Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 juin 2026, Mme B... (fredo) A..., représentée par Me Renaud, demande au juge des référés :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de la convoquer en préfecture et de lui proposer toute autre alternative à la procédure dématérialisée afin de procéder au changement de son adresse figurant sur sa carte de résident, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d’enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l’urgence est caractérisée dès lors qu’elle tente sans succès et depuis un temps anormalement long d’effectuer le changement de l’adresse figurant sur sa carte de résident à l’aide du téléservice Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) ; elle est confrontée à un blocage administratif qui la place dans une situation de grande souffrance et de précarité et qui porte atteinte à ses droits fondamentaux ; rien ne s’oppose à ce qu’elle obtienne un rendez-vous physique pour procéder à son changement d’adresse ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité la décision attaquée :
* le silence opposé par les services préfectoraux sur sa demande de rendez-vous physique a fait naître une décision implicite de rejet ;
* il appartient à l’administration de permettre à l’étranger ayant changé d’adresse et rencontrant un obstacle persistant sur le téléservice ANEF de lui accorder un rendez-vous physique pour pouvoir effectuer ses démarches ;
* les services préfectoraux ont l’obligation de mettre en œuvre une procédure alternative au dépôt dématérialisé de sa demande de changement d’adresse, notamment lorsque le téléservice ANEG rencontre un blocage ;
* le délai pris par la préfecture pour lui accorder un rendez-vous physique n’est pas raisonnable et emporte de lourdes conséquences sur sa situation et sur ses droits ;
* la décision en litige est illégale en ce qu’elle méconnaît les dispositions de l’article 1er de l’arrêté du 27 avril 2021 pris pour l’application de l’article R. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que les dispositions des articles 2 et 4 de l’arrêté du 1er août 2023 pris pour l'application de ce même article R. 431-2 et en ce qu’elle porte une atteinte disproportionnée à des droits.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 13 mars 2026 sous le numéro 2605404 par laquelle Mme A... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- l’arrêté du 27 avril 2021 pris pour l’application de l’article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s’effectue au moyen d’un téléservice ;
- l’arrêté du 1er août 2023 pris pour l'application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixant les modalités d'accueil et d'accompagnement et les conditions de recours à la solution de substitution des usagers du téléservice « ANEF » ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Sarda, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B... (fredo) A..., ressortissante comorienne, née le 13 septembre 2001, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de la convoquer en préfecture et de lui proposer toute autre alternative à la procédure dématérialisée afin de procéder au changement de son adresse figurant sur sa carte de résident, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
2. D’une part, aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». Aux termes de l’article L. 522-1 du même code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (...). ». Aux termes de l’article L. 522-3 de ce code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1. ».
3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d’un acte administratif, d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire.
4. D’autre part, aux termes de l’article L. 424-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. ». Aux termes de l’article R. 431-23 du même code : « Tout étranger, séjournant en France et titulaire d’un titre de séjour d'une durée supérieure à un an, est tenu, lorsqu’il transfère le lieu de sa résidence effective et permanente, d’en faire la déclaration, dans les trois mois de son arrivée, à l’autorité administrative territorialement compétente ».
5. Enfin, aux termes de l’article R. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La demande d’un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l’immigration s’effectue au moyen d’un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté […]. / Les personnes qui ne sont pas en mesure d’effectuer elles-mêmes le dépôt en ligne de leur demande bénéficient d’un accueil et d’un accompagnement leur permettant d’accomplir cette formalité. / En outre, une solution de substitution, prenant la forme d’un accueil physique permettant l’enregistrement de la demande, est mise en place pour l’étranger qui, ayant accompli toutes les diligences qui lui incombent, notamment en ayant fait appel au dispositif d’accueil et d’accompagnement prévu à l’alinéa précédent, se trouve dans l’impossibilité constatée d’utiliser le téléservice pour des raisons tenant à la conception ou au mode de fonctionnement de celui-ci. / Le ministre chargé de l’immigration fixe par arrêté les modalités de l’accueil et de l’accompagnement mentionnés au deuxième alinéa ainsi que les conditions de recours et modalités de mise en œuvre de la solution de substitution prévue au troisième alinéa. ».
