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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2100037

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2100037

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2100037
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantHALPERN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 janvier 2021, 7 septembre 2022 et 19 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Halpern, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2020 par lequel la directrice du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière l'a licencié pour inaptitude ;

2°) d'enjoindre au centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière de le nommer dans un emploi de praticien hospitalier à titre permanent ;

3°) subsidiairement, de lui enjoindre de l'affecter dans un établissement public hospitalier afin qu'il puisse réaliser une période probatoire de douze mois dans un délai d'un mois ;

4°) en tout état de cause, de lui enjoindre de reconstituer sa carrière ;

5°) de mettre à la charge du centre national de gestion de praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée de vices de procédure dès lors que :

* la commission statutaire nationale a été saisie le 29 juillet 2020 alors que l'avis du chef de pôle est intervenu le 30 juillet 2020, que celui de la présidente de la commission médicale de l'établissement n'a été pris que le 3 septembre 2020 et que celui du directeur du centre hospitalier n'a été pris que le 15 septembre 2020, soit postérieurement à sa saisine ;

* l'avis du directeur d'établissement a été rendu seulement quinze jours avant la tenue de la commission nationale statutaire, ne lui permettant pas d'examiner l'ensemble des pièces administratives dans un délai raisonnable ;

* le chef de pôle n'a pas rendu d'avis sur sa titularisation ;

- cette décision est entachée d'erreur de faits et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que les griefs qui lui sont faits ne sont pas établis ou ne justifient pas un licenciement pour insuffisance professionnelle alors même qu'il était pleinement investi dans ses fonctions au sein du centre hospitalier de Montargis.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 juillet et 5 décembre 2022, le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nehring,

- les conclusions de M. Eric Gauthier, rapporteur public ;

- et les observations de Me Halpern, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a été nommé le 28 février 2017 praticien hospitalier pour une période probatoire d'un an et affecté au service de chirurgie orthopédique au centre hospitalier de Rethel-Vouziers. Le 10 octobre 2018, suivant l'avis de la commission statutaire nationale, le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) a décidé de prolonger la période probatoire de M. A pour une durée d'un an. Il a été affecté au centre hospitalier de l'agglomération montargoise en qualité de chirurgien orthopédiste par arrêté du 14 novembre 2018. Par arrêté du 30 octobre 2020, suivant une nouvelle fois l'avis de la commission statutaire nationale, le CNG a décidé de licencier M. A pour insuffisance professionnelle. Par la requête ci-dessus analysée, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 6152-13 du code de la santé publique, dans sa version applicable au litige : " Les candidats issus du concours national de praticien des établissements publics de santé, à l'exception des praticiens mentionnés à l'article R. 6152-60, sont nommés pour une période probatoire d'un an d'exercice effectif des fonctions, à l'issue de laquelle ils sont, après avis motivé du chef de pôle ou, à défaut, du chef du service, du responsable de l'unité fonctionnelle ou d'une autre structure interne, et ceux du président de la commission médicale d'établissement et du directeur de l'établissement ainsi que, le cas échéant, de la commission statutaire nationale, soit nommés dans un emploi de praticien à titre permanent, soit admis à prolonger leur période probatoire pour une nouvelle durée d'un an, soit licenciés pour inaptitude à l'exercice des fonctions en cause, par arrêté du directeur général du Centre national de gestion. / La commission statutaire nationale est saisie lorsque l'avis du chef de pôle ou, à défaut, du chef de service, du responsable de l'unité fonctionnelle ou d'une autre structure interne, celui du président de la commission médicale d'établissement ou celui du directeur de l'établissement sont défavorables à la titularisation ou divergents. () ".

