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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2002923

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2002923

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2002923
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP CEBRON DE LISLE-BENZEKRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 août 2020 et le 12 juillet 2021, M. C B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 février 2020 par laquelle le maire de Tours a refusé de lui accorder un congé bonifié pour se rendre au sein du département de la Martinique, ainsi que la décision du 18 juin 2020 par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux présenté à l'encontre de ce refus ;

2°) d'enjoindre à la commune de Tours de lui attribuer le congé bonifié sollicité.

Il soutient que :

- la décision portant rejet de sa demande de congé bonifié, qui lui refuse un avantage dont l'attribution constitue un droit en application de l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, ainsi que la circulaire FP n° 2129 du 3 janvier 2007, car il est fonctionnaire territorial titulaire depuis 1992, il est né en Martinique, sa mère, ses frères et sœurs résident également dans ce département, il y dispose d'une résidence familiale et d'un compte bancaire ouvert dans les livres de la Caisse d'épargne de Fort-de-France, il retourne régulièrement dans cette collectivité et il a bénéficié de congés bonifiés jusqu'en 2002.

Par un mémoire enregistré le 9 juin 2021, la commune de Tours, représentée par Me Cebron de Lisle, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 16 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 78-399 du 20 mars 1978 ;

- le décret n° 88-168 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Veauvy, représentant la commune de Tours.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B a été recruté en 1992 par la commune de Tours pour exercer les fonctions de responsable d'équipe d'agents de surveillance de la voie publique, en qualité d'agent de maîtrise titulaire. Le 22 janvier 2020, il a sollicité le bénéfice d'un congé bonifié pour se rendre en Martinique du 3 juillet 2020 au 31 août 2020. Par une décision du 21 février 2020, le maire de Tours a rejeté sa demande. Le recours gracieux présenté par M. B à l'encontre de cette décision a été rejeté par une décision du maire de Tours du 18 juin 2020. Par sa requête, M. B demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision du 21 février 2020 en litige, refusant à M. B, le bénéfice d'un congé bonifié, qui constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, est au nombre de celles devant être motivées. En l'espèce, cette décision vise le décret n° 78-399 du 20 mars 1978 qui a institué les congés bonifiés, ainsi que des éléments propres à la situation personnelle du requérant. Celui-ci a été mis en mesure d'en comprendre le sens et de la contester utilement. Ainsi, quand bien même ne sont pas repris l'ensemble des éléments de fait évoqués par le requérant au soutien de sa demande, cette décision est suffisamment motivée. Le moyen doit, par suite, être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 alors applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit : / 1° A un congé annuel avec traitement dont la durée est fixée par décret en Conseil d'Etat. / Le fonctionnaire territorial originaire des départements de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique, de Mayotte, de La Réunion et de la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon exerçant en métropole bénéficie du régime de congé institué pour les fonctionnaires de l'Etat () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 15 février 1988 susvisé dans sa rédaction alors applicable : " Sous réserve des dispositions du présent décret, le régime de congé dont bénéficient les fonctionnaires territoriaux originaires des départements d'outre-mer et de la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon exerçant en métropole est défini par les dispositions des articles 1er à 11 du décret du 20 mars 1978 susvisé, qui s'appliquent aux fonctionnaires mentionnés au b de l'article 1er dudit décret ". Aux termes de l'article 1er du décret du 20 mars 1978 précité dans sa rédaction alors applicable : " Les dispositions du présent décret s'appliquent () aux fonctionnaires relevant du statut général des fonctionnaires de l'Etat qui exercent leurs fonctions : () / b) Sur le territoire européen de la France si leur lieu de résidence habituelle est situé dans un département d'outre-mer ". Aux termes de l'article 3 du même décret alors applicable : " Le lieu de résidence habituelle est le territoire européen de la France ou le département d'outre-mer où se trouve le centre des intérêts moraux et matériels de l'intéressé ". Aux termes de l'article 4 de ce décret : " Les personnels mentionnés à l'article 1er peuvent bénéficier, dans les conditions déterminées par le présent décret, de la prise en charge par l'Etat des frais d'un voyage de congé, dit congé bonifié () ".

