaré être entrée irrégulièrement en France le 28 décembre 2025 et s’y être maintenue sans être munie des documents et visa exigés par les textes en vigueur. Elle s’est présentée à la préfecture de Maine-et-Loire le 6 janvier 2026 afin d’y déposer une demande d’asile. La consultation du fichier Visabio ayant révélé qu’elle était, au moment du dépôt de sa demande d’asile, en possession d’un visa périmé depuis moins de six mois, délivré par les autorités portugaises, ces dernières, saisies le 20 janvier 2026, d’une demande de prise en charge en application du règlement UE n° 604/2013 l’a explicitement acceptée le 17 mars 2026. Par la présente requête, Mme D... demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 3 avril 2026 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a ordonné son transfert aux autorités portugaises, responsables de l’examen de sa demande d’asile.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 5 janvier 2026, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à Mme E... F..., adjointe à la cheffe du pôle régional C... à la préfecture de Maine-et-Loire et signataire de l’arrêté attaqué, à l’effet de signer les décisions d’application du règlement « C... A... » prises à l’égard des ressortissants étrangers, dont les décisions de transfert, en cas d’absence ou d’empêchement de M. B..., directeur de l’immigration et de Mme G..., cheffe du pôle régional C..., dont il n’est pas établi qu’ils n’étaient pas absents ou empêchés à la date des arrêtés en litige. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l’obligation de motivation d’une décision de transfert découle non pas, contrairement à ce que soutient la requérante, de l'article L. 621-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, lequel régit l’édiction des décisions de remise, mais de l’article L. 572-1 du même code aux termes duquel : « (…) Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative (…) ». En outre, les dispositions des articles L.211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration ne sont pas applicables aux relations régissant les rapports entre les étrangers et l’administration en matière de droit au séjour des étrangers, ceux-ci étant entièrement régis par les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

4. Pour l’application des dispositions de l’article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux décisions en litige, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l’État membre responsable de l’examen d’une demande de protection internationale introduite dans l’un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, et qui indique les éléments de fait sur lesquels l’autorité administrative se fonde pour estimer que l’examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d’un autre Etat membre, une telle motivation permettant d’identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

5. En l’espèce, l’arrêté en litige vise le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l’Etat membre responsable de l’examen d’une demande d’asile présentée dans l’un des Etats membres par un ressortissant d’un pays tiers, « et notamment ses articles 7-2 et suivants » compris dans un chapitre A... intitulé « critères de détermination de l’Etat membre responsable » ainsi que l’article 18 relatif aux « obligations de l’Etat membre responsable ». L’arrêté motive la décision de transfert vers le Portugal par le fait que la consultation du fichier Visabio a permis d’établir que la requérante, à la date de sa demande d’asile, était en possession d’un visa délivré par les autorités portugaises et périmé depuis moins de six mois, avant d’ajouter que les autorités portugaises, lesquelles ont explicitement accepté sa prise en charge, « doivent donc être regardées comme étant responsables de la demande d’asile (…) ». Il résulte de ce qui précède que la décision de transfert est suffisamment motivée en droit et en fait. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas de l’arrêté contesté que la situation de la requérante n’aurait pas fait l’objet d’un examen sérieux et particulier. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

7. En quatrième lieu, la violation alléguée des dispositions des articles L.141-3 et L. 572-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, du paragraphe 2 de l’article 26 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de l’article 20 du règlement CE n° 343/2003, en tant qu’elles régissent les conditions de notification de la décision de transfert, ne peut être utilement invoquée contre ces décisions, dès lors qu’elle n’a pas d’incidence sur leur légalité. Le moyen tenant à leur méconnaissance doit donc être écarté.

8. En cinquième lieu, il ressort des pièces produites par le préfet de Maine-et-Loire, et notamment des mentions figurant sur le compte-rendu signé par l’intéressée, que la requérante a bénéficié le 6 janvier 2026, soit avant l’intervention de la décision contestée, de l’entretien individuel prévu par l’article 5 du règlement n° 604/2013, réalisé à la préfecture de Maine-et-Loire en portugais, langue qu’elle a déclaré comprendre, grâce au concours d’un interprète d’AFTCOM interprétariat –organisme agréé par l’administration–, et s’est vue remettre le guide du demandeur d’asile et deux brochures intitulées « J’ai demandé l’asile dans l’Union européenne – quel pays sera responsable de l’analyse de ma demande ? » et « Je suis sous procédure C... – qu’est-ce que cela signifie ? », qui contiennent l’ensemble des informations prescrites par les dispositions de l’article 4 du même règlement, documents, dont la page de garde a été signée par l’intéressée le même jour, rédigée dans cette même langue. Le compte-rendu de cet entretien comporte en page deux les observations et déclarations de la requérante relative à sa situation personnelle et familiale. Par suite, la requérante a bien reçu en temps utile l’ensemble des informations requises par l’article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et a pu, lors de son entretien individuel, faire valoir l’ensemble des éléments utiles relatifs à sa situation. Par suite, les moyens tirés du défaut d’information et du défaut de mise en œuvre de la garantie tenant à ce qu’elle puisse présenter ses observations, que la requérante soulève doivent être écartés.