Aux termes de l’article 1er de l’arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l’article R. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sont effectuées au moyen du téléservice mentionné à l’article R. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : (…) 4° À compter du 13 septembre 2021, (…) les demandes de changement d’adresse (…) ». Et aux termes de l’article 2 de l’arrêté du 1er août 2023 susvisé : « L'accompagnement des personnes rencontrant des difficultés dans le cadre du dépôt en ligne de leurs demandes de titre de séjour repose : - sur une assistance téléphonique et un formulaire de contact ; et - sur un accueil physique. L'assistance téléphonique ou via un formulaire de contact est mise en œuvre par le « centre de contact citoyens » de l'Agence nationale des titres sécurisés. Le centre de contact citoyens est joignable via un numéro téléphonique dédié et gratuit. Ses téléconseillers assistent l'usager dans le dépôt de sa demande, le renseignent sur le suivi de son dossier, identifient les anomalies et les transmettent à la direction générale des étrangers en France. Ils assurent également un rôle de relais vers les usagers bloqués pour lesquels une solution a été trouvée à la suite du signalement. L'accueil physique est pris en charge par les points d'accueil numérique installés dans les préfectures et les sous-préfectures disposant d'un service chargé des étrangers. Ces points d'accueil numérique assurent l'accompagnement numérique au dépôt des demandes de titres de séjour ». Selon l’article 4 de ce même arrêté : « La solution de substitution mentionnée à l’article R. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile est réservée aux usagers n’ayant pu déposer leur demande via le téléservice mentionné au même article malgré leur recours au dispositif d’accueil et d’accompagnement décrit à l’article 2 du présent arrêté. Les modalités de mise en œuvre de cette solution de substitution sont fixées par le présent arrêté. / Le dossier n’est recevable que si l’usager est invité par la préfecture territorialement compétente à bénéficier de la solution de substitution, après constat de l’impossibilité technique du dépôt de sa demande via le téléservice. Par exception, l’usager peut bénéficier de la solution de substitution s’il produit, à l’appui de sa demande, un document du centre de contact citoyens attestant de l’impossibilité de déposer sa demande en ligne. / La demande de titre est alors effectuée auprès de la préfecture ou d’une sous-préfecture du département de résidence, ou, à Paris, de la préfecture de police de Paris. Un rendez-vous physique individuel est systématiquement proposé à l’étranger autorisé à déposer sa demande de titre selon cette modalité. Les modalités de prise de rendez-vous, qui comprennent au moins deux vecteurs, dont l’un n'est pas numérique, sont déterminées par le préfet. / Le préfet peut également prévoir, si l’étranger en fait la demande, le recours à un dépôt par voie postale ou par une adresse électronique destinée à recevoir les envois du public. ».
6. Il résulte des dispositions précitées, d’une part, que tout étranger, séjournant en France et titulaire d’un titre de séjour d'une durée supérieure à un an, est tenu, lorsqu’il transfère le lieu de sa résidence effective et permanente, d’en faire la déclaration, dans les trois mois de son arrivée, à l’autorité administrative territorialement compétente, d’autre part, que les demandes de changement d’adresse doivent être présentées au moyen du téléservice Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) et que la solution de substitution prévue au 3ème alinéa de l’article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile consistant à déposer une telle demande auprès d’une préfecture lors d’un rendez-vous fixé à cette fin ne peut être mise en œuvre, en cas d’impossibilité technique constatée d’utilisation de ce téléservice, qu’à condition que l’intéressé ait préalablement recouru au dispositif d’accompagnement prévu à l’article 2 de l’arrêté du 1er août 2023 et décrit à l’article 4 de ce même arrêté en saisissant d’abord le centre de contact citoyens et en produisant un document attestant de l’impossibilité de déposer sa demande en ligne.
