Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 mai 2026 et le 18 juin 2026, M. A... C..., représenté par Me Prelaud, demande au tribunal :
1°) de l’admettre à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler l’arrêté du 15 janvier 2026, notifié le 3 février 2026, par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois ;
3°) d’enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d’un mois à compter de la date de notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d’un mois à compter de la date de notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail, dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros hors taxe, à verser à son conseil, sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- son édiction n’a pas été précédée d’un examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’un vice de procédure au regard des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors que, d’une part, il n’est pas établi que l’avis du collège des médecins de l’office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) ait été sollicité et rendu dans des conditions régulières, d’autre part, cet avis aurait dû lui être communiqué dès la notification de l’arrêté en litige ;
- elle est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- son édiction n’a pas été précédée d’un examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 612-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2026, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Sarda, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de la procédure prévue à l’article L. 921-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 18 juin 2026 :
- le rapport de M. Sarda, magistrat désigné, qui informe les parties, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, d’une part, que les conclusions de la requête tendant à l’annulation de la décision portant refus de titre de séjour, ainsi que les conclusions accessoires afférentes à cette décision, sont susceptibles de ne pas relever de la compétence du magistrat désigné pour statuer sur les litiges relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjours des étrangers et du droit d'asile et d’être renvoyées à une formation collégiale, d’autre part, que le jugement à intervenir est susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en raison de leur tardiveté,
- les observations de Me Prelaud, avocate de M. C...,
- et les observations de M. C..., assisté de Mme B..., interprète assermentée,
- le préfet de la Loire-Atlantique n’étant ni présent ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Une note en délibéré a été présentée pour M. C..., le 18 juin 2026 à 16h43, et n’a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... C..., ressortissant géorgien, né le 25 août 1985, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 15 janvier 2026 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ».
3. En raison de l’urgence, il y a lieu d’admettre, à titre provisoire, M. C... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur l’étendue du litige :
4. Aux termes de l’article L. 614-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 911-1. ». Aux termes de l’article L. 614-2 de ce code : « Par dérogation à l'article L. 614-1, lorsque l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 731-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. / Lorsque l'étranger est placé en rétention administrative, ces décisions peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-2. ». Aux termes de l’article L. 614-3 du même code : « Par dérogation à l'article L. 614-1, lorsque l'étranger est détenu, la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. / (…) ». Aux termes de l’article L. 614-4 de ce code : « L'interdiction de retour sur le territoire français édictée en application de l'article L. 612-7 après la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être contestée devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1 ou, lorsque l'étranger est placé en rétention administrative, selon la procédure prévue à l'article L. 921-2. (…) ». Aux termes de l’article L. 911-1 de ce code : « Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision. Sous réserve des troisième et avant-dernier alinéas du présent article, il statue dans un délai de six mois à compter de l'introduction du recours. (…) / Si, en cours d'instance, l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 731-1, le tribunal administratif statue dans un délai de quinze jours à compter de la date à laquelle cette décision lui est notifiée par l'autorité administrative. / Si, en cours d'instance, l'étranger est placé en rétention administrative, le tribunal administratif statue dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la date à laquelle cette décision lui est notifiée par l'autorité administrative. / Dans les cas prévus aux troisième et avant-dernier alinéas du présent article, l'affaire est jugée dans les conditions prévues au chapitre II du titre II du présent livre. ». Aux termes de l’article L. 921-1 du même code : « Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l'article L. 921-4, il statue dans un délai de quinze jours à compter de l'introduction du recours ».
5. Le préfet de la Loire-Atlantique a pris, à l’encontre de M. C..., dont la demande d’asile a été définitivement rejetée, une décision en date du 7 août 2024 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, à laquelle il n’a pas déféré. L’intéressé a présenté, à une date indéterminée, une demande de titre de séjour sur le fondement de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C... fasse l’objet d’une mesure d’assignation à résidence, d’un placement en rétention administrative ou en détention. En outre, la décision contestée, relative au séjour de M. C..., n’accompagne pas une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, les conclusions à fin d’annulation de sa requête dirigées contre la décision du 15 janvier 2026 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour relèvent de la compétence d’une formation collégiale. Il y a donc lieu de renvoyer à une formation collégiale les conclusions de M. C... tendant à l’annulation de la décision portant refus de titre de séjour, ainsi que les conclusions accessoires afférentes à cette décision.
Sur la légalité de l’arrêté du 15 janvier 2026 en tant qu’il prononce une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois :
6. D’une part, aux termes de l’article L. 614-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, précité au point 3 du présent jugement, l'interdiction de retour sur le territoire français édictée en application de l'article L. 612-7 du même code, après la décision portant obligation de quitter le territoire français, peut être contestée devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1 ou, lorsque l'étranger est placé en rétention administrative, selon la procédure prévue à l'article L. 921-2. L’article L. 921-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose que lorsqu'une disposition de ce code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. Par ailleurs, lorsque les mentions relatives au délai de recours contre une décision administrative figurant dans la notification de cette décision sont erronées, elles doivent être regardées comme seules opposables au destinataire de la décision lorsqu’elles conduisent à indiquer un délai plus long que celui qui résulterait des dispositions normalement applicables.
7. D’autre part, aux termes de l’article R. 921-3 du même code : « Les délais de recours de sept jours et quarante-huit heures respectivement prévus aux articles L. 921-1 et L. 921-2 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. ».
8. L’arrêté du 15 janvier 2026 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a prononcé à l’encontre de M. C... une interdiction de retour sur le territoire français lui a été notifié, avec mention des voies et délais de recours, le 3 février 2026, selon ses propres dires. D’une part, si cet arrêté mentionne à tort un délai de recours contentieux d’un mois, alors que le délai de recours contentieux contre une décision portant interdiction de retour édictée après une décision portant obligation de quitter le territoire français est de sept jours en application des dispositions rappelées au point 4 du présent jugement, cette mention erronée, qui conduit à indiquer un délai plus long que celui normalement applicable, a uniquement eu pour effet de prolonger le délai de recours contentieux jusqu’à l’expiration de ce délai d’un mois. D’autre part, ce délai de recours, qui s’applique à une décision d’interdiction de retour sur le territoire français édictée sur le fondement de l’article L. 612-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, pouvant être contestée selon la procédure prévue à l'article L. 921-1 de ce code, n’est susceptible d’aucune prorogation en application des dispositions précitées de l’article R. 921-3 du même code, pas même en cas d’introduction d’une demande d’aide juridictionnelle. Le recours de M. C... dirigé contre cette interdiction de retour sur le territoire français n’ayant été formé que le 20 mai 2026, il a été présenté tardivement et ce quand bien même l’intéressé a introduit une demande d’aide juridictionnelle le 27 février 2026. Il est, par suite, irrecevable et ne peut qu’être rejeté.
D E C I D E :
Article 1er : M. C... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions de la requête de M. C... tendant à l’annulation de l’arrêté du 15 janvier 2026 en tant qu’il porte refus de délivrance d’un titre de séjour et les conclusions accessoires afférentes sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C..., à Me Prelaud et au préfet de la Loire-Atlantique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
Le magistrat désigné,
M. Sarda
La greffière,
L. Lécuyer
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,