Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2613843

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2613843
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juillet 2026, le préfet de la Vendée demande à la juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre à Mme B... A... et à tous occupants de son chef du logement dédié aux demandeurs d’asile situé au 49 rue du Moulin Famine à Fontenay-le-Comte de libérer ces lieux sans délai ;

2°) de l’autoriser à recourir à la force publique pour procéder à cette évacuation ;

3°) de l’autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d’accueil de demandeurs d’asile afin de débarrasser le logement des biens meubles qui s’y trouvent, aux frais et risques de Mme A... et de tous les occupants du logement, à défaut pour eux d’avoir emporté ces biens meubles.

Il soutient que :
- sa requête ne se heurte à aucune contestation sérieuse ; en application de l’article L. 551-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le contrat de séjour conclu entre Mme A... et le gestionnaire du centre d’accueil de demandeurs d’asile a pris fin au terme du mois au cours duquel le droit de Mme A... à se maintenir sur le territoire français a cessé, soit le 31 mars 2026, dès lors que sa demande d’asile a été rejetée le 27 février 2026 ; l’association AREAMS a remis à Mme A..., le 20 mars 2026, la décision portant fin de prise en charge et sortie du logement, fixée au 31 mars 2026, et a constaté, les 15 avril et 28 mai 2026, qu’elle occupait toujours le logement concerné ;
- sa requête présente un caractère d’urgence et d’utilité ; en mars 2026, 17 demandeurs d’asile et leurs enfants attendaient un hébergement dans le département de la Vendée ; les personnes qui se maintiennent dans un logement réservé aux demandeurs d’asile alors qu’elle n’y ont plus droit compromettent le fonctionnement normal du service public de l’hébergement des demandeurs d’asile ; Mme A... ne justifie d’aucune circonstance exceptionnelle de nature à lui permettre de continuer à occuper un logement pour demandeur d’asile ; à sa sortie, elle pourra bénéficier d’un hébergement d’urgence en application de l’article L. 345-2-2 du code de l’action sociale et des familles.

La requête a été communiquée à Mme A..., qui n’a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pétri comme juge des référés sur le fondement de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Pétri, juge des référés, a été entendu au cours de l’audience publique du 27 juillet 2026.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, le préfet de la Vendée demande à la juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre à Mme A... et à tous occupants de son chef du logement réservé aux demandeurs d’asile, situé au 49 rue du Moulin Famine à Fontenay-le-Comte, de libérer ces lieux sans délai.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D’une part, aux termes de l’article L. 552-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen. » L’article L. 551-11 du même code dispose que : « L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. » L’article L. 552-15 de ce code dispose que : « Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / (…) La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. »

3. D’autre part, aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. »

4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d’une demande tendant à ce que soit ordonnée l’expulsion d’un lieu d’hébergement pour demandeurs d’asile d’une demandeuse d’asile dont la demande a été définitivement rejetée, la juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d’expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d’urgence et d’utilité.

5. En premier lieu, Mme A..., ressortissante nigériane née le 10 octobre 1990, a présenté une demande d’asile en son nom et en celui de ses deux enfants mineurs. Durant l’instruction de cette demande, la famille a été prise en charge, au titre du dispositif national d’accueil, par l’association AREAMS, et hébergée par le centre d’accueil pour demandeurs d’asiles dans un logement situé au 49 rue du Moulin Famine à Fontenay-le Comte. L’Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d’asile de Mme A... et de ses enfants par une décision du 23 septembre 2025, confirmée par la Cour nationale du droit d’asile le 27 février 2026. L’Office français de l’immigration et de l’intégration a autorisé Mme A..., par une décision du 20 mars 2026 qui lui a été remise en mains propres le même jour, à se maintenir dans son hébergement jusqu’au 31 mars 2026, et lui a enjoint de prendre toutes dispositions utiles pour quitter les lieux à cette date, en application de l’article L. 511-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. L’association AREAMS a constaté que Mme A... occupait toujours les lieux le 15 avril 2026. Le préfet de la Vendée lui a adressé une mise en demeure de quitter les lieux le 20 avril 2026. L’association AREAMS a constaté, le 28 mai 2026, que Mme A... occupait toujours les lieux. Par suite, et dès lors que Mme A... et ses enfants se maintiennent dans un lieu d’hébergement réservé aux demandeurs d’asile sans droit ni titre, la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

6. En second lieu, le préfet de la Vendée fait état de la situation de tension dans laquelle se trouve le dispositif d’accueil des demandeurs d’asile dans le département de la Vendée, et en particulier de la circonstance que 17 demandeurs d’asile accompagnés de leurs enfants étaient en attente d’un hébergement au mois de mars 2026. Par suite, au regard des besoins à satisfaire en matière d’accueil des demandeurs d’asile dans le département de la Vendée et du nombre de places disponibles dans les hébergements qui leur sont réservés, la mesure sollicitée, nécessaire au bon fonctionnement du service public de l’accueil des demandeurs d’asile, présente un caractère d’urgence et d’utilité.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre à Mme A... et à tous les occupants du logement réservé aux demandeurs d’asile situé au 49 rue du Moulin Famine à Fontenay-le-Comte, de quitter ce logement dans un délai d’un mois suivant la notification de la présente ordonnance, et d’autoriser le préfet de la Vendée, faute de départ volontaire des intéressés dans ce délai, à procéder à l’évacuation forcée des lieux, au besoin avec le concours de la force publique, et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de Mme A..., les biens meubles qui pourraient s’y trouver.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme A... et aux occupants de son chef du logement dédié aux demandeurs d’asile situé au 49 rue du Moulin Famine - appartement 8 au 2ème étage - à Fontenay-le-Comte de quitter ce logement dans un délai d’un mois suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : En l’absence de départ volontaire des intéressés dans le délai imparti, le préfet de la Vendée est autorisé à procéder à l’évacuation forcée des lieux, au besoin avec le concours de la force publique, et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever les biens meubles qui pourraient s’y trouver, aux frais et risques de Mme A...,

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l’intérieur, à Mme B... A... et à tous occupants de son chef.

Une copie en sera adressée au préfet de la Vendée.

Fait à Nantes, le 3 août 2026.

La juge des référés,



M. Pétri
La greffière,


J. Martin



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière