Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102326

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2102326
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELAS M&R AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif d’Orléans a rejeté la requête de M. B, qui contestait le retrait de la prime « MaPrimeRénov » par l’Agence nationale de l’habitat (ANAH). Le tribunal a jugé que la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire s’était substituée à la décision initiale de retrait du 20 janvier 2021. Il a estimé que le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de cette décision implicite était inopérant, faute pour le requérant d’avoir demandé les motifs de cette décision. Enfin, le tribunal a considéré que l’ANAH n’avait pas commis d’erreur d’appréciation, les travaux ayant débuté avant l’accusé de réception de la demande de prime, en méconnaissance de l’article 2 du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2021 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, transmise au tribunal administratif d'Orléans le 29 juin 2021 en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, M. A B, représenté par Me Viguier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2021 par laquelle l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) a procédé au retrait de la prime de transition énergétique dite " MaPrimeRénov " qui lui avait été accordée le 11 décembre 2020 et la décision implicite portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à l'ANAH, à titre principal, de lui verser une somme de 2 500 euros correspondant au montant de la prime de transition énergétique qui lui avait été attribuée ou, à titre subsidiaire, de lui verser une somme de 2 381,49 euros correspondant au montant des travaux réalisés après le 6 décembre 2020 et à la facture réglée le 31 décembre 2020 pour la rénovation de son logement, dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'ANAH une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée en droit en ce qu'elle se fonde sur l'article 11 du décret n° 2020-864 du 13 juillet 2020 alors même que ce dernier ne comprend aucun article 11 ;

- elle est insuffisamment motivée en fait en ce qu'elle se borne à faire état de l'antériorité de la facture à sa demande de subvention sans préciser de quelle facture il s'agissait ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation en ce que la majeure partie des travaux a débuté postérieurement à la demande de subvention.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2023, l'Agence nationale de l'habitat conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre la décision du 20 janvier 2021 sont irrecevables en application de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration et compte tenu de la substitution intervenue à la suite du recours administratif préalable obligatoire ;

- le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision statuant sur ce recours est inopérant faute de demande préalable en application de l'article L. 232-4 du code susmentionné ;

- les travaux ont été réalisés avant l'accusé de réception de sa demande de prime en méconnaissance de l'article 2 du décret du 14 janvier 2020.

Par ordonnance du 27 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 28 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lacassagne,

- et les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déposé une demande de prime de transition énergétique dite " MaPrimeRénov " pour l'installation d'un poêle à granulés le 6 décembre 2020. Après lui avoir notifié une décision d'attribution d'une aide d'un montant de 2 500 euros, l'Agence nationale pour de l'habitat (ANAH) a procédé à son retrait par une décision du 20 janvier 2021 au motif que les travaux avaient débuté avant l'émission de l'accusé de réception de la demande de prime. M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette décision, dont il a été accusé réception le 4 février 2021 et qui est resté sans réponse. Du silence gardé par l'ANAH une décision implicite de rejet est née le 4 avril 2021. M. B demande l'annulation de la décision du 20 janvier 2021 par laquelle la subvention lui a été retirée et de la décision implicite rejetant son recours administratif préalable obligatoire.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " L'administration statue sur le recours administratif préalable obligatoire sur le fondement de la situation de fait et de droit prévalant à la date de sa décision, sauf mention contraire dans une loi ou un règlement ". Aux termes de l'article 9 du décret du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique dans sa version applicable au litige : " L'introduction d'un recours afférent aux décisions relatives à la prime de transition énergétique est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès du directeur général de l'Agence nationale de l'habitat () ".

3. S'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge de l'excès de pouvoir qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable, le juge de l'excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.

