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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2001203

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2001203

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2001203
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCOUSSEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2020, M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 20 janvier 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune de Lailly-en-Val a exercé le droit de préemption urbain sur les parcelles cadastrées AN n° 221 à AN n° 225 situées au Clos de la Cave en vue d'y réaliser un parking de covoiturage.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'irrégularité dès lors que le maire ne pouvait, après la séance du conseil municipal du 20 janvier 2020, faire usage de la prépondérance de sa voix et considérer dès lors le projet d'exercice du droit de préemption urbain comme étant adopté ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation en ce que l'intérêt général du projet n'est pas démontré en méconnaissance des dispositions de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme ;

- la décision est entachée de détournement de pouvoir.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 30 mai 2022 et le 21 juillet 2022, la commune de Lailly-en-Val, représentée par Me Cousseau, avocat, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce qu'il soit ordonné la suppression de propos diffamatoires et outrageants contenus dans la requête ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 septembre 2022.

Un nouveau mémoire a été enregistré le 31 août 2022 pour M. C, mémoire qui n'a pas donné lieu à communication.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 octobre 2019, la déclaration d'intention d'aliéner portant sur les parcelles cadastrées AN n° 221 à 225 situées au lieu-dit le Clos Cave sur la commune de Lailly-en-Val a été reçue par cette commune. Par une délibération du 20 janvier 2020, le conseil municipal de cette commune a décidé d'exercer le droit de préemption urbain sur ces parcelles afin d'y implanter un parking de covoiturage. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable à la date de la décision en litige : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement ( ). Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé ". L'article L. 300-1 du même code dispose que : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels. L'aménagement, au sens du présent livre, désigne l'ensemble des actes des collectivités locales ou des établissements publics de coopération intercommunale qui visent, dans le cadre de leurs compétences, d'une part, à conduire ou à autoriser des actions ou des opérations définies dans l'alinéa précédent et, d'autre part, à assurer l'harmonisation de ces actions ou de ces opérations. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour exercer légalement ce droit, les collectivités titulaires du droit de préemption urbain doivent, d'une part, justifier à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, faire apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de vérifier si le projet d'action ou d'opération envisagé par le titulaire du droit de préemption est de nature à justifier légalement l'exercice de ce droit.

4. Il ressort des pièces du dossier et notamment du compte rendu de la séance du conseil municipal du 20 janvier 2020, que l'exercice du droit de préemption répond à un projet de réalisation d'un " parking de covoiturage ". Ce même compte rendu fait état de divers arguments opposés, par différents élus, à l'intérêt général qui s'attache au projet en ce qu'il existe notamment déjà sur le territoire de la commune des aires de stationnement, que la localisation du bien préempté n'est pas stratégique, que ledit parking ne peut faire l'objet d'aucune surveillance, que ce projet ne répond à aucune demande particulière de la part des habitants de la commune et qu'il est possible avec 10 % du budget prévu pour cet aménagement de mettre en place une signalétique pour inciter les habitants à se garer sur un parking déjà existant. Par ailleurs, il ressort également des termes mêmes du compte rendu de cette séance qu'à l'issue des débats, l'élu auquel il a été demandé par le maire d'expliquer la mise en œuvre du projet, a simplement répondu qu'il s'agissait d'une opportunité d'acquisition pour la commune, sans développer davantage les éléments justifiant l'aménagement sur le terrain préempté d'une aire de covoiturage. Si la commune produit un plan du terrain d'implantation du projet ainsi qu'une note intitulée " Projet : parking de covoiturage ", laquelle liste les objectifs du projet, les éléments contenus dans cette note sont exposés de manière générale et ne sont pas suffisamment circonstanciés et précis pour justifier de l'existence d'un intérêt général. Enfin, si la commune fait valoir en défense que le projet poursuit bien un intérêt général en ce qu'il vise à pallier les carences de stationnement et faciliter la mobilité de la population en milieu rural, cette affirmation, ne suffit pas, compte tenu des éléments exposés précédemment, à établir l'intérêt général qui s'attache à l'opération envisagée. Ainsi, à supposer même que le projet réponde à l'un des objectifs définis par l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, il ne présente pas, en tout état de cause, un intérêt général suffisant de nature à justifier légalement l'exercice de ce droit. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme doit être accueilli.

5. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens développés par le requérant ne sont pas de nature à fonder l'annulation de la décision attaquée.

6. Il s'ensuit que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 20 janvier 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune de Lailly-en-Val a décidé de préempter les parcelles cadastrées AN n° 221 à AN n° 225.

Sur les conclusions de la commune tendant à la suppression de passages injurieux ou diffamatoires :

7. En vertu des dispositions de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative, les tribunaux administratifs peuvent, dans les causes dont ils sont saisis, prononcer, même d'office, la suppression des écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires.

8. Les termes du mémoire présenté par M. C n'excèdent pas les limites de la controverse entre parties dans le cadre d'une procédure contentieuse. Dès lors, il n'y a pas lieu d'en prononcer la suppression par application des dispositions de l'article 41 de la loi du

29 juillet 1881, reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. C, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, verse à la commune de Lailly-en-Val une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 20 janvier 2020 de la commune de Lailly-en-Val est annulée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Lailly-en-Val tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la commune de Lailly-en-Val.

Copie en sera adressée pour information à M. B E.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

Mme Bailleul, conseillère

Mme Pajot, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

Anne-Laure A

La présidente,

Anne-Laure DELAMARRELa greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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