jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2003367 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL DEREC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 septembre 2020, 30 septembre 2022 et 19 décembre 2022, Mme B D, épouse H et M. G H, agissant en qualité de représentants légaux de leur fils F H, représentés par Me Coubris, demandent au tribunal :
1°) à titre principal, d'ordonner avant dire-droit une contre-expertise médicale et de surseoir à statuer sur la responsabilité du centre hospitalier Jacques Cœur et sur l'indemnisation des préjudices subis par leur enfant ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier Jacques Cœur à leur verser, en tant que représentants légaux de leur fils F H, une indemnité provisionnelle de 50 000 euros à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices, d'ordonner une expertise médicale en vue de l'évaluation des préjudices du jeune F H et de surseoir à statuer sur l'indemnisation de ces préjudices ;
3°) en toute état de cause, de mettre à la charge du centre hospitalier Jacques Cœur, la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils sont fondés à solliciter une nouvelle expertise dès lors que l'expertise ordonnée par la commission de conciliation et d'indemnisation le 31 janvier 2016 et menée par le professeur E est contredite par l'expertise conduite par le professeur A qui aboutit à des conclusions contraires dans un avis émis le 12 janvier 2018 ;
- cette expertise devra comprendre l'ONIAM dès lors que le dommage est susceptible d'être lié à un aléa thérapeutique ;
- subsidiairement, le centre hospitalier Jacques Cœur a commis plusieurs manquements de nature à engager sa responsabilité lors de la prise en charge de l'accouchement de Mme H le 2 février 2010 dès lors que le personnel médical n'a pas pratiqué d'échographie du muscle utérin le 30 janvier 2010 alors qu'il présentait des saignements, que l'utilisation de Syntocinon n'était pas indiquée et a été responsable de la rupture utérine qu'elle a subie, qu'une césarienne aurait dû être pratiquée en urgence dès une heure du matin le jour de l'accouchement, que l'utilisation de ventouses à 3 heures 35 afin d'extraire l'enfant ne se justifiait pas dès lors qu'une extraction par césarienne s'imposait sans délai ;
- ces fautes sont à l'origine des dommages subis par le jeune F qui a perdu une chance d'éviter les complications neurologiques dont il a été victime, qui doit être estimée à 98,5 % ;
- l'établissement hospitalier a également commis une faute en raison d'un défaut d'information ayant privé Mme H d'une chance de demander à bénéficier d'une césarienne et de mettre au monde son enfant sans séquelle neurologique ;
- le centre hospitalier Jacques Cœur devra être condamné à leur verser une indemnité provisionnelle de 50 000 euros au titre de l'assistance par tierce personne, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire et du déficit fonctionnel temporaire subis par le jeune F ;
- l'enfant n'étant pas consolidé à la date de l'expertise du 27 janvier 2017, une nouvelle expertise médicale devrait être ordonnée afin d'évaluer ses préjudices complémentaires.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 novembre 2022, 29 novembre 2022 et 20 janvier 2023, le centre hospitalier de Bourges, représenté par Me Derec, conclut au rejet de la requête et, subsidiairement, si une nouvelle expertise devait être ordonnée, à ce qu'il soit sursis à statuer sur toutes les demandes des requérants.
Il soutient que :
- aucune faute médicale ni aucun défaut d'information ne peuvent lui être reprochés ; ainsi sa responsabilité ne peut être engagée et la mesure d'expertise sollicitée est dès lors inutile ;
- si une expertise devait être ordonnée, aucune indemnité provisionnelle ne pourrait être allouée et il conviendrait de surseoir à statuer sur l'ensemble des demandes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2021, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Welsch, conclut à sa mise hors de cause et au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le dommage subi par le jeune F lors de sa naissance ne présente pas de lien avec un acte de prévention, de diagnostic ou de soins ;
- s'il était imputable aux manœuvres obstétricales et à un défaut de prise en charge, il serait nécessairement en lien avec une faute de l'établissement, excluant la mise en œuvre de la solidarité nationale.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, qui n'a pas produit d'observations.