3. M. A soutient que la commission statutaire nationale a été saisie avant que ne soient rendus les avis du chef de pôle, du président de la commission médicale d'établissement et du directeur de l'établissement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la commission statutaire nationale a été saisie par le directeur du centre hospitalier de l'agglomération montargoise par courrier du 6 décembre 2019, faisant suite à un avis défavorable à la titularisation de l'intéressé exprimé le 6 novembre 2019 par la présidente de la commission médicale de l'établissement ainsi qu'à l'avis du chef du service de chirurgie reçu le même jour. Ainsi, la commission statutaire nationale a bien été saisie postérieurement à la production des avis requis par les dispositions précitées du code de la santé publique. En outre, si ces mêmes autorités ont à nouveau rendu des avis concernant la manière de servir de M. A, entre le 30 juillet et le 15 septembre 2020, ces avis n'étaient pas nécessaires à la saisine de la commission statutaire nationale dès lors que ces personnes s'étaient déjà prononcées sur la titularisation de l'intéressé.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 6156-64 du code de la santé publique : " Communication doit être donnée aux membres de la commission statutaire nationale des pièces et documents nécessaires à l'accomplissement de leur mission. ".

5. Si le requérant soutient qu'un avis du directeur du centre hospitalier de l'agglomération montargoise, se prononçant sur sa titularisation, a été rendu le 15 septembre 2020 soit quinze jours avant la décision de la commission statutaire nationale, cette circonstance n'a, en tout état de cause, pas eu pour effet de priver cette commission, ni son rapporteur, de la possibilité de pouvoir étudier le dossier administratif qui lui a été soumis avant de se prononcer, à son tour, sur la titularisation de M. A.

6. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

Sur la légalité interne :

7. Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire, se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. Cependant, la circonstance que tout ou partie de tels faits seraient également susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente prenne légalement une décision de refus de titularisation, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.

8. Il résulte de ce qui précède que, pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir et que, si elle est fondée sur des motifs qui caractérisent une insuffisance professionnelle mais aussi des fautes disciplinaires, l'intéressé a été mis à même de faire valoir ses observations.

9. Pour prononcer le licenciement de M. A, la directrice générale du GNG, après avoir recueilli l'avis favorable de la commission statutaire nationale, s'est fondée notamment sur l'existence de difficultés relationnelles avec les équipes et de manquements graves et répétés dans l'exercice des fonctions normalement attendu d'un praticien hospitalier sénior exerçant en chirurgie orthopédique et traumatologique.

10. Il ressort des pièces du dossier que la présidente de la commission médicale du centre hospitalier, le chef du service de chirurgie ainsi que le directeur de l'établissement ont tous rendu un avis négatif à la titularisation de l'intéressé dans les fonctions de praticien hospitalier. Dans son avis rendu le 6 novembre 2019, la présidente de la commission médicale reproche à M. A un manque de rigueur dans les comptes-rendus opératoires qui contiennent des renseignements erronés, une absence de consignes à la sortie de patients opérés, une mauvaise communication avec les familles en sortie d'hospitalisation, des menaces devant témoins, notamment envers une patiente aux urgences qui était en désaccord avec lui. Ces éléments sont corroborés par l'avis du chef de service de chirurgie, reçu le 6 novembre 2019, qui fait part de difficultés au sein du service imputables à M. A, tant sur le plan technique que comportemental, ainsi que par les témoignages d'une cadre de santé du 28 juin 2019 et d'une infirmière en date du 8 mars 2019 qui mettent en doute les compétences médicales de l'intéressé et soulignent, eux aussi, des difficultés de comportement imputables au requérant. Si l'intéressé dément les faits qui lui sont reprochés et se prévaut d'attestations de plusieurs collègues et membres du personnel paramédical travaillant avec lui au sein du centre hospitalier de Clermont de l'Oise, ces éléments sont toutefois insuffisants pour infirmer les avis et les témoignages cités ci-dessus, ayant fondé le licenciement pour inaptitude prononcé à son encontre. Par suite, en prononçant le licenciement de M. A à l'issue de la période probatoire pour inaptitude à l'exercice aux fonctions de praticien hospitalier, la directrice générale du CNG, n'a pas commis d'erreur de fait et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 octobre 2020 de la directrice générale du CNG doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis de Koninck, première conseillère,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

Le rapporteur,

Virgile NEHRING

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Nadine REUBRECHT

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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