Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juin 2026, M. D... B... et Mme C... A..., représentés par Me Leudet, demandent au juge des référés :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France rejetant le recours dirigé contre la décision de l’ambassade de France à Téhéran (Iran) du 10 août 2025 refusant à Mme C... A... la délivrance d’un visa au titre de la réunification familiale ;
2°) d’enjoindre à l’administration de réexaminer la demande de visa litigieuse dans les 15 jours suivant la notification de l’ordonnance à intervenir sous astreinte de 300 € par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la condition d’urgence est satisfaite eu égard à la durée de séparation familiale que la décision en litige a pour effet de prolonger alors qu’ils sont mariés depuis dix ans ; le délai écoulé entre l’octroi de la protection internationale et le dépôt de la demande de visa s’explique par la nécessité pour le réunifiant de disposer de conditions de logement adaptées ; la situation de la demanderesse, isolée en Iran, est particulièrement précaire, aggravée par le contexte sécuritaire depuis le début de la guerre le 28 février 2026 ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le recours formé auprès de la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France le 4 septembre 2025.
Vu la requête en annulation.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Vu l’ordonnance n° 2600326 du 15 janvier 2026.
Le président du tribunal a désigné M. Danet, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (...) ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans instruction ni audience.
2. La condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.
3. M. B..., ressortissant afghan né le 20 février 1993, est entré sur le territoire français après avoir quitté l’Iran en 2020. Il s’est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 10 novembre 2021. Sa compagne alléguée, Mme C... A..., a déposé une demande de visa d’entrée et de long séjour au titre de la réunification familiale le 28 avril 2025 auprès de l’ambassade de France à Téhéran, laquelle a rejeté sa demande par une décision du 10 août 2025. Saisi le 4 septembre 2025, la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a implicitement confirmé cette décision à l’expiration d’un délai de deux mois en application de l’article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Par une ordonnance n° 2600326 du 15 janvier 2026, le juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative et par application de l’article L. 522-3 du même code, a jugé que cette demande ne présentait pas de caractère d’urgence aux motifs que, M. B... avait pu rendre récemment visite à son épouse, que la démarche de réunification n’avait été engagée qu’en 2025 alors que M. B... avait obtenu le bénéfice de la protection internationale le 10 novembre 2021 et qu’il n’était pas établi que les conditions de vie de Mme A... étaient particulièrement précaires ou que sa vie ou son intégrité physique y étaient menacées de manière réelle, personnelle et actuelle. Dans le cadre de la présente instance, les requérants ne se prévalent d'aucune circonstance nouvelle de nature à remettre en cause cette appréciation. À cet égard, la circonstance que M. B... ait dû préalablement stabiliser sa situation matérielle en France ne saurait, à elle seule, être regardée comme justifiant le délai de près de trois ans et demi séparant la date de reconnaissance de son statut de réfugié et celle du dépôt de la demande de visa litigieuse. Par ailleurs, si les requérants invoquent la dégradation de la situation sécuritaire en Iran depuis le déclenchement, le 28 février 2026, du conflit armé international impliquant cet État, ainsi que les difficultés de communication qui en résulteraient, ils n'apportent aucun élément circonstancié relatif aux conditions concrètes d'existence de Mme A... ni aux conséquences que cette situation serait susceptible d'avoir sur sa situation personnelle. En particulier, ils n'établissent pas que sa présence en Iran, où elle réside depuis au moins dix ans, l'exposerait désormais à des risques réels, personnels et actuels pour sa vie ou son intégrité physique. Enfin, alors même qu'ils soutiennent être mariés religieusement depuis 2015, les requérants ne produisent aucun élément de nature à démontrer l'existence d'une communauté de vie stable et continue antérieure au départ de M. B... pour la France en 2020. Dans ces conditions, la décision contestée ne peut être regardée comme portant à leur situation une atteinte suffisamment grave et immédiate pour caractériser une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Dès lors, et en l'absence de toute circonstance particulière, la condition d'urgence ne peut être regardée comme satisfaite. Par suite il y a lieu de faire application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête de M. B... et de Mme A... en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... et de Mme A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D... B... et à Mme C... A....
Copie sera adressée au ministre de l'intérieur.
Fait à Nantes, le 1er juillet 2026.
Le juge des référés,
J. Danet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,