Mme et M. H ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 octobre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nehring,
- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique,
- et les observations de Me Barata, substituant Me Derec, représentant le centre hospitalier Jacques Cœur de Bourges.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B H a été admise le 1er février 2010 à 19h30 au centre hospitalier de Bourges pour y donner naissance à son deuxième enfant. Dans le cadre de sa prise en charge, elle a été transférée en salle de travail le même jour à 21h00. En raison d'un fort et durable ralentissement du rythme cardiaque de l'enfant à partir de 3h15 et alors que les efforts expulsifs avaient commencé, il a été décidé de faire appel à l'obstétricien de garde qui a pris la décision d'extraire l'enfant par pose d'une ventouse à 3h35. A 3h45, après que la tentative d'extraction par ventouse a échoué, l'obstétricien a décidé de réaliser une extraction par césarienne en urgence. L'enfant F est né le 2 février 2010 à 4h05 après avoir subi une très sévère asphyxie fœtale qui l'a laissé atteint de graves séquelles neurologiques entravant son développement psychomoteur.
2. Les époux H ont saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) dans le but d'obtenir la réparation des préjudices subis par leur enfant pendant l'accouchement. Dans leur rapport d'expertise du 4 février 2017, les professeurs E et Chéron, désignés par la commission, n'ont pas retenu l'existence de fautes dans la prise en charge de Mme H lors de son accouchement le 2 février 2010. Suivant les conclusions des experts, la CCI a estimé, dans un avis rendu le 4 mai 2017, que la responsabilité du centre hospitalier Jacques Cœur n'était pas engagée. Par une requête en référé expertise enregistrée le 28 septembre 2018, les époux H ont saisi le tribunal administratif d'Orléans afin qu'une nouvelle expertise soit ordonnée. Leur demande a été rejetée par ordonnance de la présidente du tribunal administratif du 29 janvier 2019. Par la requête ci-dessus analysée, les consorts H demandent au tribunal d'ordonner avant dire-droit une contre-expertise médicale et, dans l'attente de ses conclusions, de surseoir à statuer sur la responsabilité du centre hospitalier Jacques Cœur et sur l'indemnisation des préjudices subis par le jeune F H. Ils sollicitent par ailleurs, à titre subsidiaire, la condamnation du centre hospitalier Jacques Cœur à leur verser, en tant que représentants légaux de leur fils F H, une indemnité provisionnelle de 50 000 euros à valoir sur l'indemnisation définitive des préjudices de celui-ci.
Sur la responsabilité du centre hospitalier :
En ce qui concerne les fautes médicales :
3. Aux termes du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme H, enceinte de son deuxième enfant et qui présentait un utérus cicatriciel résultant de son premier accouchement réalisé par voie de césarienne, s'est présentée au centre hospitalier de Bourges le 31 janvier 2010, soit la veille du début du travail, pour des contractions utérines avec des pertes de sang. Le travail n'ayant pas commencé, elle a été renvoyée à son domicile sans que l'équipe médicale ne procède à la réalisation d'une imagerie médicale. Toutefois, selon l'avis du professeur A, médecin conseil des requérants, l'équipe médicale du centre hospitalier Jacques Cœur aurait dû réaliser une échographie du muscle utérin pour mesurer la cicatrice utérine de l'intéressée et s'assurer de l'indication d'un accouchement par voie basse. Toutefois, cette assertion est contredite par le rapport d'expertise des professeurs E et Chéron, produit dans le cadre de l'expertise amiable devant la CCI, ainsi que par l'avis du docteur C, médecin conseil du centre hospitalier, qui indiquent qu'il n'existe aucun moyen d'évaluer pendant la grossesse la qualité d'une cicatrice utérine. Il résulte en outre de la littérature médicale produite par le centre hospitalier que la réalisation d'une imagerie médicale n'est pas nécessaire pour décider de la voie d'accouchement ni pour déterminer la conduite du travail en cas d'accouchement par voie basse. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en s'abstenant de réaliser une échographie de la cicatrice utérine, le centre hospitalier Jacques Cœur a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que l'équipe médicale a administré à Mme H de l'ocytocine à partir de 23h00, le 1er février 2010, et ce jusqu'à l'extraction de l'enfant. Les requérants, qui s'appuient sur l'avis de leur médecin conseil, le professeur A, soutiennent que l'administration de ce médicament, qui n'avait pas d'indication dans le cas de l'intéressée, est à l'origine d'une hyperstimulation utérine anormale qui a commencé dès 23h30 jusqu'à 3h35 et qui est à l'origine de la rupture utérine dont a été victime Mme H. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment de l'avis du docteur C et de la littérature médicale produite au dossier, que l'administration d'ocytocine n'est pas contre-indiquée en cas d'utérus cicatriciel, que son utilisation n'augmente pas les risques de rupture utérine de façon significative et qu'aucun lien n'a été mis en évidence entre son administration et ce risque. Par suite, l'administration d'ocytocine à Mme H ne saurait caractériser une faute médicale en l'espèce.
