Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2614537

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2614537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBROSSET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2026, la société Alpha Vision Forma, représentée par Me Brosset, demande à la juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision du 17 juin 2026 par laquelle la Caisse des dépôts et consignations a suspendu les paiements de ses actions de formation au titre du compte personnel de formation, à titre conservatoire ;

2°) d’enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de lui verser les aides afférentes aux formations qu’elle a dispensées au titre du compte personnel de formation dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie ; l’activité de formation dispensée dans le cadre du compte personnel de formation constitue son activité principale, dès lors qu’elle a représenté 691 558 euros sur le chiffre d’affaires total de 820 108 euros pour l’année 2025 ; la décision attaquée a entraîné la fermeture de ses comptes bancaires, le renvoi des fonds à leurs émetteurs et l’impossibilité de payer les salariés et les charges ;
- la condition relative au doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée est également remplie ; cette décision est insuffisamment motivée ; elle méconnaît le principe des droits de la défense ; elle méconnaît l’article L. 6333-7 du code du travail ; elle est entachée d’une disproportion manifeste.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2026, le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations, représenté par Me Nahmias, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société Alpha Vision Forma au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie ;
- aucun des moyens soulevés par la société Alpha Vision Forma n’est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Par un mémoire distinct, enregistré le 26 juillet 2026, présenté au titre des dispositions de l’article R. 412-2-1 du code de justice administrative, le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations verse aux débats des pièces qu’il considère comme non communicables au sens et pour l’application des dispositions de l’article L. 311-5 du code des relations entre le public et l’administration.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 10 juillet 2026 sous le n° 2614507 par laquelle la requérante demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pétri comme juge des référés sur le fondement de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 27 juillet 2026 :
- le rapport de Mme Pétri, juge des référés ;
- les observations de Me Vaugoyeau, substituant Me Brosset, représentant la société Alpha Vision Forma ;
- et les observations de Me Guena, substituant Me Nahmias, représentant la Caisse des dépôts et consignations.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 17 juin 2026, la Caisse des dépôts et consignations a suspendu à titre conservatoire les paiements des actions de la société Alpha Vision Forma réalisées au titre du compte personnel de formation. Par la présente requête, la société Alpha Vision Forma demande la suspension de l’exécution de cette décision.

Sur la mise en œuvre de la procédure prévue par l’article R. 412-2-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l’article R. 412-2-1 du code de justice administrative : « Lorsque la loi prévoit que la juridiction statue sans soumettre certaines pièces ou informations au débat contradictoire ou lorsque le refus de communication de ces pièces ou informations est l'objet du litige, la partie qui produit de telles pièces ou informations mentionne, dans un mémoire distinct, les motifs fondant le refus de transmission aux autres parties, en joignant, le cas échéant, une version non confidentielle desdites pièces après occultation des éléments soustraits au contradictoire. Le mémoire distinct et, le cas échéant, la version non confidentielle desdites pièces, sont communiqués aux autres parties. / Les pièces ou informations soustraites au contradictoire ne sont pas transmises au moyen des applications informatiques mentionnées aux articles R. 414-1 et R. 414-2 mais sont communiquées au greffe de la juridiction sous une double enveloppe, l'enveloppe intérieure portant le numéro de l'affaire ainsi que la mention : “ pièces soustraites au contradictoire-Article R. 412-2-1 du code de justice administrative ”. / Si la juridiction estime que ces pièces ou informations ne se rattachent pas à la catégorie de celles qui peuvent être soustraites au contradictoire, elle les renvoie à la partie qui les a produites et veille à la destruction de toute copie qui en aurait été faite. Elle peut, si elle estime que ces pièces ou informations sont utiles à la solution du litige, inviter la partie concernée à les verser dans la procédure contradictoire, le cas échéant au moyen des applications informatiques mentionnées aux articles R. 414-1 et R. 414-2. Si la partie ne donne pas suite à cette invitation, la juridiction décide des conséquences à tirer de ce refus et statue sans tenir compte des éléments non soumis au contradictoire. / Lorsque des pièces ou informations mentionnées au premier alinéa sont jointes au dossier papier, celui-ci porte de manière visible une mention signalant la présence de pièces soustraites au contradictoire. Ces pièces sont jointes au dossier sous une enveloppe portant la mention : “ pièces soustraites au contradictoire-Article R. 412-2-1 du code de justice administrative ”. (…) »

3. Dans le cadre de l’instruction de la présente affaire, l’examen des pièces produites par le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations en application de la procédure prévue par l’article R. 412-2-1 du code de justice administrative n’est pas utile à la solution du litige. Par suite, il n’y a pas lieu de statuer au vu de ces pièces et, ainsi, de les soumettre au débat contradictoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) »

5. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d’un acte administratif, d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire.

6. Pour justifier l’urgence à suspendre l’exécution de la décision litigieuse, la société Alpha Vision Forma soutient que les formations qu’elle dispense au titre du compte personnel de formation constituent son activité principale, ayant représenté 691 558 euros sur son chiffre d’affaires total de 820 108 euros pour l’année 2025, que ses charges annuelles sont de 470 232 euros, que le montant des salaires versés mensuellement à ses employés est de 4 158 euros auquel il convient de rajouter 2 000 euros de charges patronales, et que la décision attaquée a entraîné la fermeture sans préavis de ses comptes, le renvoi des fonds à leurs émetteurs, ainsi que des difficultés de trésorerie. Toutefois, le bilan pédagogique et financier retraçant l’activité de dispensateur de formation professionnelle pour l’année 2025, qui mentionne, concernant le « total des produits réalisés au titre de la formation professionnelle », un montant de 820 108 euros, dont 691 558 euros provenant du compte personnel de formation, un total de charges liées à l’activité de formation d’un montant de 470 232 euros, dont 1 910 euros de salaires des formateurs et 468 332 euros d’achats de prestation et d’honoraires de formation, ne permet pas d’apprécier sa situation financière dans sa globalité et, plus particulièrement, la trésorerie dont elle dispose. D’autre part, la capture d’écran d’un message indiquant : « Nous sommes au regret de devoir mettre fin au contrat qui nous unit, sans préavis. / Votre compte pour la société Alpha Vision Forma est donc désormais bloqué (…). / Par conséquent, nous procédons au renvoi des fonds crédités sur le compte à leurs émetteurs (…) », n’est pas de nature, dès lors qu’elle ne mentionne aucune date, à établir que la fermeture du compte de la société requérante résulterait de l’exécution de la décision attaquée. Enfin, il résulte des dispositions combinées des articles L. 6333-7-2 du code du travail et L. 115-3 du code des relations entre le public et l’administration que la mesure de suspension litigieuse est limitée à trois mois. Par suite, eu égard à l’ensemble de ces éléments, la condition d’urgence posée par l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut, en l’état de l’instruction, être regardée comme remplie.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la condition relative au doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que la requête de la société Alpha Vision Forma doit être rejetée en toutes ses conclusions.

8. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’appliquer les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Alpha Vision Forma est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la Caisse des dépôts et consignations sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Alpha Vision Forma et à la Caisse des dépôts et consignations.

Fait à Nantes, le 3 août 2026.

La juge des référés,



M. Pétri
La greffière,


J. Martin


La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière