Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2101567

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2101567
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 30 avril 2021 et le 28 juillet 2021, M. B... A... demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’enjoindre à la commune de Houssay de reboucher le fossé créé sur son terrain ;

2°) de condamner la commune de Houssay à lui verser la somme de 500 euros au titre de chaque année d’occupation de son terrain depuis 2004 ;

3°) de condamner la commune de Houssay à lui verser la somme de 13 500 euros en réparation du préjudice financier ;

4°) de condamner la commune de Houssay à lui verser la somme de 866 euros au titre des frais engagés pour réaliser le busage destiné à éviter l’inondation de la voirie routière.

Il soutient que :
- la commune déverse des eaux usées et pluviales sur son terrain et sans autorisation ; il demande l’interruption de cette pratique depuis 2004 ; il ne peut vendre sa propriété en raison de la canalisation d’eau qui pollue le terrain ;
- la fosse évoquée par la commune ne recevait que l’eau des gouttières du bâtiment et les déchets des villageois ; son rebouchage devait stopper le dépôt de déchets ; le fossé présent sur la parcelle cadastrée H 950 (60 m de long, 2 m de large et 2,2 m de hauteur) est alimenté par une canalisation souterraine réalisée par la mairie et se déverse dans un champ situé à l’arrière de la propriété ; l’acte de vente des parcelles, qui ne mentionne aucune servitude, prouve que ce fossé était provisoire ; la canalisation réalisée par la mairie devait être prolongée de 300 mètres pour rejoindre le fossé principal ;
- son terrain n’est pas concerné par le remembrement et l’association foncière de remembrement n’avait ainsi pas à intervenir.


Par des mémoires enregistrés le 23 juin 2021 et le 11 octobre 2021, la commune de Houssay conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :
- le requérant ne serait qu’usufruitier de la propriété ;
- toutes les habitations de la commune sont raccordées au réseau d’assainissement ;
- s’agissant des eaux pluviales, un vallonnement naturel entre deux bassins versants existe, et un fossé dit C... était destiné à recueillir les eaux de ruissellement qui se déversaient dans une grande fosse ; un silo a été construit dans les années 1950 sur la parcelle H 949, puis trois cellules sur la parcelle H 950 ; la coopérative agricole a rebouché la grande fosse et crée un fossé sur sa parcelle, l’avis des Domaines de 1998 relève l’existence d’une marre très profonde servant assez souvent de décharge ;
- le requérant et son épouse ont acheté le bien en connaissance de cause ; il a réalisé un busage de ce fossé et rebouché la fosse ;
- le prix de vente proposé est trop élevé ;
- l’association foncière de remembrement créée en 1972 est chargée, en vertu de l’article 2 de ses statuts, d’assurer l’écoulement régulier des eaux de ruissellement ;
- le fossé a été réalisé par la coopérative agricole ;
- la commune va, après échange de parcelles, réaliser un nouveau fossé.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Jaosidy,
- et les conclusions de Mme Best-de-Gand, rapporteure publique,



Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l’instruction que, par acte notarié conclu en 2004, Mme A..., épouse du requérant, a acquis deux parcelles cadastrées H 949 et H 950, sises au droit de la rue de Saint-Rimay dans la commune de Houssay. Par la présente requête, M. A..., agissant en qualité d’héritier usufruitier de son épouse, demande la condamnation de la commune à la réparation des préjudices causés par la présence d’un fossé sis sur sa propriété, dont il attribue la création à la commune.

2. En premier lieu, il ne résulte pas de l’instruction, d’une part, que ce fossé a été créé par la commune, ainsi que le requérant le soutient en se bornant à se prévaloir d’un devis de fourniture de matériaux dressé en 1976 à l’attention de la mairie de Houssay ainsi que d’un bordereau de mandat n°24/1975 qui porte la mention « fourniture chemins ».

3. Il résulte cependant de l’instruction, d’autre part, et il n’est pas contesté par la commune de Houssay, que celle-ci a réalisé en 2004 une dérivation de son réseau d’évacuation des eaux pluviales, sis au droit de la rue de Saint-Rimay, en direction du fossé présent sur la propriété de M. A.... Il n’est pas davantage contesté par la commune, que le dévoiement des eaux pluviales a créé des troubles de jouissance de la propriété privée du requérant, dont M. A..., en sa qualité d’usufruitier, est fondé à demander la réparation. La circonstance que le requérant a réalisé un busage de fossé, au sujet duquel il soutient qu’il était destiné à empêcher l’inondation de la voirie routière, est sans incidence sur la responsabilité de la commune. Il ne résulte pas davantage de l’instruction que l’association foncière de remembrement est également responsable des troubles de jouissance subis par le requérant, alors même que la commune soutient sans l’établir que les eaux pluviales présentes sur la propriété du requérant proviendraient des eaux de ruissellement des bassins versants situés à proximité de la propriété.

4. Il sera fait une juste réparation des troubles de jouissance subis par M. A... en condamnant la commune de Houssay à lui verser la somme de 2 000 euros.

5. En deuxième lieu, si M. A... soutient, en se prévalant de l’attestation d’un candidat à l’achat, que la présence du fossé sur sa propriété fait obstacle à la vente de son bien à sa valeur vénale réelle, il n’est pas fondé à demander la condamnation de la commune à la réparation d’un préjudice financier dès lors qu’il ne résulte pas de l’instruction, ainsi qu’il a été dit, que ce fossé a été créé par la commune. Pour les mêmes motifs, le requérant n’est pas fondé à demander la condamnation de la commune à l’indemniser des frais occasionnés par le busage de ce fossé.

6. En dernier lieu, pour les motifs exposés au point précédent, les conclusions de la requête tendant à ce qu’il enjoint à la commune de reboucher le fossé ne peuvent qu’être rejetées. Au demeurant, la commune de Houssay fait valoir sans être contredite que les travaux de raccordement du réseau d’évacuation des eaux pluviales au fossé principal vont être réalisés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... est seulement fondé à demander la condamnation de la commune au versement d’une somme de 2 000 euros.


D E C I D E :


Article 1er : La commune de Houssay est condamnée à verser la somme de 2 000 (deux mille) euros à M. A....

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à la commune de Houssay.


Délibéré après l’audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,
M. Jaosidy, premier conseiller,
M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.


Le rapporteur,





Jean-Luc JAOSIDY



Le président,





Benoist GUEVELLa greffière,





Marie-Josée PRECOPE

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.