6. En troisième lieu, les requérants, s'appuyant sur l'avis du professeur A, font valoir que le fœtus a subi, entre 0h30 et 1h00 un épisode de bradycardie sévère avec une récupération lente qui aurait dû conduire l'équipe médicale à procéder à l'extraction immédiate de l'enfant par voie de césarienne ou, tout du moins, à substituer l'administration d'ocytocine par des bêtamimétiques. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise produit dans le cadre de la procédure amiable et de l'avis du médecin conseil du centre hospitalier, que la dynamique du travail de Mme H a été harmonieuse et que, s'il s'est produit quelques ralentissements du rythme cardiaque, entre 1h00 et 1h25, puis à 2h50 et à 3h00, ces ralentissements ont été isolés et suivis de tracés normaux et, qu'ainsi, ils ne justifiaient pas, à ces instants précis, une intervention particulière de la part de l'équipe médicale. Par suite, les circonstances évoquées par les requérants ne sont pas de nature à démontrer l'existence d'une faute du centre hospitalier à ce titre.
7. En dernier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise amiable des professeurs E et Chéron, que Mme H a débuté les efforts expulsifs à 3h15 et qu'en raison de profonds ralentissements du cœur fœtal survenus à 3h25, l'obstétricien de garde a été appelé et a décidé de procéder à l'extraction de l'enfant par voie de ventouse à 3h35. Toutefois, en raison de l'échec de cette tentative d'extraction, l'obstétricien de garde a décidé, entre 3h40 et 3h45, la réalisation d'une césarienne en urgence. Selon les requérants, qui se fondent sur l'avis du professeur A, la voie d'extraction par ventouse n'était pas à privilégier dès lors que l'extraction par césarienne offrait un délai équivalent d'extraction et que le praticien du centre hospitalier Jacques Cœur a, en outre, commis une erreur de diagnostic en estimant que la tête de l'enfant était suffisamment engagée pour permettre une extraction par ventouse. Cet avis est toutefois contredit par les professeurs E et Chéron ainsi que par le docteur C, qui indiquent que, dès lors que la tête de l'enfant était engagée, l'extraction par voie de ventouse était la solution à privilégier afin de permettre une extraction la plus rapide possible. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que la tête de l'enfant n'était pas suffisamment engagée pour permettre une extraction par ventouse de sorte que l'existence d'une erreur de diagnostic de la part du praticien obstétricien du centre hospitalier défendeur n'est ainsi pas démontrée. Par suite, les consorts H ne sont pas fondés à se prévaloir d'une faute médicale résultant de la décision de pratiquer l'extraction par voie de ventouse.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la responsabilité du centre hospitalier Jacques Cœur ne saurait être engagée à raison de l'existence de fautes médicales.
En ce qui concerne l'obligation d'information :
9. L'article L. 1111-2 du code de la santé publique dispose que : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus ".
