Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2616688

mardi 1 septembre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2616688
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTHULLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 août 2026, M. B... A..., représenté par Me Thullier, demande au juge des référés :

1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision par laquelle l’autorité consulaire française à Téhéran (Iran) a implicitement refusé de le convoquer pour permettre l’enregistrement de sa demande de visa d’entrée et de long séjour en vue de solliciter l’asile en France ;

2°) d’enjoindre à l’autorité administrative de fixer une date de convocation et d’enregistrer sa demande de visa dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d’urgence est satisfaite, compte tenu de la précarité de sa situation en Iran où il risque d’être expulsé vers l’Afghanistan en l’absence de détention d’un visa, pays où sa vie est menacée, et alors que ses deux sœurs et leur famille sont présents en France ; l’urgence résulte également de l’inertie de l’administration dans le traitement de sa demande depuis plus de deux années ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est insuffisamment motivée ;
* elle procède d’une erreur d’appréciation eu égard à la difficulté excessive de se maintenir sur le territoire iranien ;
* elle est entachée d’une erreur de droit dès lors qu’il n’est pas possible pour l’administration de refuser d’enregistrer une demande de visa ;
* elle procède d’une erreur d’appréciation en l’absence d’enregistrement de sa demande dans un délai raisonnable ;
* elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* elle méconnaît l’article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 août 2026, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- en l’absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où un visa peut être refusé à un étranger désirant se rendre en France en vue d’y solliciter l’asile, et eu égard à la nature d’une telle décision, les autorités administratives chargées de l’examen des demandes de visa disposent d’un large pouvoir d’appréciation ;
- aucune demande n’a été refusée ; la demande de l’intéressé est en cours d’examen par l’autorité consulaire à Téhéran ;
- aucun refus de convocation n’est intervenu.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Danet, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.

Ont été entendus, au cours de l’audience publique du 24 août 2026 à 9h30 :
- le rapport de M. Danet, juge des référés ;
- les observations de Me Thullier, avocat de M. A....

Le ministre de l’intérieur n’était ni présent ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

M. A... a produit une note en délibéré qui a été communiquée.

La clôture de l’instruction a été reportée au 26 août 2026 à 12h.

Considérant ce qui suit :

1. D’une part, aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (...) ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans instruction ni audience.

2. La condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.

3. D’autre part, en vertu de l’article R. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la personne qui sollicite la délivrance d'un visa est tenue de produire une photographie d'identité et de se prêter au relevé de ses empreintes digitales aux fins d'enregistrement dans le traitement automatisé mentionné au 1° de l'article L. 142-1. Une attestation est alors délivrée par les autorités diplomatiques et consulaires, en application de l’article R. 312-2 du même code. En application des dispositions combinées des articles L. 231-5 du code des relations entre le public et l’administration et de l’annexe au décret n° 2014-1292 du 23 octobre 2014 susvisé, le silence gardé pendant deux mois par l’autorité diplomatique ou consulaire à la suite de l’enregistrement de cette demande de visa fait naître une décision implicite de rejet. Lorsque, saisie d’une telle demande, l’autorité consulaire s’abstient de convoquer l’intéressé pendant deux mois, soit qu’elle conserve le silence soit qu’elle se borne à formuler une réponse d’attente, le demandeur peut déférer au juge de l’excès de pouvoir la décision implicite refusant de le convoquer. Aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe ne fixe de délai déterminé dans lequel l’autorité consulaire serait tenue de recevoir l’étranger désireux d’obtenir un visa en vue de déposer une demande d’asile en France ou pour y demander le bénéfice de la protection subsidiaire.

4. Enfin, si le droit constitutionnel d’asile a pour corollaire le droit de solliciter en France la qualité de réfugié, les garanties attachées à ce droit reconnu aux étrangers se trouvant sur le territoire de la République n’emportent aucun droit à la délivrance d’un visa en vue de déposer une demande d’asile en France ou pour y demander le bénéfice de la protection subsidiaire prévue à l’article L. 512-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

5. M. A..., ressortissant afghan né le 23 septembre 1988, a adressé à l’autorité consulaire française à Téhéran, par courriels successifs des 25 juillet, 12 août et 28 octobre 2024 une demande de visa d’entrée et de long séjour en vue de solliciter l’asile en France, accompagnée de diverses pièces et documents. Il ressort des pièces du dossier que cette demande a été envoyée à une adresse électronique dédiée, destinée à recevoir les demandes de visa émanant de ressortissants afghans souhaitant solliciter la protection internationale en France, en dehors de l’application de France-Visas. Il a été accusé réception de sa demande par un courriel du 2 novembre 2024. M. A..., n’a, depuis cette date, reçu aucune convocation Dans le cadre de la présente instance, M. A... demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision implicite de refus d’enregistrement de sa demande de visa, née du silence gardé par l’autorité consulaire pendant un délai de deux mois à la suite de la réception de sa demande le 2 novembre 2024, en l’absence de convocation.
6. Au soutien de sa demande de suspension et pour établir l’urgence, le requérant fait état de la précarité de sa situation en Iran et des risques d’expulsion vers l’Afghanistan en l’absence de détention d’un visa iranien et où sa vie est menacée. Il fait également état de la présence de membres de sa famille en France et du délai écoulé depuis le dépôt de sa demande. Toutefois, M. A... n’apporte aucun élément permettant d’apprécier ses conditions matérielles actuelles de séjour en Iran ni d’établir qu’il y serait personnellement exposé à des risques de mauvais traitements ou à des dangers graves et imminents pour sa sécurité. Il ne justifie pas davantage de l’existence d’un risque sérieux et à brève échéance de renvoi vers l’Afghanistan. À cet égard, si le requérant soutient être dépourvu de visa iranien, il ressort des pièces du dossier qu’il réside en Iran depuis au moins deux ans et il ne produit aucun élément permettant d’établir qu’une mesure d’éloignement serait actuellement envisagée ou susceptible d’intervenir à bref délai. La seule circonstance que sa demande de visa soit demeurée sans suite depuis le 2 novembre 2024 ne saurait, à elle seule, caractériser une situation d’urgence au sens de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, alors que l’intéressé n’a saisi le juge des référés que le 7 août 2026 et ne fait état d’aucune circonstance nouvelle ou aggravation récente de sa situation justifiant une intervention urgente du juge. Dans ces conditions, et alors que lors que la délivrance d’un visa en vue de déposer une demande d’asile en France ne constitue pas un droit, les seules circonstances invoquées ne permettent pas de regarder la décision attaquée comme portant atteinte de manière grave et immédiate à la situation de M. A.... Dès lors, la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite. Par suite, il y a lieu de rejeter la requête en toutes ses conclusions.


O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.

Fait à Nantes, le 1er septembre 2026.


Le juge des référés,

J. Danet
La greffière,

L. Lécuyer



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,