9. En sixième lieu, en vertu du paragraphe 1 de l’article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, lorsqu’une demande de protection internationale est présentée, un seul Etat, parmi ceux auxquels s’applique ce règlement, est responsable de son examen. Le chapitre A... de ce même règlement comprend les articles 7 à 15 qui fixent, de manière hiérarchisée, les critères de détermination de l’Etat membre responsable de l’examen d’une demande d’asile. Selon le paragraphe 2 de l’article 7, cette détermination s’effectue sur la base de la situation existante au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d’un État membre.

10. Pour désigner le Portugal, comme l’État membre responsable de l’examen de la demande d’asile introduite en France par Mme D..., le préfet de Maine-et-Loire a relevé, après la consultation du fichier Visabio dont le relevé est produit en défense, que le visa qui lui a été délivré par les autorités de cet Etat était expiré depuis moins de six mois à la date d’introduction de cette demande d’asile. La mise en œuvre de ce critère n’est pas conditionnée à l’entrée effective de l’intéressée sur le territoire de l’Etat dont les autorités lui ont délivré le visa. La requérante n’étaye ses allégations suivant laquelle elle aurait pu relever d’un critère hiérarchiquement supérieur à celui retenu par le préfet de Maine-et-Loire d’aucun commencement de justification de nature à la rendre sérieuse. Par suite, les moyens tirés de l’erreur de droit et de l’erreur manifeste d’appréciation qu’aurait commises le préfet de Maine-et-Loire au regard des dispositions de l’article 7 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne sont pas fondés.

11. En septième lieu, en application de l’article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : « 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l’un quelconque d’entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre A... désignent comme responsable. / 2. (…) / Lorsqu’il est impossible de transférer un demandeur vers l’État membre initialement désigné comme responsable parce qu’il y a de sérieuses raisons de croire qu’il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d’asile et les conditions d’accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l’article 4 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, l’État membre procédant à la détermination de l’État membre responsable poursuit l’examen des critères énoncés au chapitre A... afin d’établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable./ (…) ». L’application de ces critères peut toutefois être écartée en vertu de l’article 17 du même règlement, aux termes duquel : « 1. Par dérogation à l’article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d’examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L’État membre qui décide d’examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l’État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité (…) ».

12. Il résulte de ces dispositions que si le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 prévoit en principe qu’une demande d’asile est examinée par un seul État membre et que cet État est déterminé par application des critères fixés par son chapitre A..., dans l’ordre énoncé par ce chapitre, l’application des critères d’examen des demandes d’asile est toutefois écartée en cas de mise en œuvre, soit de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l’article 17 du règlement, qui procède d’une décision prise unilatéralement par un État membre, soit de la clause humanitaire définie par le paragraphe 2 de ce même article 17 du règlement. Cette faculté laissée à chaque État membre par l’article 17 de ce règlement est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d’asile.

13. D’une part, la requérante soutient qu’elle souffre de problèmes de santé notamment d’ordre pulmonaire, respiratoire et oculaire. Si Mme D... justifie en ce sens avoir bénéficié de plusieurs interventions chirurgicales d’un œil, elle n’apporte aucune information quant à la nécessité de bénéficier de nouveaux soins, qui ne pourraient pas être effectués au Portugal, alors que cet Etat a explicitement accepté sa prise en charge, ou dans tout autre pays où elle est légalement admissible. Par suite, Mme D... n’établit pas qu’elle serait dans un état de vulnérabilité faisant obstacle à son transfert aux autorités portugaises. Elle ne démontre pas ainsi qu’elle se trouverait, pour l’application des règles déterminant l’Etat responsable de l’instruction de sa demande d’asile, dans une situation de vulnérabilité exceptionnelle imposant d’instruire sa demande d’asile en France en dépit de la compétence du Portugal.

14. D’autre part, si Mme D... soutient que le Portugal se trouve dans une situation de défaillances systémiques, elle ne l’établit pas par les pièces qu’elle produit, et notamment par la production d’un article publié sur le site internet « Portugal.fr ». Ainsi, elle n’établit pas que sa propre demande d’asile serait exposée à un risque sérieux de ne pas être traitée par les autorités portugaises dans des conditions conformes à l’ensemble des garanties exigées par le respect du droit d’asile, alors que le Portugal est un Etat membre de l’Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu’à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, la requérante n’est pas fondée à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire a entaché sa décision d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.

15. En huitième et dernier lieu, en se bornant à faire valoir qu’elle est venue en France « afin d’échapper aux traumatismes qu’elle a vécu dans son pays d’origine », la requérante n’établit pas que le préfet de Maine-et-Loire aurait méconnu les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entaché sa décision d’une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D... ne peut qu’être rejetée dans toutes ses conclusions.


D E C I D E :



Article 1er : La requête Mme D... est rejetée.


Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H... D..., au ministre de l’intérieur et à Me François Cesse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.

Copie du présent jugement sera transmise au préfet de Maine-et-Loire.


Le magistrat désigné,

R. Cormier
La greffière,

J. Martin


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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