10. D'une part, la circonstance que l'accouchement par voie basse constitue un événement naturel et non un acte médical ne dispense pas les médecins de l'obligation de porter, le cas échéant, à la connaissance de la femme enceinte les risques qu'il est susceptible de présenter eu égard notamment à son état de santé, à celui du fœtus ou à ses antécédents médicaux, et les moyens de les prévenir. En particulier, en présence d'une pathologie de la mère ou de l'enfant à naître ou d'antécédents médicaux entraînant un risque connu en cas d'accouchement par voie basse, l'intéressée doit être informée de ce risque ainsi que de la possibilité de procéder à une césarienne et des risques inhérents à une telle intervention.
11. Il résulte de l'instruction que le premier accouchement de Mme H a été réalisé par césarienne et que si, à l'occasion de sa deuxième grossesse, la décision d'un accouchement par voie basse a été envisagée avec l'équipe médicale, aucune information spécifique sur le risque de rupture utérine en cas d'accouchement par voie basse sur utérus cicatriciel ne lui a été préalablement délivrée, alors que l'accouchement par voie basse comporte un risque connu de rupture utérine, évalué de 0,2 à 0,8 %, qui, s'il se réalise, peut avoir de très graves conséquences. Il résulte également de l'instruction que le risque de rupture utérine est moindre en cas d'accouchement par césarienne. Ainsi, compte tenu de ses antécédents médicaux, Mme H aurait dû être informée du risque de rupture utérine associé à un accouchement par voie basse et des conséquences possibles sur l'enfant en cas de survenue d'un tel risque. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à rechercher la responsabilité pour faute du centre hospitalier Jacques Cœur en raison d'un défaut d'information préalable, à l'origine d'une perte de chance d'éviter le dommage correspondant à la survenue de la rupture utérine dont a été victime Mme H le 2 février 2010.
12. D'autre part, en cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.
13. En l'état de l'instruction, le tribunal se trouve dans l'impossibilité de savoir si l'absence de délivrance à Mme H d'information sur le risque connu en cas d'accouchement par voie basse, compte tenu de ses antécédents médicaux, ainsi que sur la possibilité de procéder à une césarienne et sur les risques inhérents à une telle intervention, a fait perdre à l'intéressée une chance sérieuse d'éviter les dommages subis par son enfant lors de son accouchement, les 1er et 2 février 2010. Le tribunal se trouve également dans l'impossibilité d'évaluer, le cas échéant, l'ampleur de cette chance perdue. Par suite, il y a lieu d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 621-1 du code de justice administrative, une expertise médicale aux fins précisées ci-après.
Sur la mise en œuvre de la solidarité nationale :
14. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. () ".
15. Un accident médical est un accident en lien avec un acte de prévention, de diagnostic ou de soins. Si un accouchement par voie basse ne constitue pas en soi un acte médical, les manœuvres effectuées par la sage-femme ou le médecin lors de l'accouchement doivent nécessairement être regardées comme telles, alors même qu'elles ont pour objet de sauver la vie de l'enfant à naître.
16. Il résulte de l'instruction que le dommage dont a été victime le jeune F lors de sa naissance est en lien avec la rupture utérine dont a été victime Mme H et dont le rapport d'expertise amiable indique qu'elle s'est produite à 3h25, soit avant les manœuvres obstétricales, qui ont débuté à 3h35. Ainsi, la rupture utérine ne présente pas de lien avec ces manœuvres. En outre, si l'administration d'ocytocine peut être assimilée à un acte médical, il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement qu'il n'est pas démontré que la prise de ce médicalement présente un lien avec la rupture utérine dont a été victime Mme H. Par suite, dès lors qu'aucun lien entre un acte médical et le dommage du jeune F n'est établi, les consorts H ne sont pas fondés à solliciter la mise en œuvre de la solidarité nationale.
Sur les préjudices :
17. Mme et M. H demandent la condamnation du centre hospitalier Jacques Cœur à leur verser, en leur qualité de représentants légaux de leur fils F, une somme de 50 000 euros à titre de provision à valoir sur l'indemnisation des préjudices de toutes natures subis par leur enfant.