5. Il résulte de ces dispositions que, pour apprécier la localisation du centre des intérêts moraux et matériels d'un fonctionnaire il peut être tenu compte de son lieu de naissance, du lieu où se trouvent sa résidence et celle des membres de sa famille, du lieu où le fonctionnaire est, soit propriétaire ou locataire de biens fonciers, soit titulaire de comptes bancaires, de comptes d'épargne ou de comptes postaux, ainsi que d'autres éléments d'appréciation parmi lesquels le lieu du domicile avant l'entrée dans la fonction publique de l'agent, celui où il a réalisé sa scolarité ou ses études, la volonté manifestée par l'agent à l'occasion de ses demandes de mutation et de ses affectations ou la localisation du centre des intérêts moraux et matériels de son conjoint ou partenaire au sein d'un pacte civil de solidarité.

6. Si ces divers critères d'appréciation ne sont pas nécessairement cumulatifs, il y a lieu, pour l'administration comme pour le juge, d'apprécier la localisation du centre des intérêts moraux et matériels de l'agent, et, par suite, son droit à bénéficier d'un congé bonifié, au regard de l'ensemble de ce faisceau d'indices. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, ils ne doivent pas se limiter à la prise en compte des éléments de nature à établir que le centre des intérêts moraux et financiers de l'intéressé serait dans le territoire souhaité, mais doivent tirer les conséquences tout à la fois de ces éléments et des critères auxquels l'agent ne satisfait pas, sans que M. B puisse, en tout état de cause, utilement se prévaloir de la circulaire de la direction générale de l'administration et de la fonction publique n° 2129 du3 janvier 2007, laquelle est dépourvue de caractère réglementaire.

7. S'il est constant que M. B est né et a vécu en Martinique jusqu'à l'âge de dix-sept ans et que ses parents, frères et sœurs y résident toujours, il est également constant qu'arrivé en métropole en 1988, il y a continué ses études puis débuté une carrière professionnelle, qu'il poursuit sur ce même territoire sans discontinuité depuis vingt-huit ans à la date de présentation de sa demande. Il ressort également des pièces du dossier que si l'intéressé est propriétaire indivis d'une " maison familiale " située à Fort-de-France, il est également propriétaire d'un appartement situé rue Edouard Vaillant à Tours et que ce dernier constituait le lieu de son domicile bancaire et postal, à tout le moins jusqu'au 30 octobre 2020, date à laquelle l'intéressé a pris à bail un nouveau logement dans cette même commune. Si M. B justifie avoir recherché une affectation en Martinique en 2015, il n'est pas établi qu'il aurait effectué de nouvelles démarches en ce sens depuis cette date. Par ailleurs, s'il se prévaut de l'existence d'un livret A détenu auprès de la Caisse d'épargne de Fort-de-France, il ressort des pièces du dossier que ledit compte, qui présentait un solde modique de 1,84 euros au 27 février 2014 est inactif depuis le 1er avril 2006, date d'exécution de la dernière opération en compte. Enfin, si M. B indique avoir bénéficié d'un congé bonifié en 1999, 2002, 2005 et 2008, cette circonstance n'est pas de nature à lui ouvrir un droit à l'obtention d'un congé bonifié, la localisation du centre de ses intérêts matériels et moraux s'appréciant à la date de la décision attaquée. Dès lors, alors même qu'il justifie avoir effectué des voyages en Martinique en 2011, 2015, 2018 et 2020, il ne ressort pas de l'ensemble de ces éléments que M. B aurait conservé le centre de ses intérêts matériels et moraux dans ce département. Il en résulte que le maire de Tours n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 en refusant à M. B le bénéfice d'un congé bonifié pour la période du 3 juillet 2020 au 31 août 2020.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du requérant la somme demandée par la commune de Tours sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Tours au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Tours.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

M. Joos, premier conseiller,

Mme Bertrand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

Le rapporteur,

Emmanuel A

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne à la préfète d'Indre-et-Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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