jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2003135 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SAADA-DUSART |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 septembre 2020, un mémoire enregistré le 10 août 2021 et un mémoire déposé le 18 novembre 2021, M. F E, représenté par Me Saada-Dusart, agissant en son nom propre et pour le compte de son fils mineur C E, né le 29 octobre 2007, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours en date du 9 juillet 2020 rejetant le recours administratif préalable obligatoire présenté le 13 février 2020 à l'encontre de la décision en date du 12 février 2020 d'exclusion définitive de Jorys du collège Maurice Genevois à Romorantin ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la sanction est insuffisamment motivée en fait ; la rectrice se borne à évoquer un " coup de poing " donné à une élève le 27 janvier 2020, qui aurait causé des vomissements, et qu'il s'agit d'un fait grave et omet de préciser que les deux élèves concernés entretiennent une relation amicale, qu'il n'y avait pas d'intention malveillante et que des excuses ont immédiatement été présentées ;
- elle est entachée d'erreurs de faits et d'erreurs de qualification juridique des faits car les faits se sont déroulés le 28 et non le 27 janvier, il ne s'agit pas d'un coup de poing porté de façon intentionnelle et sans raison, mais un coup porté avec le plat ou le dos de la main droite au niveau du ventre de la jeune D lors d'un moment de jeu ; ce geste n'entre pas donc pas dans la définition d'un acte de violence physique interdit par le règlement intérieur de l'établissement ;
- la victime suit un traitement médical et les nausées dont il est fait état auraient pu en être une conséquence directe, d'autant que les premiers vomissements seraient intervenus plus de 30 minutes après le coup reçu à la lecture des différents témoignages ; le certificat médical délivré à D ce jour-là ne fait état d'aucune ecchymose, d'aucune conséquence pour la victime, d'aucune lésion, d'aucune douleur à la palpation, ni d'aucune ITT ;
- la mesure de suspension puis la sanction disciplinaire ont été prises dans la précipitation, avec un manque d'objectivité et sans fondement, les faits reprochés n'ayant jamais été matérialisés ; la rectrice a d'ailleurs modulé la décision prise par le conseil de discipline qui a décidé d'exclure Jorys pour " violence physique, porte des coups à une autre élève de l'établissement " en exclusion au motif " Porte un coup à une élève de l'établissement " ;
- trois élèves présents le 28 janvier 2020 lors du coup reçu par D et donc, témoins potentiels des faits, n'apparaissent pas dans le procès-verbal du conseil de discipline et n'ont jamais été entendus par l'établissement, ce qui laisse présumer un dossier disciplinaire clairement constitué " à charge " ;
- la seule élève ayant accusé Jorys de coups de pied et coup de poing portés à son amie a elle-même porté à plusieurs reprises auparavant des coups de pieds à Jorys ;
- la sanction prononcée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et elle est hors de proportion avec la gravité des faits reprochés ; elle n'a pas de portée éducative ;
- Jorys fait l'objet non seulement d'un suivi MDPH mais également d'un Plan d'accompagnement personnalisé ; son immaturité intellectuelle très étroitement liée à tous ses handicaps était connue de tous ;
- la sanction ne peut être prononcée pour un geste inadapté qu'il a eu à l'occasion de ce qui n'était pour lui qu'un jeu avec une camarade ;
- les sanctions antérieures invoquées sont d'une part une décision d'exclusion temporaire de 3 jours décidée le 7 novembre 2019 basée sur trois faits " anciens " desquels la famille n'avait pas été avisée et qui, s'ils avaient été traités isolément par l'établissement, au moment de leur survenue, auraient donné lieu à une punition ; d'autre part une sanction d'exclusion de 2 jours prise le 14 janvier 2020 à raison d'une empoignade ;
- la sanction est entachée de détournement de procédure ou de pouvoir car le chef d'établissement a exclu un élève avec les parents duquel il y avait des crispations nées principalement de leurs interventions répétées pour tenter de faire mettre en œuvre des mesures d'accompagnement pour leur fils ; il s'agissait pour l'établissement de se débarrasser d'un élève encombrant, dont les difficultés d'apprentissage et de comportement nécessitaient un accompagnement que l'établissement ne voulait pas, ou n'était pas en mesure, de lui apporter.
Par des mémoires en défense enregistrés le 20 juillet 2021 et le 27 octobre 2021, la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente-rapporteure ;
- les conclusions de Mme A de Gand, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Saada-Dusart, représentant M. E et de Mme B, représentant le recteur de l'académie d'Orléans-Tours.
Considérant ce qui suit :
1. Par délibération du 11 février 2020, le conseil de discipline du collège Maurice Genevois à Romorantin a décidé que l'élève Jorys E devait être sanctionné par une exclusion définitive au motif de " " violence physique, porte des coups à une autre élève de l'établissement ". Par décision du 12 février 2020, la principale du collège a notifié la sanction d'exclusion définitive de Jorys. La commission académique d'appel des sanctions disciplinaires a examiné le 30 juin 2020 le recours administratif préalable obligatoire présenté le 13 février 2020. Par décision en date du 9 juillet 2020 dont M. E, père de Jorys, demande l'annulation, la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours a rejeté ce recours et confirmé l'exclusion au motif " Porte un coup à une élève de l'établissement ".
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 511-49 du code de l'éducation : " Toute décision du conseil de discipline de l'établissement ou du conseil de discipline départemental peut être déférée au recteur de l'académie, dans un délai de huit jours à compter de sa notification écrite, soit par le représentant légal de l'élève, ou par ce dernier s'il est majeur, soit par le chef d'établissement. / Le recteur d'académie décide après avis d'une commission académique ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale. Elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.
