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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2611828

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2611828

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2611828
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPIC-BLANCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 4 et 21 juin 2026, Mme F... et M. A... D..., représentés par Me Pic-Blanchard, demandent au juge des référés :

1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France (CRRV) a rejeté le recours formé le 17 mars 2026 contre la décision de l’ambassade de France à Conakry (Guinée) du 17 février 2026 refusant de délivrer un visa de long séjour à Mme D... en qualité d’enfant étranger majeure à charge de ressortissant français ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur, à titre principal, de délivrer à Mme D... un visa de long séjour dans un délai de quarante-huit heures à compter de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 800 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- la condition d’urgence est satisfaite ; la décision en litige a pour effet de prolonger la durée de séparation familiale, alors que M. D... a rejoint le territoire français en 2007 et que les deux frères de Mme D... y vivent depuis 2016 et 2022 ; Mme D... est isolée en Guinée, où elle vit dans des conditions précaires chez son beau-père, dans un climat de maltraitance et de violence ; la reconstitution de la cellule familiale n’est possible qu’en France ; M. D... a maintenu des liens réguliers et constants avec sa fille ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision consulaire dont il n’est pas établi qu’elle ait été signée par une autorité compétente ;
* elle est insuffisamment motivée ;
* elle est entachée d’une erreur d’appréciation quant à l’authenticité des actes d’état civil produits ; l’identité de Mme D... et son lien de filiation avec M. D... sont établis par les documents d’état civil produits ; ces documents sont corroborés par des éléments de possession d’état ;
* elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2026, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie :
- aucun des moyens invoqués n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 4 juin 2026 sous le numéro 2611798 par laquelle Mme D... et M. D... demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Danet, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 22 juin 2026 à 9h30 :
- le rapport de M. Danet, juge des référés,
- les observations de Me Pic-Blanchard, avocate de M. et Mme D... ;
- et les observations du représentant du ministre de l’intérieur.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».

2. La condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.

3. M. D... a acquis la nationalité française par déclaration souscrite le 11 décembre 2012 sur le fondement de l’article 21-2 du code civil. Sa fille alléguée, Mme F..., ressortissante guinéenne née le 5 mai 2007 et issue de sa relation avec Mme E... C..., a présenté une demande de visa d’entrée et de long séjour en qualité d’enfant étranger de ressortissant français le 12 février 2026, auprès de l’ambassade de France à Conakry. Par une décision du 17 février 2026, cette autorité a rejeté cette demande. A l’appui de leur demande de suspension de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable obligatoire formé devant elle le 17 mars 2026, et pour établir l’urgence, les requérants font valoir que la décision en litige a pour effet de prolonger la durée de séparation familiale, alors que les deux frères de la demanderesse vivent en France depuis plusieurs années, que cette dernière est isolée en Guinée, où elle vit dans des conditions précaires chez son beau-père, dans un climat de maltraitance et de violence. Toutefois, il résulte de l’instruction que Mme D... a toujours vécu depuis sa naissance, en 2007, auprès de sa mère et il n’est pas établi, par les seules pièces produites, que M. D... entretiendrait avec sa fille alléguée des liens particulièrement étroits et suivis depuis son départ de la Guinée en avril 2007 ni qu’il pourvoirait régulièrement à ses besoins. Par ailleurs, il n’est pas davantage établi, en l’état de l’instruction, que la demanderesse, désormais majeure, se trouverait dans une situation de particulière vulnérabilité en Guinée ni qu’elle ne pourrait bénéficier de la protection et du soutien de son autre parent vivant avec elle dans ce pays. Au surplus, il n’est pas démontré l’impossibilité pour M. D... de se rendre en Guinée. Dans ces circonstances, la décision attaquée ne peut être regardée comme préjudiciant de manière grave et immédiate à la situation des requérants et justifiant qu’il soit ordonné une mesure de suspension sans attendre l’issue du recours au fond. Dès lors, la condition d’urgence prévue par l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée, en l’espèce, comme satisfaite.

4. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D... et de M. D... doit être rejetée en toutes ses conclusions.




O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D... et de M. D... est rejetée.


Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F..., à M. A... D... et au ministre de l’intérieur.

Fait à Nantes, le 1er juillet 2026.

Le juge des référés,




J. Danet

La greffière,




J. Dionis

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,


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