4. Il résulte des dispositions citées au point 2 que la décision implicite née du silence gardé par l'ANAH sur le recours administratif préalable obligatoire formé par M. B dont il a été accusé réception le 4 février 2021, s'est substituée à la décision initialement prise du 20 janvier 2021. Dès lors, les conclusions présentées par M. B doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision implicite née du silence gardé par l'ANAH.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, la décision implicite intervenue sur recours administratif préalable obligatoire s'étant, en application des textes précédemment cités, substituée à la décision initiale du 20 janvier 2021, M. B ne peut utilement soutenir que la décision du 20 janvier 2021 serait entachée d'un défaut de motivation ou qu'elle ne fait référence à aucune disposition pouvant justifier le retrait contesté.

6. En deuxième lieu, le code des relations entre le public et l'administration prévoit à son article L. 211-2 que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire " et à son article L. 232-4 qu'" une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ". En l'absence de communication de ses motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite initiale se trouve entachée d'illégalité.

7. A supposer que le moyen tiré du défaut de motivation ait été soulevé contre la décision implicite née du silence gardé par l'ANAH sur le recours préalable formé par le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B a demandé que lui soient communiqués les motifs du rejet par la décision implicite. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision implicite de rejet est insuffisamment motivée en droit et en fait.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique dans sa rédaction applicable à la date de la demande de prime : " () II.- Seuls les travaux et prestations commencés après l'accusé de réception par l'Agence nationale de l'habitat de la demande de prime y ouvrent droit. Cet accusé de réception ne vaut pas décision d'attribution de la prime. Toutefois, le directeur général de l'agence peut, à titre exceptionnel, accorder une prime lorsque le dossier a été déposé après le commencement des travaux ou prestations, notamment : / - en cas de travaux ou prestations urgents en raison d'un risque manifeste pour la santé ou la sécurité des personnes ; / - en cas d'application des articles L. 125-1 et L. 122-7 du code des assurances pour les dommages causés par des catastrophes naturelles ou par les effets du vent dû aux tempêtes, ouragans et cyclones. / Par dérogation au premier alinéa du présent II, entre le 1er et 31 janvier 2020, le bénéficiaire peut déposer une demande après avoir commencé ses travaux ou prestations, sous réserve que ceux-ci aient commencé au cours de la même période. / Pour les travaux d'isolation des murs, en façade ou pignon, mentionnés au 10 de l'annexe 1 au présent décret, lorsque ces travaux sont réalisés par l'extérieur et ne portent pas sur des parties communes ou éléments d'équipements communs à plusieurs logements, par dérogation au premier alinéa du présent II, jusqu'au 1er novembre 2020, le bénéficiaire peut déposer une demande après avoir commencé ses travaux, sous réserve que ceux-ci aient commencé entre le 15 juillet 2020 et le 31 août 2020 () ".

9. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la facture datée du 26 novembre 2020, portant la mention manuscrite " facture acquittée le 26 novembre 2020 " et la signature du prestataire, que les travaux ont commencé avant l'accusé de réception de la demande de prime du 6 décembre 2020. Si le requérant se prévaut de la division du projet en deux étapes et soutient que la facture du 26 novembre 2020 est relative aux seuls travaux préparatoires et d'aménagements contrairement à la facture du 31 décembre 2020 portant sur les travaux d'installation éligibles à la prime, les deux factures portent un numéro de série identique, détaillent les mêmes travaux et la facture datée du 31 décembre 2020 mentionne " Net à payer : 0,00 euros ". Par suite, alors même que cette dernière facture comporte la mention " Fin des travaux et règlement du solde au 31 Décembre 2020 ", ni cette pièce ni les relevés bancaires produits n'établissent que les travaux n'ont pas commencé avant l'accusé de réception de la demande de prime.

10. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas soutenu, que la demande entrerait dans l'un des cas de dérogation prévus par les dispositions rappelées au point 8.

11. Il résulte de tout ce qui précède que l'ANAH a pu, à bon droit, opposer au requérant le commencement des travaux avant l'accusé de réception de sa demande et retirer l'aide accordée. Les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent donc être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'ANAH au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Agence nationale de l'habitat.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

M. Gasnier, conseiller,

Mme Ploteau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

L'assesseur le plus ancien,

Paul GASNIER

Le président-rapporteur,

Denis LACASSAGNE La greffière,

Marie-Josée PRECOPE

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.