Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2000618
jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2000618 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 février 2020, M. C A, représenté par l'AARPI Thémis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 novembre 2019 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté son recours administratif préalable formé à l'encontre des sanctions disciplinaires qui lui ont été infligées le 25 septembre 2019 par la commission de discipline du centre de détention de Châteaudun ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'autorité ayant décidé des poursuites disciplinaires à son encontre ne disposait pas d'une délégation de signature ;
- les droits de la défense ont été méconnus en ce qu'il n'a pas pu conserver une copie de son dossier disciplinaire ;
- la décision contestée est entachée d'inexactitude matérielle des faits ;
- les sanctions disciplinaires confondues de cinq jours de confinement en cellule disciplinaire et de vingt jours de cellule disciplinaire sont disproportionnées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2019.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A a été incarcéré au centre de détention de Châteaudun du 7 juillet 2015 au 16 novembre 2020. Par deux décisions du 20 septembre 2019, la commission de discipline de l'établissement lui a infligé deux sanctions confondues de cinq jours de confinement en cellule disciplinaire et de vingt jours de cellule disciplinaire. M. A a formé le 8 octobre 2019 devant le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon deux recours administratifs préalables contre ces décisions, qui ont été rejetés le 27 novembre 2019. Par la requête ci-dessus analysée, M. A demande l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. Les poursuites disciplinaires ne peuvent être exercées plus de six mois après la découverte des faits reprochés à la personne détenue ".
3. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 9 septembre 2019 prise sur rapport d'enquête, Mme B, lieutenant responsable infrastructure et sécurité au centre de détention de Châteaudun, a décidé de lancer la procédure disciplinaire concernant les faits reprochés au requérant. Mme B est titulaire d'une délégation de signature accordée par décision du 23 juillet 2019, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Eure-et-Loir le 25 juillet 2019, accordée par le directeur des services pénitentiaires, chef d'établissement du centre de détention de Châteaudun, et portant notamment sur les décisions d'engager des poursuites disciplinaires. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure tenant à l'incompétence de l'autorité ayant décidé des poursuites doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-6-16 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. Le dossier de la procédure disciplinaire est mis à sa disposition. ".
5. M. A n'établit pas, ni même n'allègue, avoir demandé à conserver une copie du dossier disciplinaire mis à sa disposition le 20 septembre 2019 à 15 heures 30, soit plus de vingt-quatre heures avant la séance de la commission de discipline qui s'est tenue le 25 septembre 2019. Par ailleurs, si la communication du dossier de l'intéressé avant sa comparution devant la commission est une garantie destinée à lui permettre de préparer sa défense, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe général n'impose à l'administration de permettre au détenu de conserver une copie de ce dossier ou d'en remettre une à son conseil à l'issue de la séance de la commission. Ainsi, et contrairement à ce que soutient M. A, la circonstance qu'il n'a pas pu conserver une copie de ces pièces est sans incidence sur la régularité de la procédure.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement du compte rendu d'incident du 2 août 2019, que lors d'une fouille programmée le même jour, le surveillant pénitentiaire a découvert dans la cellule du requérant une carte SIM dans une trousse située sur la table ainsi qu'une clef USB branchée sur la chaine hifi. S'il ressort du rapport d'enquête que le requérant a dans un premier temps contesté être le propriétaire des objets découverts dans sa cellule, il a admis par la suite, devant la commission de discipline réunie le 25 septembre 2019, avoir eu en sa possession un téléphone portable, dont il s'est débarrassé depuis, mais avoir oublié de se débarrasser en même temps de la carte SIM. Il a également reconnu avoir en sa possession une clé USB pour disposer de musique. Par ailleurs, il ressort du compte rendu d'incident daté du 2 septembre 2019 ainsi que du rapport d'enquête, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, que le requérant a menacé et insulté une surveillante. Si le requérant conteste le comportement reproché, il n'apporte aucun élément permettant de remettre en cause les faits tels que rapportés dans le compte rendu d'incident. Le comportement reproché à M. A est ainsi établi par ce document, lequel relate de façon circonstanciée les faits auxquels sa rédactrice a personnellement assisté. Par suite, le requérant, qui n'apporte à l'appui de sa contestation aucun élément de nature à mettre valablement en doute l'exactitude de ces comptes rendus d'incidents ainsi que celle des rapports d'enquêtes, n'est pas fondé à soutenir que les faits ne sont pas matériellement établis.
7. En quatrième, et dernier, lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale dans sa rédaction applicable au litige : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () / 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires ; " et selon l'article R. 57-7-2 du même code : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : () / 8° D'enfreindre ou tenter d'enfreindre les dispositions législatives ou règlementaires, le règlement intérieur de l'établissement ou toute autre instruction de service applicables en matière d'introduction, de détention, de circulation, ou de sortie de sommes d'argent, correspondance, objets ou substances quelconques, hors les cas prévus aux 10° et 11° de l'article R. 57-7-1 ; ". Aux termes de l'article R. 57-7-33 du même code : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : () / 8° La mise en cellule disciplinaire. ". Aux termes de l'article R. 57-7-51 de ce code : " Lorsque la commission de discipline est amenée à se prononcer le même jour sur plusieurs fautes commises par une personne détenue majeure, et sauf décision contraire de son président, les durées des sanctions prononcées se cumulent. Toutefois, lorsque les sanctions sont de même nature, leur durée cumulée ne peut excéder la limite du maximum prévu pour la faute la plus grave. Pour l'application de cette disposition, sont réputés de même nature : / 1° Le confinement en cellule individuelle ordinaire et le placement en cellule disciplinaire ; " et selon l'article R. 57-7-47 du même code : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré (). "
8. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
9. En l'espèce, il est reproché à M. A d'avoir tenu des propos inappropriés, voire menaçants et insultants, à l'encontre d'une surveillante pénitentiaire, ce qui constitue une faute disciplinaire du premier degré. Il a par ailleurs été sanctionné pour une faute disciplinaire du deuxième degré à raison de la détention d'une carte SIM et d'une clé USB. En application de l'article R. 57-7-51 du code de procédure pénale alors en vigueur, en cas de cumul de sanctions, lorsque ces dernières sont de même nature, leur durée cumulée ne peut excéder la limite du maximum prévu pour la faute la plus grave, soit en l'espèce la sanction de vingt jours de cellule disciplinaire. Compte tenu de la gravité des faits reprochés au requérant et de leur caractère répété ainsi que du comportement général adopté par l'intéressé durant son incarcération, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que les sanctions qui ont été prises à son encontre, dont le quantum total est de vingt jours de cellule disciplinaire du fait de la confusion des peines, sont disproportionnées. Le moyen doit, par suite, être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 13 avril 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
Mme Bernard, première conseillère,
M. Nehring, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.
La présidente-rapporteure,
L'assesseure la plus ancienne,
Patricia D
Pauline BERNARD
La greffière,
Agnès BRAUD
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.