3. Il résulte de ces dispositions et alors que la procédure conduisant à la décision du recteur présente les mêmes garanties pour l'élève que celle conduisant à la décision du conseil de discipline, le requérant ne peut utilement invoquer les moyens tirés du caractère irrégulier de la procédure devant le conseil de discipline.
4. En deuxième lieu, la décision en litige mentionne les éléments de fait et de droit sur lesquels son auteur a entendu se fonder. Le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'éducation : " Les obligations des élèves consistent dans l'accomplissement des tâches inhérentes à leurs études ; elles incluent l'assiduité et le respect des règles de fonctionnement et de la vie collective des établissements ". Aux termes de l'article R. 511-13 du même code : " I. Dans les collèges et lycées relevant du ministre chargé de l'éducation, les sanctions qui peuvent être prononcées à l'encontre des élèves sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° La mesure de responsabilisation ; / 4° L'exclusion temporaire de la classe. Pendant l'accomplissement de la sanction, l'élève est accueilli dans l'établissement. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; / 5° L'exclusion temporaire de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; / 6° L'exclusion définitive de l'établissement ou de l'un de ses services annexes () ".
6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un élève ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis, constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
7. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier notamment des déclarations de l'élève D le jour-même, que le 28 et non le 27 janvier 2020, cette erreur de plume n'entachant pas d'illégalité la décision en litige, Jorys lui a donné, suite à une conversation avec d'autres élèves mentionnant qu'un coup dans le ventre faisait mal, un coup dans le ventre alors qu'elle se tenait à ses côtés dans la cour de récréation. Il ressort également des pièces du dossier qu'un élève est venu prévenir une assistante d'éducation (AED) que l'élève victime ne pouvait plus respirer, cette AED témoignant que quand elle est arrivée auprès de D, elle a constaté qu'elle était pliée en deux, pleurait de douleur et vomissait, qu'une autre AED est intervenue pour accompagner la victime, toujours sujette à des vomissements, jusqu'aux toilettes, que la conseillère principale d'éducation (CPE) a alors rejoint l'élève victime, est restée à ses côtés environ 30 minutes, et constatant que les vomissements duraient, a fait appeler le service du 15 et les parents de l'élève. La famille de la victime ayant décidé de venir la chercher pour la faire examiner par un médecin, l'intervention du 15 a été annulée. Un rapport d'incident a été établi par la CPE et par deux AES. Ainsi, le motif retenu par la rectrice " Porte un coup à une élève de l'établissement " n'est pas entaché d'erreur de fait.
8. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que Jorys a donné ce coup volontairement, afin en quelque sorte de vérifier les propos de ses camarades selon lesquels un coup dans le ventre faisait mal. Ainsi, le comportement dangereux caractérisé par une violence physique envers une camarade, relevé à l'encontre de Jorys, est établi et la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur de qualification juridique des faits.
9. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que D suit un traitement et que le certificat médical délivré ce jour-là ne fait état d'aucune ecchymose, d'aucune conséquence pour la victime, d'aucune lésion, d'aucune douleur à la palpation, ni d'aucune ITT, ces circonstances ne sont pas de nature à enlever au geste de Jorys son caractère de gravité. De même, si le requérant soutient que la seule élève entendue comme témoin ayant accusé Jorys du coup porté à son amie D aurait elle-même porté à plusieurs reprises auparavant des coups de pieds à Jorys, une telle circonstance, au demeurant non établie, ne permet toutefois pas de justifier le comportement de Jorys.
10. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que Jorys fait l'objet non seulement d'un suivi MDPH mais également d'un Plan d'accompagnement personnalisé et qu'il fait preuve selon le requérant d'une immaturité intellectuelle très étroitement liée à tous ses handicaps, il ressort également des pièces du dossier qu'il avait déjà été sanctionné d'une exclusion temporaire de 3 jours décidée le 7 novembre 2019 et d'une exclusion de 2 jours prise le 14 janvier 2020, pour des faits de violences, et qu'à ces occasions, la communauté éducative lui avait déjà expliqué qu'il devait changer sa façon de jouer avec ses camarades. Par suite, et alors qu'il avait été précédemment averti, les troubles du comportement dont est affecté Jorys ne sauraient l'exonérer de la responsabilité de l'acte de violence qui lui est reproché.
11. Au regard de la gravité de ces violences et du règlement intérieur de l'établissement qui mentionne aux termes de son préambule que " En aucune circonstance, l'usage de la violence physique comme verbale ne saurait être toléré " et en son article B-2 relatif aux obligations des élèves que " () l'interdiction de tout acte de violence entre membres de la communauté scolaire. () les violences physiques () dans l'établissement () constituent des comportements qui, selon les cas, font l'objet de sanctions disciplinaires et/ou d'une saisine de la justice. () ", et quand bien même Jorys n'a pas eu d'intention malveillante et se serait excusé, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés du caractère disproportionné de la sanction en litige et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
12. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et alors qu'ainsi qu'il est dit au point précédent, la sanction prononcée à l'encontre de Jorys est justifiée, qu'en la prenant la rectrice aurait validé un détournement de procédure ou de pouvoir du chef d'établissement visant à se débarrasser d'un élève encombrant, dont les difficultés d'apprentissage et de comportement nécessitaient un accompagnement que l'établissement ne voulait pas, ou n'était pas en mesure de lui apporter et avec les parents duquel il y avait des crispations nées principalement de leurs interventions répétées pour tenter de faire mettre en œuvre des mesures d'accompagnement.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie d'Orléans-Tours.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
M. Joos, premier conseiller,
Mme Bertrand, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 202La présidente-rapporteure,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
L'assesseur le plus ancien,
Emmanuel JOOS
La greffière,
Sarah LEROY
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026