18. Toutefois, en l'état de l'instruction, il ne pourra pas être fait droit à leur demande à ce titre, le tribunal se trouvant dans l'impossibilité de se prononcer sur la nature et l'étendue des préjudices subis par le jeune F, en lien direct et certain avec de défaut d'information commis par le centre hospitalier. Par suite, il y a lieu d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 621-1 du code de justice administrative, une expertise aux fins précisées ci-après. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la faute tirée du défaut d'information commis par le centre hospitalier Jacques Cœur à l'origine d'une perte de chance d'éviter les dommages subis par le jeune F, l'avance des frais d'expertise doit être mise à la charge de cet établissement hospitalier.
D E C I D E :
Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, est mis hors de cause.
Article 2 : Il sera, avant de statuer sur les conclusions indemnitaires de Mme et M. H, procédé à une expertise médicale.
Article 3 : Le ou les experts seront désignés par le président du tribunal. Ils accompliront leur mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 4 : Le ou les experts auront pour mission :
1°) de consulter l'entier dossier médical et infirmier de F H, de prendre connaissance du rapport établi par les professeurs E et Chéron, experts amiables désignés par la commission de conciliation et d'indemnisation le 1er février 2016 concernant la prise en charge de l'accouchement de Mme H, le 1er février 2010, au sein du centre hospitalier Jacques Cœur, ainsi que les séquelles qui s'en sont suivies pour le jeune F ; de rencontrer toutes personnes qu'ils jugeront utiles et de se faire communiquer tous documents ou pièces utiles ;
2°) de donner un avis sur le point de savoir si l'absence de délivrance à Mme H d'une information sur le risque connu en cas d'accouchement par voie basse, compte tenu de ses antécédents médicaux, ainsi que sur la possibilité de procéder à une césarienne et des risques inhérents à une telle intervention, a fait perdre à Mme H une chance sérieuse d'éviter les dommages subis par son enfant lors de son accouchement le 1er février 2010 ; de donner un avis sur l'ampleur (pourcentage) de cette chance perdue ;
3°) de décrire l'état de santé actuel de F H, la nature et l'étendue des séquelles dont il demeure atteint depuis sa naissance, le 2 février 2010, et la nature des soins et traitements qui ont été dispensés à compter de sa naissance et par la suite ;
4°) de dire si l'état de F H est consolidé, de déterminer le cas échéant la date de consolidation de celui-ci ; de dire si l'état de la victime est susceptible d'aggravation ou d'amélioration ; dans l'affirmative, de fournir au tribunal toutes précisions utiles sur cette évolution et les soins et traitements qui seront nécessaires ; dans le cas où un nouvel examen devrait être prescrit, d'indiquer le délai dans lequel il devra y être procédé ;
5°) d'indiquer la durée de son incapacité temporaire totale et l'amplitude de son incapacité permanente partielle ; de se prononcer sur l'atteinte permanente à une ou plusieurs fonctions imputables à sa naissance ; d'apprécier l'existence et de quantifier l'importance des souffrances physiques et psychiques endurées, du préjudice esthétique et d'agrément, des répercussions sur les conditions d'existence de la victime ; d'indiquer les difficultés particulières éprouvées par l'intéressé et d'indiquer la nécessité du recours à une tierce personne ;
6°) d'une manière générale, d'évaluer l'ensemble des préjudices subis par F H résultant de la prise en charge de Mme H, le 1er février 2010, lors de son accouchement ;
7°) de faire préciser par les parties les frais exposés par Mme et M. H pour leur enfant, notamment en matière d'aménagement du cadre de vie et d'appareillage, et ceux pris en charge par la caisse primaire d'assurance maladie, même partiellement, et dans quelle proportion ;
8°) de communiquer aux parties un pré-rapport avec un délai leur permettant de faire valoir leurs dires avant d'analyser leurs observations dans son rapport définitif.
Article 5 : L'avance des frais et honoraires de l'expertise sera mise à la charge du centre hospitalier Jacques Cœur de Bourges.
Article 6 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, épouse H, à M. G H, au centre hospitalier Jacques Cœur, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente
Mme Bernard, première conseillère,
M. Nehring, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.
Le rapporteur,
La présidente,
Virgile NEHRING
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Emilie DEPARDIEU
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026