7. Pour justifier de l’urgence qui s’attache à la suspension de l’exécution de la décision en litige, Mme B... (fredo) A... fait valoir qu’elle tente sans succès et depuis un temps anormalement long d’effectuer le changement de l’adresse figurant sur sa carte de résident à l’aide du téléservice ANEF. Elle indique, en outre, qu’elle se trouve, en raison de l’impossibilité de procéder à ce changement d’adresse, dans une situation de souffrance, notamment sur le plan psychologique, et de grande précarité. Elle ajoute que le refus opposé par l’administration de lui accorder un rendez-vous physique pour réaliser cette démarche de changement d’adresse porte une atteinte grave et immédiate à ses droits fondamentaux.
8. Mme A... a obtenu le statut de réfugié par une décision du 31 mai 2021 rendue par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. L’intéressée est titulaire d’une carte de résident, délivrée par la préfecture de Mayotte, valable jusqu’au 31 mars 2032. Après avoir élu domicile à Nantes, la requérante a sollicité, sans succès, son changement d’adresse à l’aide du téléservice ANEF. Elle demande au juge des référés de suspendre l’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de la convoquer en préfecture et de lui proposer toute autre alternative à la procédure dématérialisée afin de procéder au changement de l’adresse figurant sur sa carte de résident.
9. Toutefois, d’une part, il résulte de l’instruction que Mme A..., qui indique être entrée en France métropolitaine au mois d’avril 2025 et être domiciliée à Nantes chez sa tante à compter de cette date puis, à compter du 17 juin 2025, au centre communal d’action sociale de Nantes, n’a engagé des démarches en vue de son changement d’adresse que le 27 août 2025. D’autre part, si la requérante justifie, après s’être trouvée dans l’impossibilité de réaliser son changement d’adresse via le téléservice ANEF, avoir contacté le « centre de contact citoyens » (CCC) de l'Agence nationale des titres sécurisé, ce dernier lui a indiqué qu’il lui revenait de produire, afin de vérifier sa demande, des informations et pièces complémentaires. Or, si Mme A... verse aux débats un relevé de ses démarches effectuées auprès de l’administration, rédigé par une association d’insertion sociale, qui affirme que l’ensemble des pièces demandées par le CCC lui ont été transmises par courriel le 29 août 2025, ce seul document, en l’absence de production dudit courriel du 29 août 2025, ne suffit pas à établir qu’elle aurait effectivement fourni l’intégralité des informations et pièces sollicitées par ce centre de contact. Elle ne peut donc être regardée comme n’ayant pu déposer sa demande via le téléservice ANEF malgré son recours au dispositif d’accueil et d’accompagnement prévu par les dispositions précitées au point 5 de la présente ordonnance. Au surplus, la requérante ne produit aucun document émis par le CCC constatant l’impossibilité technique du dépôt de sa demande de changement d’adresse via le téléservice ANEF, lui permettant de bénéficier, par exception, à bref délai, de la solution de substitution, prévue à l’article R. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Enfin, si Mme A... produit une attestation établie à sa demande le 22 mai 2026 par une psychologue clinicienne mentionnant que « (la) paralysie de son statut administratif l’empêche de se poser dans le soin comme dans sa nouvelle vie et le met ainsi en danger » et qu’un « risque de passage à l’acte n’est pas à exclure », ce seul document ne suffit pas à démontrer que l’exécution de la décision en litige porte en elle-même une atteinte grave et immédiate à situation, alors que cette même attestation mentionne également que, si l’état de santé psychique de l’intéressée est « très fragile », cela résulte de son « histoire traumatique » et de « ses questions de constructions identitaires ». Dans ces conditions, pour regrettable que soit la situation dans laquelle se trouve Mme A..., la condition d’urgence telle qu’elle est prévue par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne saurait être regardée comme remplie.
10. Par suite, sans qu’il y ait lieu d’accorder à Mme A... l’aide juridictionnelle à titre provisoire, sa requête ne peut qu’être rejetée, en toutes ses conclusions, en application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : Mme A... n’est pas admise, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... (fredo) A... et à Me Renaud.
Fait à Nantes, le 1er juillet 2026.
Le juge des référés,
M. Sarda
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,